Télécharger l'app

Scanne. C'est dans ta poche.

QR Code — Dygest

Ouvre l'app Appareil photo, pointe sur le code. C'est gratuit à l'essai.

Couverture de 'Lautomne du moyen age'

L’Automne du Moyen Âge

Johan Huizinga

Étude sur la fin du Moyen Âge

Écouter l'extrait du podcast :
0:00 --:--

Description

En étudiant la société médiévale des XIVe et XVe siècles telle qu’elle s’est développée en France et dans les Flandres, Huizinga place au cœur de son étude des thèmes jusqu’alors généralement négligés : formes de vie, conceptions esthétiques, diversité des sentiments religieux et profanes.

L’« esprit » (on a parfois écrit : la culture) d’une civilisation ayant atteint son plein développement : tel est l’objet de cet ouvrage qui, paru en 1919, participa à ouvrir le champ de l’histoire culturelle. Un travail alors très nouveau dont le caractère pionnier est aujourd’hui encore salué.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Pour comprendre le travail de Huizinga et pour en apprécier la portée, on peut se laisser guider par le regard que quelques médiévistes travaillant dans son sillage ont porté sur son œuvre.

Car, en se présentant comme une Étude sur les formes de vie et de pensée, l’ouvrage contribua en 1919 à faire des mentalités un véritable objet historique, champs immense que les historiens n’allaient dès lors avoir de cesse d’explorer. C’est, par exemple, la signification des couleurs, que Huizinga développe en quelques pages : aujourd’hui, c’est un sujet auquel le médiéviste Michel Pastoureau a consacré de nombreux travaux et offert une visibilité importante, confirmant ainsi les intuitions de son prédécesseur. De cette approche et de son sens, Jacques Le Goff retenait surtout une chose : la conviction « qu’il faut aller chercher le sens d’une société dans son système de représentations et dans la place qu’occupe ce système dans les structures sociales et dans la ‘‘réalité’’ ».

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

02

La ci­vi­li­sa­tion de l’automne du Moyen Âge

On peut, dès lors, offrir un aperçu de cette pensée de la fin du Moyen Âge, telle que la reconstruit Huizinga. « L’idéalisme primitif […] est à la base de toute opération de l’esprit » (p. 345) écrit-il, affirmant ailleurs que cette manière de penser fut « inhérente à la civilisation entière du Moyen Âge ». Cet idéalisme, qu’il qualifie aussi de « symbolisme » et de « réalisme », est ainsi défini : « Prendre chaque idée à part, lui donner sa formule, la traiter comme une entité, puis rapprocher les idées les uns des autres, les classer, les ordonner en systèmes hiérarchiques » (Id).

À l’origine de cette conception, l’idée que tout élément tend, par son essence, vers l’au-delà, car chaque chose de la vie, aussi triviale soit-elle, trouve sa raison d’être sur le plan divin – une manière, pour Huizinga, d’ennoblir les occupations terrestres. De cet idéalisme systématique procède, selon lui, une autre tendance de la pensée médiévale : la tendance à l’allégorie. Car, « après avoir attribué à l’idée une existence réelle, l’esprit voudra voir cette idée vivante et ne le pourra qu’en la personnifiant » (p. 314) : à titre d’illustration, l’historien évoque les personnages allégoriques du Roman de la Rose comme Bel Accueil ou Humble Requeste, que l’on peine aujourd’hui à imaginer, mais qui apparaissent sans doute aux hommes du Moyen Âge comme des figures bien vivantes.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

03

Déclin et mort du Moyen Âge ?

À bien des égards, la civilisation que présente L’Automne du Moyen Âge est finissante. Certes, elle cristallise le plein développement d’une civilisation médiévale élaborée depuis le XIe siècle ; mais pour Huizinga, il s’agit d’une sorte d’ossification de formes de vie développées précédemment, et il souligne l’absence de dynamique de croissance et d’essor à même de les prolonger. Toutefois, il serait injuste de limiter sa réflexion à cette dimension, celle du déclin univoque d’une civilisation.

Car dans cet ouvrage, il entendait rompre avec la conception qui dominait alors, et qui voulait qu’à la Renaissance corresponde l’émergence d’un monde nouveau en rupture avec le Moyen Âge. Loin de cette dévalorisation morale, le terme d’automne lui permettait de développer une métaphore qui justifiait d’étudier ainsi le XVe siècle : l’automne est la saison des contrastes et des contradictions de la nature, et, de la même manière, elle est en histoire le moment où apparaissent le plus nettement ces contrastes qui constituent les tendances profondes d’une époque. Ainsi, pour Huizinga, c’est en étudiant l’automne d’une époque ou d’une civilisation que l’on est le plus à même de la comprendre.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

04

Abattre la frontière entre Moyen Âge et Renaissance

Nous avons déjà commencé à dire ce qui constitue l’autre grand apport de L’Automne du Moyen Âge : le refus d’une rupture décisive entre Moyen Âge et Renaissance.

Ce faisant, Huizinga rompt d’abord avec l’opinion qui dominait le début du XXe siècle quant à cette question historique. C’était celle qu’avait contribué à mettre en place, en France notamment, Jules Michelet ; par ailleurs, c’était aussi celle de Burckhardt. Pour Huizinga, en étudiant le XVe siècle, on découvre une réalité toute autre, et c’est ainsi qu’à propos de telle question, il écrit : « Il me semble que c’est ici l’un des points où Burckhardt exagère la distance qui sépare le Moyen Âge de la Renaissance, l’Europe occidentale de l’Italie » (p. 109).

À bien des égards, entre Moyen Âge et Renaissance – c’est-à-dire entre XVe et XVIe siècles –, ce sont les éléments de continuité et d’imbrication qui l’emportent pour Huizinga. Il invite à chercher en amont, parfois jusqu’au XIIIe siècle les germes d’idées qui ne se déployèrent pleinement qu’au XVIe siècle. Ainsi, il affirme que « dans l’esprit de la Renaissance même, les traits médiévaux sont bien plus enracinés qu’on ne se le figure » (p. 478), et encore que « c’est de l’âme du Moyen âge même que sont sortis les temps nouveaux » (p. 494). Par exemple, alors que Burckhardt considérait le désir de gloire personnelle comme propre à l’homme de la Renaissance, sentiment d’inspiration antique puis italienne, Huizinga considère quant à lui que cette soif d’honneur est, au fond, d’essence chevaleresque, et qu’elle est plutôt d’origine française.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

05

Conclusion

Le style de Huizinga, dense et volontiers littéraire, prête à cet ouvrage un air inhabituel et un peu vieilli au regard de la littérature historique actuelle. Pourtant, ses pressentiments quant à l’étude des sociétés du passé, nouveaux lors de la parution de l’ouvrage, constituent aujourd’hui des approches familières aux historiens. Plusieurs générations de médiévistes ont développé les pistes que découvraient l’ouvrage d’Huizinga, parfois pour le contredire, plus souvent pour prolonger ses intuitions.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

06

Zone critique

Nous avons largement montré comment la recherche actuelle avait, de différentes manières, confirmer, prolonger et approfondi l’approche historique de Huizinga. Il faut également signaler que cette dynamique de la recherche dont L’Automne du Moyen Âge est en bonne partie responsable à conduit à réexaminer différents aspects dont cet ouvrage traitait, parfois pour le contredire ou le corriger. L’une des failles de l’ouvrage de Huizinga est de considérer que la littérature est l’expression et le miroir de la société : même s’il manifeste parfois quelque réserve, il questionne peu la valeur de ces témoignages, et doute rarement de la possibilité d’en tirer des interprétations qui s’appliquent à l’ensemble de la société.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

07

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – L’Automne du Moyen Âge. Étude sur les formes de vie et de pensée aux XIVe et XVe siècles en France et en Hollande, Paris, Petite Bibliothèque Payot, coll. « Histoire », 2015 [1919].

Du même auteur – Homo Ludens. Essai sur la fonction sociale du jeu, Paris, Gallimard, coll. « Tel », 1951.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !