
L’Âge du faire
Hacking, travail, anarchie
Description
"L'Âge du faire" de Michel Lallement est une étude sociologique qui examine le mouvement des Makers et la culture du "Do It Yourself" (DIY). Lallement explore comment cette tendance, qui valorise la fabrication artisanale et la créativité individuelle, remet en question les modes de production et de consommation traditionnels. L'ouvrage analyse les implications sociales, économiques et culturelles de ce phénomène, en se penchant sur les espaces collaboratifs tels que les fablabs et les hackerspaces, où les individus partagent des connaissances et des outils pour créer et innover.
L'auteur met en lumière la manière dont cette culture de l'autoproduction peut favoriser l'autonomie, la coopération et l'apprentissage par la pratique. "L'Âge du faire" est une lecture pertinente pour ceux qui s'intéressent à l'évolution du travail, à l'économie collaborative et à l'impact des nouvelles technologies sur la société. Il offre un aperçu de la façon dont les individus reprennent le contrôle sur la production et redéfinissent le travail et la créativité à l'ère numérique.
Sommaire
01Introduction
Le mouvement mondial des makers, ou mouvement du faire, mêle bidouillage, activités artisanales, bricolage et tout ce qui relève du DIY (do-it-yourself). Le propre du hacking s’inscrit dans la recherche d’un lieu où le travail est sa propre fin, dans un but de revalorisation, sans objectifs ni délais et contraintes imposés par un tiers, qui se traduirait par « juste l’envie de faire pour soi ». L’idée est de déplacer la gestion du temps telle qu’elle est habituellement conçue dans le travail afin d’éviter le cloisonnement des temps sociaux et la répétition des tâches. En somme, il s’agit d’un refus drastique du modèle tayloriste.

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02Le mouvement du faire : makers, hackers, crackers.
À l’origine, le hacking est une passion de bricoleur qui cherche à monter lui-même un ordinateur. Dans le domaine, il faut tout d’abord établir une distinction entre le software la pratique informatique) et le hardware (le bricolage matériel). L’idée selon laquelle nous sommes tous des makers dans notre capacité à « bidouiller », au sens large, préexiste à cette organisation. L’esprit du hacker associe les caractéristiques de simplicité, de maîtrise, d’ingéniosité, de rapidité pour produire quelque chose d’intelligent, qui fonctionne bien, pouvant avoir une portée artistique et, parfois, un caractère illicite. Cependant, à Noisebridge, on remarque la porosité de la frontière en licite et illicite. Les pirates de l’informatique (crackers) représentent une minorité, et on dit que « les hackers construisent ce que les crackers détruisent » (p. 348).

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03La méthodologie de terrain
L’auteur choisit une méthodologie propre aux enquêtes ethnographiques qui consiste à faire de l’observation participante, c'est-à-dire entrer en immersion et se faire connaître en tant qu’observateur tout en prenant part aux activités et sociabilités du lieu. Sans passion pour l’informatique ni pour le bricolage, l’auteur choisit trois activités de hacking : la culture des champignons, la cuisine et l’apprentissage de l’allemand. Le chercheur n’est pas un spécialiste, mais il met la main à l’ouvrage et devient, à son tour, un maker.
Pour construire sa méthodologie, il a recours à des entretiens sociologiques auprès de 87 personnes, portant sur les pratiques de hacking et les trajectoires individuelles les ayant conduites à fréquenter un hackerspace. Dans la réalisation de son enquête, il fait usage, comme principal outil, d’un carnet de terrain qui permet des incises descriptives au cœur du terrain. Ces dernières se fondent dans le développement théorique de l’ouvrage. Le lecteur peut ainsi assister au déroulement d’événements tels qu’un conflit entre deux membres, ou l’éviction de l’un d’eux et en percevoir les enjeux.

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04Une communauté ?
« Noisebridge est un lieu dédié au partage, à la création, à la collaboration, au développement, au compagnonnage et, bien sûr, à l’éducation. Noisebridge est aussi plus qu’un espace physique, c’est une communauté dont les racines s’étendent tout autour du monde », comme le présente un panneau à l'entrée du lieu (p. 147).
Pour introduire son enquête de terrain, l’auteur explique comment les germes du mouvement ont pris en Californie, à partir de « l’ébullition communautaire » des années 1960-1970. Le hacking est une activité plutôt solitaire, alors qu’est-ce qui fait communauté au sein des hackerspace ?
En opposition à la société tissée de relations formelles, artificielles et intéressées, la communauté se veut le produit d’une volonté organique, fondée sur la notion de plaisir autour d’habitudes partagées et d’une mémoire collective, dont les membres se lient durablement, sur une base élective et affective, menée par un esprit de groupe. On parle alors de communautés intentionnelles. Ses membres portent un objectif commun et se placent aux marges de la société. Ils répondent à plusieurs critères, parmi lesquels la possibilité de sacrifier leurs intérêts individuels au profit du collectif et de partager aussi bien un lieu qu’une expérience.

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05Ethique et politique
L’ouvrage montre à quel point technique et éthique sont liées. L’éthique du hacker se définit par l’envie de créer et de partager en se défaisant des lois de rentabilité et du droit de propriété. La liberté de l’information s’avère primordiale, il s’agit d’en favoriser le libre échange. Les critères d’égalité, contre toute forme de discrimination prévalent : le hacker doit être jugé sur ses capacités techniques.
En cela, il s’agit d’une véritable méritocratie qui encourage à la fois la concurrence et la coopération afin de booster la créativité et l’efficacité. Le plaisir domine le profit économique. L’égalité s’illustre aussi par le fait d’abolir la distinction entre ceux qui déterminent les objectifs et ceux qui exécutent. Enfin, Noisebridge est gouverné par un principe qui ne saurait être plus éthique et qui consiste à faire du bien et à produire du mieux, selon le slogan « Be excellent to each other » (« Comportez-vous excellemment les uns avec les autres »).

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06L’analogie religieuse
Certains leaders, par leur charisme et leurs habitudes vestimentaires font parfois figures de gourous à Noisebridge. Mais l’analogie religieuse va plus loin et l’auteur voit la possibilité de calquer la théorie weberienne en proposant quatre figures idéal-typiques du hacker. Pour rappel, l’idéal-type est le concept issu de la grande théorie de modélisation établie par Max Weber permettant de dessiner des profils ou former des catégories pour un phénomène donné.
Cela lui permet de souder le lien fondamental qui coexiste entre éthique et pratique. L’auteur dresse une typologie des charismes à partir de deux critères : la place du temps et le rapport au marché. « Certains hackers acceptent de composer sans enthousiasme avec cette institution sociale, tandis que d’autres en font un support privilégié pour la valorisation de leur travail » (p. 310).
1. Accommodement au marché et hack considéré comme travail principal : la figure du virtuose. Dans le champ religieux, il s’agit d’un esthète qui ne vit que par ses convictions, dans une forme d’ascétisme, en refusant la compromission avec la bureaucratie. La notion de plaisir surpasse celle du gain.

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07Conclusion
L’ouvrage montre à quel point éthique et technique sont liées, fondées sur des aspirations politiques qui, majoritairement, s’opposent aux développements capitalistes et à l’organisation bureaucratique pour lui préférer une organisation anarchiste à tendance libertaire.

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08Zone critique
L’auteur nous introduit dans le hackerspace de Noisebridge à travers les différentes mentalités des hackers. Dans l’expression ethnographique de son observation participante, on regrette l’absence de réflexivité sur la place du chercheur. Il explique, certes, qu’il s’était fait connaître comme chercheur et évoque quelques liens avec des hackers qui lui permettent d’obtenir certaines informations pertinentes.

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé
– Michel Lallement, L’âge du faire. Hacking, travail, anarchie, Paris, Seuil, coll. « La couleur des idées », 2015.
Du même auteur
– Le Travail. Une sociologie contemporaine, Paris, Gallimard, coll. « Folio essais », 2007, 676 pages. – Sociologie des relations professionnelles, Paris, La découverte, coll. Repères, 1996, 2008 (2e édition). – Le travail sous tensions, Auxerre, éditions Sciences Humaines, 2010.

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