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Couverture de 'La violence et le sacre'

La Violence et le sacré

René Girard

Le rite sacrificiel, commémoration d'un meurtre fondateur

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Description

Dans "La Violence et le Sacré", René Girard voit le rite sacrificiel comme la commémoration ancienne d’un meurtre originel, ce qu’avait perçu Freud dans Totem et tabou, par une intuition magistrale mais inaboutie.

En s'appuyant sur une relecture des tragiques grecs et sur une discussion approfondie des théories sociologiques, ethnologiques et psychanalytiques, Girard met en lumière le rôle fondamental de la "violence fondatrice" et de la "victime émissaire" dans la genèse des institutions culturelles et sociales. Ce livre audacieux remet en question les interprétations traditionnelles du sacré et des mythes, offrant une théorie nouvelle et convaincante. La clarté et l'élégance de l'exposé de Girard en font une lecture à la fois enrichissante sur le plan scientifique et captivante sur le plan littéraire.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

La Violence et le sacré apparaît comme un commentaire du verset de la Genèse 4,10 où Dieu s’adresse à Caïn, le cultivateur, qui vient de tuer son frère, Abel, le pasteur, et lui dit : « Qu’as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie de la terre à moi ».

Le sang appelle le sang, la violence agit comme un cercle vicieux : comment les hommes s’organisent-ils pour la contenir, l’endiguer et faire société ? La violence, dans son mécanisme de réciprocité, développe un engrenage que Girard qualifie d’escalade mimétique de la violence. Pour la contourner et offrir à la communauté un exutoire – pour tromper la violence – on effectue des rituels sacrificiels qui mettent fin aux enchères de la vengeance. Mais comment choisit-on une victime sacrificielle ? Quels sont les critères ? Quel véritable mécanisme est à l’œuvre et quels en sont les résidus dans nos sociétés ?

Pour René Girard, il s’agit de dévoiler le mécanisme qui sous-tend les organisations humaines dont les multiples formes renvoient à une origine commune et religieuse, découlant d’un sacrifice originel.

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02

La violence fondatrice et le rite sacrificiel

Le père de l’anthropologie, M. Mauss et son collaborateur H. Hubert placent le sacrifice à l’origine du religieux ; René Girard cherche l’origine même du sacrifice. Selon lui, les deux auteurs échouent à définir la nature et la fonction du sacrifice, malgré l’annonce contenue dans le titre de leur travail : Essai sur la nature et la fonction du sacrifice (1899). Pour Girard, le sacrifice est une médiation entre un sacrificateur et une divinité. Très tôt, il lie la violence originelle à la naissance de la divinité. La victime « offerte » à la divinité porte en elle-même un potentiel divin. Son expulsion refonde la communauté qui la craint pour le péril qu’elle fait planer avant de la vénérer pour son pouvoir pacificateur.

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03

La crise sa­cri­fi­cielle

Il existe deux types de violence : l’une sacrificielle, l’autre non sacrificielle. Le sacrifice doit être défini comme une violence purificatrice. La religion a pour but d’empêcher le retour de la violence réciproque. Dans nos sociétés, la présence de l’institution judiciaire endigue les mécanismes de vengeance et efface les traces du sacrifice. De fait, on distingue les sociétés qui font usage de la vengeance privée des sociétés policées qui détiennent un système judiciaire autonome dont la fonction première est de rationaliser la vengeance. Cela met fin à la loi du Talion, où le sang appelle le sang : le principe de la réciprocité violente sort de la sphère privée. La vengeance n’est plus vengée. Le danger d’escalade de la violence réciproque est écarté.

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04

Les figures du double : le problème de l’in­dif­fé­ren­cia­tion

La crise sacrificielle que nous avons définie précédemment s’avère une crise des différences. « La différence doit être présente, le rite n’est là que pour restaurer et consolider la différence, après l’effacement terrible de la crise » (p. 172). Le sang versé dégage une impureté contagieuse. Pour endiguer la violence et nettoyer la souillure, il faut à nouveau que du sang soit versé mais rituellement cette fois, afin qu’il conserve son état de pureté.

Le sang est à la fois ce qui salit et qui nettoie, la victime à la fois celle qui détruit et répare, le poison et le remède, ce qui tue et fait revivre, à l’instar du poème de Baudelaire, L’héautontimoroumenos : « Je suis la plaie et le couteau / je suis le soufflet et la joue / je suis les membres et la roue / et la victime, et le bourreau ».

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05

Le choix de la victime sa­cri­fi­cielle : la figure du bouc émissaire

Nous l’avons compris, pour l’auteur, la possibilité d’une existence sociale dépend de la présence d’une victime émissaire : la violence atteint un tel paroxysme qu’elle se résout en un ordre culturel qui menace toujours de se désorganiser. La violence rituelle se veut créatrice et protectrice en ce qu’elle se substitue à la violence réciproque qui, elle, est destructrice. La question de l’innocence et de la culpabilité de la victime n'est pas la question, mais Girard soutient que la victime est choisie parce qu’elle n’est pas susceptible d’être vengée.

Le sacrifice reproduit sur la victime rituelle une violence réelle subie dans des temps immémoriaux par une victime émissaire, coupable du désordre que connaît l’ordre social. Selon Girard, l’ensemble des mythes fait mémoire de cette violence originelle, issu d’un événement réel.

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06

La théorie du désir mimétique

Violence et désir sont liés. La première découverte de Girard, et de laquelle découle sa théorie du rite sacrificiel, consiste à montrer qu’il n’y a pas d’originalité du désir. Tout désir est guidé par l’imitation d’un modèle qui désigne l’objet convoité.

Autrement dit, le désir n’est jamais le fait d’un individu orienté vers un objet, mais il est toujours triangulaire. Par là même, ce qui est véritablement désiré n’est pas tant l’objet lui-même que la place du modèle.

Ce que l’on désire vraiment, c’est la place de celui qui possède. Pour obtenir l’objet, et s’en approcher au plus près, un sujet désirant imite un possesseur. Ce dernier, jusque-là fier d’être pris en modèle, commence à percevoir dans son disciple, le rival qui, lui ressemblant de plus en plus, est en train de l’usurper. On reconnaît ici la formation d’un double. S’installe alors la rivalité mimétique. Cela fonctionne autant pour le choix d’un amant, pour celui d’une montre, que pour les goûts musicaux ou vestimentaires ; autant pour nos pulsions d’achats qu’au plan géopolitique. Pour vous en convaincre, pensez à la conquête spatiale, à la Guerre froide telle qu’elle est représentée par Stanley Kubrick dans Docteur Folamour, ou encore aux négociations étatiques autour du nucléaire.

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07

Conclusion

Le sacrifice apparaît comme une institution communautaire qui suppose l’unanimité violente convergeant vers une victime émissaire. Cette dernière prend sur elle la violence unanime et refonde la communauté. René Girard attribue au religieux une origine « réelle ». La religion – le sacré – par les rites, contient la violence et contribue à la révéler.

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08

Espace critique

Girard est d’abord un théoricien, qui donne une réponse unique à la question des origines. En somme, on pourrait lui reprocher ce qu’il oppose lui-même à la psychanalyse, à savoir d’apparaître comme un système clos, qui ne souffre pas la contradiction et qui ne cesse d’apporter la même réponse à toutes les questions (cf. chapitres VII et VIII). La théorie girardienne repose sur une idée dont les champs d’application sont multiples et expliquent les diverses organisations humaines dans leur ensemble.

Penseur inclassable, sa monomanie lui a aussi été reprochée, d’autant plus qu’aucune discipline ne daigne l’intégrer véritablement. De fait, si les États-Unis l’ont adopté plus facilement, l’université française rechigne encore à lui donner une véritable place dans ses enseignements.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrages principaux de René Girard - Mensonge romantique et vérité romanesque, [1961], Paris, Fayard, coll. Pluriel, 2011. - Les choses cachées depuis la fondation du monde, [1978], Paris, Grasset, 2001. - Le Bouc émissaire, [1982], Le livre de poche, biblio essais, 1986. - Celui par qui le scandale arrive, entretiens avec Maria Stella Barberi, Paris, Fayard, coll. Pluriel, 2011.

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