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Couverture de 'Lanthropocene decode pour les humains'

L’An­thro­po­cène décodé pour les humains

Nathanaël Wallenhorst

Le changement climatique, la pollution, l’épuisement des ressources...

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Description

Le changement climatique, la pollution, l’épuisement des ressources... nous font entrer dans une ère nouvelle : l’Anthropocène. Le mot désigne un désastre, une urgence.

Mais l’Anthropocène relève d’abord de la géologie, pour désigner, sur des bases scientifiques, une époque façonnée par l’homme, qui prendrait la suite de l’Holocène. Pour nous familiariser avec ce néologisme à la propagation foudroyante, Nathanaël Wallenhorst nous invite à distinguer l’Anthropocène avec majuscule de l’anthropocène en tant que défi social et politique. Car la fin d’un monde n’est pas la fin du monde.

Le terme de Capitalocène serait d’ailleurs plus adapté pour comprendre ce qui est en jeu.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

À l’origine, le terme Anthropocène renvoyait à une modification des processus planétaires, sous l’effet des activités humaines. Il a été spontanément prononcé par le géochimiste Paul Crutzen, lors d’un congrès en 2000, pour signifier qu’avec son impact, l’homme avait quitté l’Holocène (période interglaciaire qui a commencé il y a 11 700 ans).

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02

Planter le clou

Concept fédérateur, l’Anthropocène entre alors dans le processus institutionnel visant à définir une nouvelle période géologique. En 2009, un groupe de travail est constitué dans le cadre d’une sous commission de la stratigraphie du quaternaire, de la Commission internationale de stratigraphie, membre de l’Union internationale des sciences géologiques (UIGS).

Après un vote favorable en 2016, les géologues doivent maintenant définir un point stratotypique mondial (PSM) et cinq stratotypes auxiliaires. Ils doivent donc répondre à la question : dans quels endroits constate-t-on que les humains ont « changé le système Terre, au point que les récents dépôts géologiques en formation qui resteront dans les enregistrements géologiques comprennent une signature distincte de l’Holocène et des époques antérieures » ? (p. 97)

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03

Neuf limites

Quelle est la limite qui différencie l’Anthropocène de l’Holocène ? La question n’est pas l’apanage des géologues. Elle se pose à tous les habitants de la planète, soumis de facto à de nouvelles conditions de vie, avec des seuils à ne pas dépasser. À la suite d’autres auteurs, Nathanaël Wallenhorst retient neuf limites:

• Le changement climatique : le gaz carbonique (CO2) n’est pas le seul facteur explicatif du réchauffement de la Terre. Entrent également en jeu le méthane (CH4), le protoxyde d’azote (N2O), les halocarbures (responsables du trou d’ozone), ainsi que la vapeur d’eau et l’albédo qui peuvent atténuer le rayonnement solaire. La perturbation du cycle du carbone joue un rôle majeur. Le taux de CO2 préindustriel de 275 ppm (partie par million) qui atteignait 310 ppm en 1950 est désormais 400 ppm, au-delà de la limite admise de 350 ppm. Nous émettons plus que la nature ne peut en absorber (via les océans, par exemple). Bien que le réchauffement soit un processus inscrit dans un temps long, il est déjà manifeste. On a ainsi relevé 46,7°C dans l’est de la France. Canicules en Europe, vagues de chaleur en Inde (1998, 2003, 2010)…, nous atteignons des températures que l’homme n’a jamais connues avec, en perspective, des menaces alimentaires ou sanitaires couplées à risques économiques et politiques (accès à l’eau par exemple). Le seuil qui limite la vie humaine est en effet de 35°C TW (« température humide »). Le stress thermique dépasse rarement 31, mais avec une augmentation de 3,7°C à la fin du siècle, des zones comme l’Arabie pourraient ne plus être habitables. Même chose pour l’Asie du Sud, très peuplée, et par ailleurs exposée à des catastrophes induites (typhons, inondations...)

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04

Des bas­cu­le­ments ir­ré­ver­sibles

Les graphiques produits par l’auteur sur la période 1750-2010 sont éloquents : 24 indicateurs (de la population urbaine à la disparition de la forêt tropicale) présentent peu ou prou la même courbe : une accélération marquée depuis les années 1950, pour atteindre un niveau où notre empreinte écologique menace ou dépasse la capacité de charge d’une planète qui accueillait six milliards de personnes en 2000. En 2050, nous serons 9,5 milliards.

En 2017, dès le 2 août, nous avions déjà consommé ce que la terre produit en une année. Il est évident que cette « grande accélération » ne peut pas se poursuivre longtemps, sous peine d’entraîner des points de basculement. C’est-à-dire de franchir des seuils au-delà desquels il ne sera plus possible de revenir en arrière. Car la Terre et ses écosystèmes ne fonctionnent pas selon des lois linéaires, mais en interaction. L’exemple du pergélisol, qui dégèle en raison du réchauffement et, de ce fait, accentue ce même réchauffement en libérant du méthane dans l’atmosphère, montre comment la dérégulation des cycles naturels nous entraîne dans l’inconnu, tout en réduisant nos possibilités d’action.

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05

Quelle date retenir ?

Géologiquement, l’Anthropocène commence là où l’influence de l’homme apparaît dans les sédiments. Mais quelle date associer au début de cette période ? Les principales propositions sont les suivantes :

• L’âge de pierre, en raison de l’utilisation du feu. Mais il ne s’agit que d’incidences locales.

• Le développement de l’agriculture, qui a entraîné la sédentarisation, modifié l’atmosphère (par le méthane issu de l’élevage, en particulier) et transformé le biote (ensemble des organismes vivants).

• La rencontre de l’ancien et du nouveau monde, événement majeur de l’histoire humaine, qui a entraîné un déclin de la population américaine (de 60 millions environ en 1492, à 6 millions de personnes en 1650) en raison de l’esclavage et des maladies, et réorganisé les vies végétales et animales, via les échanges commerciaux.

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06

L’anthropos absout les res­pon­sables

On voit que sous ses aspects purement scientifiques, le concept d’Anthropocène n’est pas neutre. D’ailleurs, « un concept qui véhicule l’idée de la fin possible de l’aventure humaine du fait des humains, peut-il n’être que scientifique ? (p. 112)

Quel serait, par exemple, l’anthropos responsable de l’Anthropocène ? Quel est ce récit naturaliste qui ferait de l’homme un responsable indifférencié dans la moindre référence à l’histoire ? « Nous ne pouvons pas associer la machine à vapeur au genre humain » (p. 116), souligne l’auteur, qui pointe la responsabilité du système capitaliste et de ceux qui l’organisent. D’autant que les victimes sont rarement les responsables. Au début du siècle, les 45 % les plus pauvres de la planète étaient à l’origine de 7 % de émissions de CO2, alors que les 7 % les plus riches en produisaient 50 %. « Les différenciations sociales entre les humains sont au cœur de l’entrée dans l’Anthropocène. » (p. 118).

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07

Conclusion

Comment traverser cette nouvelle période géologique, liée à une série de dommages et de menaces pour l’humanité ? Les mirages technologiques (recherche d’une autre planète, envoi des particules de souffre dans l’atmosphère, etc.) ne doivent pas faire illusion. Ce qu’apporte la géo-ingénierie, c’est d’abord un problème de gouvernance (dans l’ombre d’un possible totalitarisme).

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08

Zone critique

Moins d’un an après sa publication, ce livre a été suivi d’un autre titre, au format réduit (120 p.), La Vérité sur l’Anthropocène, chez le même éditeur. Les deux ouvrages se ressemblent, et leur auteur est prolifique puisqu’il dirige une collection sur l’Anthropocène chez deux autres éditeurs (Le Bord de l’eau et Peter Lang). On lui doit également plusieurs communications récentes, dont La pandémie de covid-19 : une maladie écologique et politique de l’Anthropocène.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Nathanaël Wallenhorst, L’Anthropocène décodé pour les humains. Paris, Le Pommier, 2019.

Du même auteur – La vérité sur l'anthropocène, Paris, Le Pommier, 2020.

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