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Couverture de 'Lachez nous luterus'

Lâchez-nous l’utérus

Fiona Schmidt

En finir avec la charge maternelle

Écouter l'extrait du podcast :
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Description

Lâchez-nous l’utérus est un ouvrage qui traite de la charge maternelle dans son ensemble : celle qui pèse sur les mères à propos de leur manière d’éduquer leur enfant, sur les femmes qui ne sont toujours pas devenues mères à 30 ans, sur l’âge prétendu acceptable pour devenir mère.

Dans notre société, on doit être une mère pour être une femme accomplie, mais on doit aussi être une “bonne mère”, et répondre à des normes rigides qui ne correspondent pas à la réalité. Le but de ce livre : en finir avec la charge maternelle, les injonctions à la maternité et déculpabiliser les femmes.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Fiona Schmidt, en tant que femme childfree, c’est-à-dire qui ne souhaite pas d’enfant, part d’un constat simple : toutes les femmes, qu’elles soient mère ou non, qu’elles aient 20 ou 40 ans, souffrent de la charge maternelle. La charge maternelle, concept clé de cet ouvrage, est, selon l’autrice, « la somme des pressions et préjugés au sujet de la maternité que toutes les femmes intègrent dès l’enfance et qui présente la mère épanouie et bienveillante comme la norme, une part intégrante de l’identité féminine, et le seul lifegoal qui vaille pour une femme ».

Le terme lui a paru être une excellente suite de la charge mentale, un concept créé en 1984 pour parler de la charge que représente l’organisation du foyer, la gestion quotidienne de la famille, qui incombe majoritairement à la femme qui doit jongler entre ces impératifs, son emploi et son bien-être.

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02

L’instinct maternel, mythe ou réalité ?

On a toujours considéré la procréation comme une étape naturelle dans la vie d’une femme : pourtant, en tant que femme, on passe plus de temps dans sa vie à trouver des moyens de ne pas se reproduire que l’inverse.

L’instinct maternel a de tout temps été considéré comme faisant partie intégrante des instincts féminins. Or, l’ouvrage nous montre que le XXe siècle a marqué un tournant dans cette notion : la psychologue Leta Hollingworth explique ainsi que la maternité n’est pas innée, en témoignent les politiques natalistes nécessaires pour tenter de l’influer. Et elle ajoute que si la maternité était instinctive, il n’y aurait aucune variation des taux de natalité en fonction de la période ou des pays.

En réalité, les grands penseurs, comme Aristote, Diderot ou encore Rousseau, n’ont cessé d’asseoir la notion d’instinct maternel, en en faisant une condition de possibilité de la femme : le fait d’avoir un utérus serait alors la preuve irréfutable de la nécessité de faire un enfant.

Pourtant, si l’on prend le cas de la France uniquement, on remarque que la natalité n’est pas constante : au milieu du XVIIIe siècle, le taux de fécondité baisse drastiquement, ce qui entraîne le début d’une politique nataliste. À cette même période, la mortalité infantile est très élevée, notamment parce que les mères n’allaitent pas (l’allaitement permettrait en effet de limiter la mortalité infantile), qu’elles laissent leurs enfants à des nourrices qui n’en prennent pas forcément soin, et que les enfants ne sont pas si “importants” qu’aujourd’hui.

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03

L’injonction de la bonne mère : une source de mal-être

Il a toujours été admis qu’avoir des enfants c’est « que du bonheur », et surtout qu’il s’agit de l’accomplissement ultime de la vie d’une femme. Jouets et dessins animés apprennent aux filles dès leur plus jeune âge à redouter le célibat et à attendre le prince charmant pour fonder une famille, tandis que les garçons sont plutôt encouragés à se tourner vers la vie la plus aventureuse possible, loin du foyer. Et surtout, les femmes sont appelées à être de “bonnes mères”.

Selon une étude menée sur le site moms.com aux USA, plus de la moitié des parents interrogés se sentent en situation d’échec parental lors de leur première année en tant que parent.

Il semblerait qu’il soit de plus en plus difficile d’être mère : les nombreux témoignages que reçoit Fiona Schmidt sur son compte @bordel.de.meres montrent que les femmes ne sont pas tendres entre elles. La maternité divise les femmes, car il y a des normes collectives à respecter pour être qualifiées de bonnes mères.

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04

Les femmes childfree, pas de vraies femmes ?

Il a fallu du temps pour que l’on commence à parler du désir de non-parentalité : Fiona Schmidt explique qu’avant les années 1970, le sujet était tout simplement absent. C’est en 1972 que deux Américaines fondent l’Organisation nationale des Non-Parents en Californie, dont le but est de soutenir les couples sans enfants, régulièrement accusés d’égoïsme, d’immaturité, etc. La même année, on lit pour la première fois dans le Time le terme childfree, que l’on peut traduire en français par « sans enfant par choix ».

Mais on utilise généralement le mot nullipare qui a, selon l’autrice, une forte connotation négative. Et surtout, si le terme anglais n’est pas genré, en français, seules les femmes peuvent être nullipares, puisque le mot fait référence à une personne n’ayant jamais porté d’enfant ou enfanté.

En France, on considère qu’une femme qui n’a pas d’enfant est forcément névrosée, malheureuse, et on ne tolère pas que cela puisse être un choix épanouissant. Une enquête datant de 2005 effectuée par l’Ined montre que seulement 10% des Français.e.s considèrent que l’on peut s’épanouir sans enfant. Parmi les réactions les plus récurrentes : égoïsme, immaturité, sans-cœur, frustration, traumatisme dans l’enfance, qui seraient autant de justifications à la non-parentalité.

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05

La parentalité, source des inégalités entre les genres

Le marché du travail présente encore de nombreuses inégalités entre les hommes et les femmes, mais le XXe siècle, et en particulier la Seconde Guerre mondiale, a participé à la féminisation de l’emploi en général. L’accès au travail permet un épanouissement des femmes, notamment grâce à une certaine indépendance financière, mais aussi à une satisfaction interne et à une vie sociale qui ne tourne pas seulement autour du foyer.

Fiona Schmidt met en perspective les divers modèles économiques européens, sous le prisme de l’économiste Gosta Epsing-Andersen, qui distingue trois modèles :

- le modèle conservateur (Italie, Grèce, Espagne), qui n’encourage pas la reprise du travail des mères après une grossesse. Pourtant, il s’agit des pays qui enregistrent les taux de natalité les plus bas d’Europe ; - le modèle social-démocrate (Suède, Danemark), qui favorise l’égalité homme-femme ; - le modèle libéral (Royaume-Uni), qui oblige souvent les femmes enceintes à sortir temporairement du marché du travail. L’économiste classe la France parmi les pays conservateurs, mais certaines lois placent notre pays à mi-chemin avec le système social-démocrate.

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06

Conclusion

Fiona Schmidt explique à plusieurs reprises qu’en tant que childfree, elle s’est longtemps crue en opposition avec les mères. Elle comprend aujourd’hui que la sororité peut aider les femmes à alléger cette charge maternelle qui pèse sur elles. Les femmes doivent se rendre compte qu’être « mère avant tout » peut être problématique car encore aujourd’hui, et, en fait, surtout aujourd’hui, le statut de mère prime sur l’individu et place la mère au-dessus des autres.

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07

Zone critique

Il s’agit là d’une étude complète et extrêmement documentée sur la condition des femmes et leur lien avec la maternité. Fiona Schmidt nous offre une critique inclusive de l’injonction à la maternité : elle parle non seulement des mères, mais aussi de celles qui regrettent, de celles qui ne veulent pas l’être, et de la norme qui plane sur le rôle de la mère parfaite.

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08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Fiona Schmidt, Lâchez-nous l’utérus : en finir avec la charge maternelle, Paris, éditions Hachette, Collection Santé, 2020.

De la même autrice – Les Recettes d'un connasse, Paris, éditions Hachette, 2017. – L'Amour après #MeToo : Traité de séduction à l'usage des hommes qui ne savent plus comment parler aux femmes, Paris, éditions Hachette, 2018.

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