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Couverture de 'Larchipel francais'

L’Archipel français

Jérôme Fourquet

L'état des lieux de la France contemporaine

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Description

"L'Archipel français" de Jérôme Fourquet est un essai de sociologie et de géographie électorale qui explore les transformations profondes de la société française au cours des dernières décennies. Fourquet utilise une approche multidisciplinaire, combinant analyse des prénoms, sondages, géographie électorale et études de cas, pour démontrer comment la France est devenue une nation fragmentée, ressemblant à un archipel d'îles culturelles et sociales s'ignorant mutuellement. Il met en lumière les facteurs contribuant à cette fragmentation, tels que la mondialisation, les changements démographiques, la sécularisation et l'évolution des valeurs.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Déclin de la pratique religieuse, bouleversements sociétaux, montée en puissance de l’individualisation, mouvement de séparatisme social, retour en force d’identitarismes régionaux, processus d’intégration de générations issues de l’immigration… ces mouvements de fond ont contribué à créer une nouvelle nation française, bien loin de celle des générations d’après-guerre. Ce processus, qui se déploie depuis les années 1960, donne un nouveau visage à la société des années 2000. La France est devenue un archipel, composé de multiples îlots qui n’entrent plus en contact les uns avec les autres.

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02

La religion catholique n’est plus un socle

Nous assistons en France à un déclin sans précédent de la pratique religieuse catholique, qui a pourtant été le fondement multiséculaire de la société. Son effondrement est le fait religieux marquant de ces 50 dernières années, une rupture fondamentale même. La société française en est totalement modifiée. « La France, qui fut la “fille aînée de l’Église”, est majoritairement devenue un pays déchristianisé – ou redevenue une terre “achrétienne” » (p. 21). En 1961, 35 % des Français disaient aller très souvent ou tous les dimanches à la messe ; les « messalisants » ne sont plus que 6 % en 2012 et les catholiques pratiquants déclarés ne représentent plus que 12 % de l’ensemble de la population.

En 1950, le pays comptait 177 000 prêtres, religieux et religieuses ; le nombre chute à 51 500 en 2015. Autre signe fort du poids de la religion dans une société, les prénoms donnés aux nouveau-nés : une petite fille sur cinq était ainsi prénommée Marie en 1900, 8 % en 1945 et… 0,3 % en 2016.

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03

L’« ar­chi­pe­li­sa­tion » de la société

Il est un autre marqueur qui modifie fondamentalement la société française : « Il s’agit d’un mouvement de séparatisme social, qui engage une partie de la frange supérieure de la société […]. Les occasions de contacts et d’interactions entre les catégories supérieures et le reste de la population se raréfient » (p. 91). Les différentes strates sociales du pays s’avèrent de plus en plus hétérogènes, avec des intérêts divers, parfois même contradictoires.

Si la coexistence entre riches et pauvres a toujours existé, le fossé entre les plus et les moins favorisés s’est creusé économiquement, mais aussi socialement et culturellement. ’’’La « France d’en haut » et la « France d’en bas » constituent deux univers qui s’entrechoquent sans se voir, ni se comprendre, ni partager aucune aspiration commune.

Des classes « d’entre-soi » vivent en vase clos, se méprisent, phénomène particulièrement frappant au sein de l’élite française, qui a créé une bulle économique et sociale avec sa culture, ses codes, ses lieux de vie et d’éducation, etc. Le brassage des classes sociales est en voie de disparition’’ : les plus riches vivent au cœur des villes, les autres, dans les périphéries ; le tri de plus en plus sélectif des établissements scolaires produit une sorte de « ghettoïsation » des enfants (les écoles privées pour les plus aisés et les Zones d’éducation prioritaires pour les moins favorisés) ; les colonies de vacances traditionnelles déclinent depuis les années 1980 ; et, en 1996, la suppression du service militaire pour tous par ’Jacques Chirac « sonne le glas du brassage social via les chambrées » (p. 102).

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04

Les prénoms, « baromètres » en temps réel de la société française

S’il est un acte cardinal en matière d’identité culturelle et sociale, c’est bien la prénomination. Jérôme Fourquet cite l’historien québécois John Dickinson : « Le prénom est un marqueur culturel. Il est partie intégrante d’un complexe sociologique, qui renvoie à ses sensibilités régionales (ou nationales), à des logiques familiales, à des modèles de conduite, à des genres de vie. Par voie de conséquence, les transformations de la prénomination se présentent à nous comme un élément notable et un indicateur précis des changements vécus par une société » (p. 17). Autant dire que le choix du prénom en dit très long sur les référents culturels auxquels les parents sont attachés et souhaitent s’identifier.

Depuis 1966, à la suite d’une instruction ministérielle élargissant la possibilité de la gamme des prénoms, la société française est marquée par une évolution quantitative et une diversification des prénoms. Dans les catégories sociales populaires, très imprégnée de séries TV US et de culture anglo-saxonne, « l’american way of life » est devenu un modèle rêvé et les prénoms anglo-saxons ont le vent en poupe : Kevin, Dylan, Brandon, Cindy… De 2 % à la fin des années 1960, ils ont pu représenter jusqu’à plus de 12 % en 1993. La loi de 1993 sur la liberté des prénoms ayant ouvert le champ des possibles, ces prénoms à consonance anglo-saxonne ont diminué en proportion, mais restent encore fortement plébiscités dans les couches sociales les plus populaires.

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05

Un paysage idéologique et électoral totalement remanié

Parallèlement à ces mutations sociétales considérables, la France connaît une transfiguration politique déterminante. Dernier big bang politique en date, l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017, encore inconnu quelques mois seulement avant son accession au pouvoir, un libéral sans complexe s’affranchissant des partis traditionnels de droite et de gauche, face, au second tour, à Marine Le Pen et à un FN toujours plus haut dans les sondages. Cette élection en dit long sur les nouveaux clivages de l’électorat français des années 2010 et sur une nouvelle logique, gagnants-ouverts/perdants-fermés. Vers le candidat LaREM se portent les électeurs les plus aisés et les plus diplômés, une majorité de CSP+ vivant dans des grandes villes, des quartiers et des régions favorisés.

Ils sont, pour l’auteur, les tenants de l’ouverture au monde, des européistes convaincus, des battants qui n’ont pas peur de l’avenir et qui croient fermement aux notions d’ascenseur social et de « premier de cordée ». Avec Marine Le Pen, ce sont les plus fragiles qui s’expriment, les moins favorisés, les moins diplômés, les plus touchés par le chômage, ceux-là mêmes qui ont peur de l’avenir et de l’inconnu, refusent toute forme d’immigration et ne croient pas à l’amélioration de leur sort (près de 60 % pensent que leurs parents vivaient mieux qu’eux). Ils se positionnent contre l’Europe, le libéralisme, les échanges internationaux, mais pour le patriotisme, le régionalisme et la préférence nationale.

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06

Conclusion

L’Archipel français fait le constat d’un basculement anthropologique encore en cours, démontrant, chiffres à l’appui, les mouvements de fond que la France a connus depuis les années 1960 : évolution des mœurs et mutations sociétales, bouleversements socio-économiques et politiques, vagues d’immigration, déclin définitif de l’influence catholique et du façonnement de la société par la matrice judéo-chrétienne. Cette photographie de la société permet aussi de mieux comprendre les séismes politiques de ces 30 dernières années. L’arrivée d’un jeune président, s’affichant très clairement « ni de droite ni de gauche », peut ainsi s’expliquer par la fragilisation, voire la disparition des socles ancestraux et des repères. Les partis traditionnels se sont effondrés, un nouveau paysage politique se dessine.

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07

Zone critique

L’ouvrage de Jérôme Fourquet a fait grand bruit lors de sa publication. Et c’est en particulier son chapitre sur les prénoms qui a été massivement relayé par la presse d’extrême droite et repris par le polémiste Éric Zemmour. Dans une tribune, « Ces prénoms qui prédisent l’avenir de la France », celui-ci met en avant l’analyse étayée de statistiques de Jérôme Fourquet pour confirmer, chiffres à l’appui, la théorie du « grand remplacement ». Jérôme Fourquet a ainsi bousculé la « bien-pensance » et relancé des polémiques, en abordant ces sujets extrêmement sensibles que sont l’immigration africaine et maghrébine, l’intégration et les questions identitaires.

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08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé

– L’Archipel français. Naissance d’une nation multiple et divisée, Paris, Seuil, 2019.

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