
L'âge des low-tech
Réflexions sur la durabilité technologique
Description
Face à l’état de la planète, il est urgent d’agir. Mais il ne s’agit pas de couvrir le Sahara de panneaux solaires. Ou de produire des millions de véhicules hybrides. Car les technologies « vertes » sont un mirage.
Avides de ressources rares et non renouvelables, elles ne répondent pas à la seule solution qui vaille : réduire nos besoins. Il faut donc adopter des solutions low tech, faites de technologies simples voire rustiques, peu polluantes, peu gourmandes en énergie. Avec des produits utiles, conçus pour durer. Au bout du compte, nous vivrons mieux et nous travaillerons moins.
Sommaire
01Introduction
Le « progrès » est une absurdité écologique : les ingrédients d’un simple yaourt à la fraise parcourent 9000 km. Leur transport consomme donc une énergie démesurée. Vous avalez des produits chimiques, et le pot vient finalement grossir un tas de déchets non recyclables.

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02Des siècles de progrès
Cette fuite en avant n’est pas nouvelle. Exemples à l’appui, l’auteur montre comment la technique a toujours répondu aux pénuries engendrées par l’activité humaine, de la maîtrise du fer au développement de la chimie. Grâce aux matières plastiques ou à la réfrigération, nous ne sommes plus tributaires des végétaux (pour produire des colorants, par exemple) ou des animaux (pour faire de la colle, etc.) qui ont accompagné l’humanité jusqu’à une date récente.
Depuis le néolithique, dit Philippe Bihouix, trois stratégies permettent de répondre aux pénuries, locales ou générales (bois, métaux, terres arables...) : se déplacer (le nomadisme, aujourd’hui étendu à la recherche de métaux sur la Lune), échanger (par le commerce, désormais industrialisé via le conteneur) et inventer pour trouver un substitut (l’aniline pour remplacer l’indigo) ou créer un nouveau procédé (le haut-fourneau). Ces trois méthodes sont employées de concert. Aujourd’hui encore, le pétrole accompagne le charbon, dont la production mondiale augmente sous la pression des Chinois : 7,7 milliards de tonnes.

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03Éviter l’effondrement
Un de plus ? Notre mode de vie a toujours engendré « une accélération permanente entre des pénuries et de nouvelles solutions pour y répondre, créant elles-mêmes de nouveaux besoins et de nouvelles pénuries » (p. 59).
Mais cette fois, aucune fuite en avant ne viendra nous sauver, prévient Philippe Bihouix, car nous nous heurtons à des limites physiques. Il n’y a pas assez de lithium sur terre pour équiper plusieurs centaines de millions de véhicules électriques, et pas assez de platine pour un parc équivalent de voitures à hydrogène. Nous manquons également de temps. Il faudrait 500 années de production (au niveau 2011) pour satisfaire les besoins de la planète avec des panneaux solaires.
La dématérialisation de l’économie ne changera rien : malgré l’ordinateur, on consomme 900 000 t de papier de bureau en France. Les biotechnologies sont encore en devenir, à supposer qu’elles ne reposent pas, elles aussi, sur une fuite en avant : remplacer certains plastiques par des végétaux, c’est condamner des ressources agricoles. Quant aux nanomatériaux, censés économiser de la matière en miniaturisant les équipements, ils disséminent des éléments rares sans le moindre espoir de recyclage : 500 tonnes de nano-argent en 2008, par exemple, soit près de 3 % de la production mondiale, pour les textiles, les réfrigérateurs, etc.

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04Revoir les besoins
Comme il n’y a pas de produit ou de service plus économe en ressources que celui que l’on n’utilise pas, il faut s’interroger. Pourquoi poser des centaines de panneaux solaires si c’est pour alimenter des publicités lumineuses ? Quel est l’intérêt de chauffer des terrasses de café ? Réduire les besoins « peut et doit être un levier majeur » (p. 209), même s’il y a des pertes d’emploi à a clé. Privilégier les objets durables, propres et économes en ressources, conduit en effet à faire une croix sur la filière des yachts de luxe (1500 litres de carburant à l’heure), comme sur les machines à café avec des capsules jetables, les cosmétiques avec des métaux lourds, les cercueils en bois (au profit d’un linceul en chanvre grossier), etc.
Philippe Bihouix envisage aussi d’interdire le golf (gourmand en eau) et les compétitions internationales (J.O., coupe du Monde…) assimilées à une « débauche énergétique » qui concerne aussi les technologies informatiques (7,3 % de la consommation d’énergie en France en 2008).
Certaines des propositions de l’auteur pourront sembler évidentes : supprimer les imprimés publicitaires (1 million de t/an), par exemple. D’autres le seront moins : imprimer les journaux en noir et blanc, mutualiser les lave-linges dans l’habitat collectif, ou diminuer le chauffage. Ce sont des exemples, un brin provocateur, mais on en comprend vite l’intérêt. Le chauffage représente 25 % de l’énergie dépensée en France. Avec un seul degré en moins, on peut réduire la dépense de 7 à 10 %.

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05L’économie version low tech
Pour les industries de procédé (ciment, d’acier...), la relocalisation n’est pas toujours souhaitable. Il y a un équilibre à trouver, d’autant que la question des transports est autant liée à l’écologie (coûts (énergétiques) qu’au système de production (coûts sociaux).
Autant dire que les industries de réseau sont un enjeu fondamental et une contrainte de taille pour les low tech. Les systèmes de transport, de distribution d’eau, le maillage du téléphone sans fil (160 000 antennes relais), les éléments de notre modernité reposent sur des systèmes complexes qu’il n’est guère concevable de modifier brique après brique. Mais l’auteur avance sept principes qui sont autant de fils conducteurs. On ajoutera à ceux qui ont déjà été évoqués : savoir rester modeste (« Devant la complexité de la nature, tu t’émerveilleras ») et « démachéniser » les services (« l’homme par la machine, précautionneusement tu remplaceras »). Deux domaines peuvent illustrer leur mise en œuvre.
L’agriculture, d’abord. Comment nourrir l’humanité à moyen et long terme ? La consommation mondiale de pesticides est passée de 0,05 à 2,5 millions de tonnes entre 1945 et 2007, et la France est championne d’Europe avec 4,5 kg/ha/an. Au-delà des effets sur l’environnement, les rendements de l’agriculture stagnent et les OGM (organismes génétiquement modifiés) ne tiennent pas leurs promesses. Entre la monoculture céréalière et les élevages concentrationnaires, la solution passe par une polyculture centrée sur des exploitations de taille moyenne, qui reconstituent la fertilité des sols.

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06Un avenir à inventer
Concrètement, il faut à la fois redynamiser les bourgs et « désurbaniser sans étaler ». La question de l’urbanisme et du cadre de vie est délicate, admet l’auteur. Comme pour l’agriculture, cependant, nous avons une bonne marge de manœuvre. Arrêtons les grands travaux d’infrastructure, et concentrons-nous sur le bâti existant, en considérant que la population va finir par stagner, qu’il faut revoir la réglementation sur la location des logements, et qu’on peut construire « beau, sobre, et durable ».
Toutes ces solutions réduisent nos besoins en ressources et en énergie, que celle-ci soit nucléaire ou éolienne. Selon un calcul « de coin de table », avec 25 % de notre consommation actuelle produite sous forme low tech (petites éoliennes, solaire, hydroélectricité..), nous aurions assez pour « vire décemment », c’est-à-dire sans faire la lessive à la main. Cela suppose de se pencher sur les « aspects culturels sociaux, moraux politiques qui seraient nécessaires pour accompagner les évolutions techniques et organisationnelles » (p. 267).

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07Conclusion
L’auteur propose d’interdire le prêt avec intérêt, considéré comme le facteur mécanique d’une course sans fin à la croissance. Mais son propos essentiel porte sur la technologie, au cœur d’un changement de paradigme qu’il faudra bien opérer – rapidement – pour continuer à vivre dans un monde aux ressources limitées.

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08Zone critique
Condamner le football sous le prétexte qu’il mobilise 295 m² de terrain par joueur peut paraître abusif. Pourquoi ne pas prendre en compte l’ensemble des licenciés et la surface totale des stades ? Malgré tout, les exemples parfois « iconoclastes » de l’auteur indiquent comment adopter un mode de vie compatible avec nos ressources limitées. L’ouvrage se situe en effet du côté de la consommation, sachant que l’exercice a ses limites. Par jour et par français, les déchets des ménages et collectivités atteignent de 1,6 kg, alors que ceux du BTP représentent 10,7 kg.

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé
– L'âge des low-tech. Vers une civilisation techniquement soutenable, Paris, Seuil, 2014
Du même auteur
– En collaboration avec Benoît de Guillebon. Quel futur pour les métaux ? Raréfaction des métaux : un nouveau défi pour la société, Les Ulis, EDP Sciences, 2010.

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