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Couverture de 'Lart de penser dans un monde distrait et violent'

L’Art de penser dans un monde distrait et violent

Laurie Hawkes

Comment cultiver la réflexion dans un monde agité

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Description

Cogito, ergo sum. Pour certains, l’affirmation de Descartes n’a jamais été aussi pertinente qu’à notre époque, où nos cerveaux sont sollicités en permanence. Mais entre ruminations et pensées simplistes, Laurie Hawkes considère qu’on a plutôt tendance à mal exploiter nos capacités mentales.

Dans cet essai, la philosophe Laurie Hawkes nous invite à réfléchir sur la capacité de l'être humain à penser de manière approfondie et critique, dans un environnement de plus en plus marqué par la distraction et la violence.

La solution ? La mentalisation, qui permet de déployer une pensée mieux maîtrisée, mais aussi plus respectueuse de soi et des autres.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Le cerveau humain est en constante activité. Mais dans un monde où les distractions et les machines sont prédominantes, nous avons perdu les bases d’un art de penser véritable. Nous avons de plus en plus de mal à nous connecter à nous-mêmes et aux autres pour élaborer une pensée vivante, altruiste et bienveillante. C’est pourquoi Laurie Hawkes propose de nous réapproprier une activité mentale plus constructive grâce à la mentalisation, subtil mélange entre l’art de penser, de ressentir et d’agir.

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02

Qu’est-ce que la men­ta­li­sa­tion ?

La mentalisation désigne une forme de pensée qui mêle la connaissance de soi et l’ouverture d’esprit. Elle comporte quatre piliers : la pensée, l’émotion, l’agentivité ou capacité d’action, l’intersubjectivité ou prise en compte d’autrui. Plus ou moins développées en chacun de nous, ces compétences ne sont optimales que dans un mécanisme d’interaction. Dénuée de toute émotion, une pensée devient par exemple un acte d’intellectualisation désincarnée qui nous coupe de nous-mêmes et des autres.

Dans ce cas, elle ne remplit pas les critères de la mentalisation. Pour éviter ces dérives, des ponts doivent naturellement s’établir entre des pensées, des émotions, des souvenirs, des comportements ou des personnes. Le fait de créer des liens entre les différents piliers caractérisant la mentalisation nourrit notre psychisme en toutes circonstances. Même dans la solitude, cela nous donne le sentiment d’être pleinement vivants et d’être en harmonie avec nous-mêmes.

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03

Comment acquiert-on les bases de la men­ta­li­sa­tion ?

La mentalisation est une disposition que nous possédons tous et que nous développons dès l’enfance, de façon plus ou moins significative selon le contexte familial. Le concept de parent miroir est ici essentiel. L’enfant essaye de reproduire les attitudes et les gestes de son père ou de sa mère par un effet d’identification et de mimétisme. C’est ainsi qu’il construit ses propres schémas affectivo-moteurs. Ses parents constituent aussi pour lui un « moi externe » qui, en l’apaisant ou le réconfortant, opère une régulation de ses émotions jusqu’à ce qu’il soit en mesure de le faire par lui-même.

En manifestant des sentiments différents ou en décalage avec ceux qu’il éprouve, les parents participent également à son alphabétisation émotionnelle, à savoir son aptitude à identifier ses propres ressentis et à se percevoir comme un être distinct. Plus la famille est nombreuse, plus l’enfant aura l’occasion de se confronter à une diversité d’émotions et de modes de pensée qui enrichiront sa théorie de l’esprit. En revanche, si ses parents manquent d’attention, le surprotègent ou entravent ses actions, il risque soit de devenir dépendant d’eux, soit de bloquer son agentivité et ses ressentis.

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04

Quels sont les obstacles à une bonne men­ta­li­sa­tion ?

La mentalisation peut être abolie dans les cas d’urgence, où l’on est contraint d’agir vite et efficacement sans se laisser envahir par ses sentiments, comme durant l’intervention policière au Bataclan en 2015. On retrouve ce même mécanisme d’inhibition des émotions chez certaines personnes confrontées à un drame ou la perte d’un proche. Celles-ci cherchent à se protéger psychiquement, en occultant un aspect de la réalité difficile à supporter et en rompant les connexions entre pensées et ressentis, ce que Wilfred Bion définit comme une « attaque au lien ».

Face à des circonstances anxiogènes, il est possible, à l’inverse, de perdre le contrôle de soi-même. La violence verbale ou physique peut faire place à la mentalisation. Laurie Hawkes recense différentes situations pouvant empêcher de mentaliser correctement : les conflits relationnels ou de territoire, l’insécurité professionnelle, les situations de stress ou surmenage, etc. Certains facteurs sociaux favorisent la perte du pilier « autrui », celui de l’intersubjectivité.

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05

Quelles consé­quences pour ceux qui mentalisent peu ?

Le fait de peu mentaliser participe à l’élaboration d’une pensée simple. Celle-ci peut se caractériser par une approche catégorisante de la réalité et des personnes. Les préjugés racistes et sexistes en sont des illustrations parfaites. Ce type de pensée peut aussi prendre la forme d’une critique passive.

C’est le cas des personnes qui portent des jugements négatifs à l’égard des initiatives des politiques sans jamais proposer de meilleure solution. On retrouve en outre cette pensée simple chez les individus qui vouent un culte excessif à leur apparence, privilégiant une réponse concrète à un problème d’ordre psychologique pour ne pas avoir à réfléchir sur eux-mêmes. Parfois, un processus de fausse mentalisation peut se mettre en place, comme chez les névrosés ou les surdoués dont l’activité mentale est obsessionnelle ou hyperactive.

La difficulté à gérer ses émotions, qui manifeste un problème de mentalisation, pousse certains à adopter des conduites addictives. L’auteure en dénombre trois sortes : la prise de substances telles que le sucre, l’alcool, la drogue ou les médicaments ; la dépendance à un moi accessoire à travers une relation fusionnelle ou conflictuelle permettant de se libérer de son trop-plein émotionnel ; le recours à une activité comme le sport ou le travail. Pour les individus ayant une pensée concrète, aussi appelés normopathes ou hypernormaux, l’absence de régulation des émotions se traduit par une décompensation somatique. C’est alors le corps qui va exprimer le malaise et les tensions psychologiques internes de la personne, avec des manifestations comme de l’eczéma ou un rhume.

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06

Quelles stratégies pour mieux mentaliser ?

La mentalisation suppose de développer différentes aptitudes représentées par les quatre piliers. Comme nous n’avons pas tous le même type d’intelligence, le travail à faire sur soi sera variable d’une personne à une autre. Howard Gardner distingue cinq types d’intelligence : l’esprit discipliné disposant de compétences particulières dans un domaine ; l’esprit créatif ; l’esprit synthétique ; l’esprit respectueux, capable de comprendre autrui ; l’esprit éthique tourné vers le social.

Quel que soit notre profil, nous pouvons booster notre potentiel de mentalisation en adoptant un état d’esprit de croissance, qui se définit par la volonté de s’améliorer, de relever des défis et de tirer des enseignements de nos échecs. On peut par exemple enrichir sa pensée en se trouvant des tuteurs culturels, tels que des philosophes ou des artistes. Il est aussi possible de nourrir sa connaissance de l’autre en favorisant les interactions humaines ou la lecture de romans. Nous devons enfin devenir plus responsables et nous engager concrètement à la mesure de nos possibilités pour avoir un impact sur le monde.

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07

Conclusion

L’art de bien mentaliser n’est pas l’apanage des intellectuels. On peut très bien être doté d’une excellente capacité de réflexion, tout en étant dénué de l’altruisme et de l’empathie qui découlent de la théorie de l’esprit. Le processus bienfaisant de la mentalisation est rendu inefficace si l’un des quatre piliers qui la définissent nous fait défaut.

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08

Zone critique

Fondée par Éric Berne, l’analyse transactionnelle pratiquée par Laurie Hawkes est une forme d’approche psychothérapeutique qui s’appuie sur l’héritage de la psychanalyse, comme le décryptage des blessures et des blocages liés à l’enfance. Elle se démarque toutefois par la diversité de ses méthodes. Outre les séances individuelles classiques, des séances de groupe permettent au patient de se confronter à d’autres personnes.

Pour Éric Berne, ce travail a pour but de prendre de la distance par rapport à soi et aux autres, ce qui fait écho aux principes de la mentalisation développés par Laurie Hawkes. Carl Rogers et Richard Erskine considèrent que ces thérapies de groupe ont surtout pour vocation de développer l’empathie et l’ouverture à l’autre. Prôné par Bill Cornell ou Richard Erskine, le travail corporel est une autre spécificité de l’analyse transactionnelle. Le défoulement physique ou bien la tango thérapie, utilisée par Laurie Hawkes, contribuent à évacuer les émotions ou explorer ses interactions avec autrui.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – L'Art de penser dans un monde distrait et violent, Paris, Odile Jacob, 2016.

De la même autrice – Petit traité de lucidité sur soi-même et les autres, Paris, Payot et Rivages, 2014. – La Peur de l'autre, Paris, Le Livre de poche, 2013. – La force des introvertis : De l'avantage d'être sage dans un monde survolté, Paris, Eyrolles, 2016. – Le Cours de notre vie : L'analyse transactionnelle aujourd'hui, Paris, Desclée De Brouwer, 2017.

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