
L’Amour et la Haine
Les mécanismes inconscients depuis la petite enfance
Description
Partant du constat que l’amour et la haine sont les piliers du psychisme humain, Melanie Klein expose ses dernières théories psychanalytiques en collaboration avec Joan Riviere.
Ensemble, elles explorent les mécanismes inconscients à l’œuvre depuis la petite enfance. S’inspirant de ses recherches dans le domaine de la psychanalyse d’enfants, elle démontre comment les processus psychiques datant de l’enfance orientent les comportements et situations affectives mis en place à l’âge adulte.
Sommaire
01Introduction
En 1937, alors que la psychanalyse est en plein essor, Melanie Klein et Joan Riviere publient deux conférences réalisées en 1936. Réunies sous le titre L’Amour et la Haine, elles abordent sous un jour nouveau la vie affective de l’homme et de la femme. Les deux psychanalystes y dévoilent comment le psychisme est sous-tendu par des sentiments inconscients ou refoulés qui façonnent nos réactions depuis la prime enfance. À l’origine de cette caractéristique psychique complexe ? L’amour et la haine qui ne cessent d’interférer tout au long de la vie et qui obligent chacun à élaborer des mécanismes de protection pour en équilibrer les forces contradictoires.

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02Amour et haine : des sentiments indissociables
L’amour et la haine sont des états affectifs qui cohabitent en chacun de nous dès le plus jeune âge. Ces pulsions conflictuelles sont déjà présentes chez le nourrisson qui recherche la satisfaction de ses besoins élémentaires : être rassasié pour assurer sa survie et jouir du plaisir de la succion lors de l’allaitement. Si les conditions à son bien-être sont toutes réunies, il connaît un état de sécurité rassurant qui développe en lui l’amour pour sa mère. Cependant, lorsqu’il est confronté à un manque, cette plénitude se trouve mise en péril.
Ce malaise se traduit par des manifestations physiques ou émotionnelles désagréables, comme les pleurs, la suffocation, l’angoisse. Ces sensations pénibles, perçues comme destructrices, engendrent une agressivité qui est dirigée vers la mère. Elles donnent naissance à une activité fantasmatique, c’est-à-dire une capacité à imaginer, qui laisse libre cours à la colère du bébé et à son désir de détruire le corps maternel. Cette haine à l’égard de la personne aimée occasionne un sentiment de culpabilité inconscient, qui va pousser le nourrisson à développer des fantasmes réparateurs. Ceux-ci visent à reconstruire le corps de la mère que le bébé, à ce stade de son évolution, pense avoir réellement abîmé.

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03L’agressivité, une composante fondamentale de la nature humaine
L’agressivité est un élément inné chez l’homme. Avec l’amour, elle permet de répondre aux deux instincts primitifs qui président à la perpétuation de l’espèce humaine : l’instinct sexuel et l’instinct de conservation. Cette violence peut se manifester dans des situations variées. Elle peut découler d’un état d’insatisfaction et de frustration pouvant se combiner avec un sentiment de dépendance, comme il est possible de le constater chez les classes sociales pauvres.
Ces pulsions agressives participent aussi à la lutte pour l’existence. Lorsqu’elles font défaut à un individu, elles le mettent en danger et le rendent moins apte à surmonter les difficultés. Cet aspect de la personnalité humaine est toutefois un élément qui dérange par la violence qu’il induit. Joan Riviere note que la religion a justement la fonction de réguler ou d’occulter cette caractéristique constitutive de tout individu. En niant la part d’agressivité existant chez tout être humain, elle a pour objectif d’élever l’amour en valeur absolue et de condamner les tendances agressives et sexuelles. Par cette vision tronquée de l’âme humaine, elle oblige à réprimer une agressivité qui a dû trouver des canaux pour s’exprimer au fil des siècles. La persécution à l’égard des gens et de leurs idées a été l’un des moyens de la libérer.

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04L’influence des premières expériences sur les comportements adultes
La nature des liens qu’un enfant noue avec ses parents a une incidence sur le type de relation qu’il établira avec d’autres personnes à l’âge adulte. L’amour qu’il reçoit ou le manque d’affection dont il est l’objet construit une image parentale que l’enfant incorpore dans son esprit et qui l’accompagnera tout au long de son existence. Cette représentation mentale s’élabore néanmoins à travers le filtre des sentiments de haine ou de frustration qu’il peut éprouver à l’égard de ses parents. Elle peut donc être faussée par rapport à la réalité. Ainsi un petit enfant peut-il se forger l’image d’une mère et d’un père froids et sévères, alors qu’il est entouré d’amour et d’attentions.
Cette représentation psychique inconsciente dépend en fait de la capacité de l’enfant à accepter l’incompréhension, les erreurs ou les défauts de ses parents, ce qui conditionne l’intensité de ses pulsions agressives à leur égard. Même biaisée, cette image parentale servira de « prototype » pour toutes les relations à venir.

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05La peur de la dépendance
L’attachement pour quelqu’un soulève un problème de taille : celui de la dépendance. Le fait d’être dépendant crée en effet un sentiment d’inquiétude qui est intimement lié à la crainte d’être privé ou de voir mourir la personne aimée et désirée. La dépendance est par conséquent perçue comme dangereuse parce qu’elle fragilise et rend incertain l’état de sécurité dans lequel on vit. C’est pour cette raison que très tôt, le bébé s’ouvre au monde et aux personnes qui l’entourent. Il développe ainsi une curiosité pour tout ce qui n’est pas la figure maternelle et qui lui permet d’amorcer un premier détachement.
Pour Melanie Klein, la peur d’être dépendant trouve son illustration majeure dans l’infidélité amoureuse et la personnalité du Don Juan. Pour se préserver des souffrances impliquées par la dépendance, l’homme infidèle multiplie les conquêtes : il se prouve ainsi à lui-même que ses partenaires ne lui sont pas nécessaires. Cette stratégie a une autre visée : se libérer de l’attachement à sa mère qui est inconsciemment recherchée dans toute relation amoureuse.

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06L’introjection, un processus sécurisant
Dans tous les comportements et les mécanismes psychiques qu’ils mettent en œuvre, les hommes et les femmes cherchent avant tout à combattre le vide intérieur et à éviter les frustrations qui pourraient les fragiliser. Cette peur incite l’individu à vouloir s’approprier tout ce qui peut favoriser son bien-être, ainsi que le fait le nourrisson en absorbant le lait de sa mère. Cette tendance est illustrée par le processus d’introjection qui est le contraire du phénomène de projection. Il consiste à vouloir posséder tout ce qui est susceptible de pérenniser ou d’améliorer son bien-être.
Cette voracité inconsciente pousse à attirer à soi ce qui est source de plaisir et de satisfaction, tant au niveau physique et intellectuel que matériel et social. Ces bénéfices nous renforcent et nous confortent dans l’estime de nous-mêmes. Ils sont en effet considérés comme un gage de notre valeur et notre mérite puisque nous les avons obtenus, alors que la « privation représente inconsciemment l’idée inverse de ne pas être digne de choses bonnes » (p. 48).

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07Conclusion
Dans ce livre, Melanie Klein et Joan Riviere mettent en avant la complexité des mécanismes inconscients en s’inspirant du complexe d’Œdipe freudien. L’ambivalence des sentiments pour le parent tantôt aimé, tantôt détesté, s’enracine dans l’enfance.

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08Zone critique
Lorsque ces deux conférences ont lieu, Melanie Klein a déjà bouleversé le milieu psychanalytique par ses théories nouvelles qui ne sont pas du goût de tous. Elle soutient que l’enfant peut être analysé très jeune. Le jeu devient alors un outil qui permet d’interpréter et de comprendre ses mécanismes inconscients. Elle émet également l’idée que la mère est la figure centrale de la construction psychique, s’opposant ainsi à Sigmund Freud qui érige le père en figure tutélaire. Ses idées suscitent la polémique.

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – L’Amour et la Haine, Paris, Éditions Payot et Rivages, 2001.

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