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Couverture de 'La vie intense'

La Vie intense

Tristan Garcia

Vivre d'expériences sans cesse renouvelées

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Description

Nous voulons connaître de grandes passions, pratiquer des sports extrêmes, nous engager fiévreusement pour ce en quoi nous croyons ou encore avoir une vie nourrie d’expériences sans cesse renouvelées.

Pour Tristan Garcia, ces tendances s’expliquent par un idéal contemporain : l’intensité. Formée à partir de la fascination de l’homme du XVIIIe siècle pour l’électricité, cette nouvelle valeur peut-elle vraiment réaliser sa promesse et mettre l’homme en tension toute sa vie durant ? L’intensité ne finit-elle pas irrémédiablement par s’épuiser ?

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Contrairement aux animaux, lorsque les hommes expérimentent le monde, ils ne sentent pas seulement des excitations physiques leur parcourir le corps, mais ils ont également conscience des sentiments que ces sensations leur inspirent.

Et pour Tristan Garcia, ces sentiments nous font plus ou moins nous sentir nous-mêmes. Des sensations faibles nous font ressentir des sentiments tièdes, ce qui nous donne l’impression de passer à côté d’une expérience, de vivre en demi-teinte voire même d’être dissocié de notre personne.

Au contraire, des sensations fortes inspirent à l’individu le sentiment de vivre pleinement sa vie, de s’exprimer, de s’affirmer et de ressentir ce que personne ne peut ressentir à sa place. C’est donc parce que l’intensité vient nous rappeler que notre vie est singulière, c’est-à-dire unique en son genre, qu’on la valorise. Cette valeur s’élève contre les normes, les idéaux et les modèles universels. Le problème est cependant qu’à partir du moment où tout le monde valorise l’intensité, alors elle devient à son tour une norme. Une norme toutefois originale puisqu’elle est la seule qui ne pousse plus à se comparer à une chose extérieure à soi, mais à ne plus se comparer qu’à soi-même : l’intensité comme norme nous enjoint d’aller puiser davantage au fond de nous-mêmes.

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02

Vivre, c’est être électrique

La thèse originale présentée dans l’ouvrage est que c’est l’électricité qui aurait fourni à l’homme moderne l’image lui permettant de se représenter une valeur aussi paradoxale. Il faut revenir dans les années 1740 pour voir le courant électrique devenir un sujet d’émerveillement. La raison principale analysée par Tristan Garcia n’était pas tant la découverte scientifique que le fait que celle-ci semblait circuler partout. Elle avait alors le pouvoir d’unifier l’esprit, le corps et la nature.

On suppose en effet dans un premier temps que l’électricité anime les nerfs, insufflant plaisir et douleur au corps, et établit une continuité inédite entre nos sentiments psychiques et nos sensations physiques. Comme si un même fluide unifiait en nous corps et esprit et nous reliait au monde extérieur, également traversé par l’électricité. Si cette idée d’électricité biologique s’est démentie, le fantasme est en tout cas resté. Et à partir de cette image, l’homme moderne a pu concevoir un nouveau modèle de vie : vivre, ce serait être électrique.

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03

Comment se manifeste ac­tuel­le­ment cette quête d’intensité ?

Puisque nous savons désormais que les pouvoirs de l’électricité étaient fantasmés, comment l’intensité peut-elle encore trouver sa place dans nos préoccupations et valorisations ? Pour Tristan Garcia, prôner l’intensité revient à revendiquer l’émancipation vis-à-vis des modèles universels, et ce qui explique sa valorisation grandissante depuis deux siècles.

D’un point de vue éthique, on trouve de plus en plus qu’il est autoritaire et normatif de juger de la valeur d’une vie humaine en la comparant à une autre. Nous avons finalement réalisé un saut des faits au droit : dans les faits, nous sommes tous différents ; en droit, nous pensons que nous devrions tous pouvoir revendiquer notre différence. Les vies de Saints n’inspirent plus, et si nous admirons chez les grands hommes le courage avec lequel ils assument leur engagement singulier, nous n’aspirons plus à imiter le contenu de leur vie. Enfin, nous croyons toujours à des valeurs morales, mais pensons que la manière de les appliquer doit différer d’une personne à l’autre. On pourrait croire le domaine politique épargné de cette quête d’intensité, puisque la réflexion politique implique précisément d’effacer les individualités au profit d’une pensée et d’une action collectives. Mais Tristan Garcia montre que ce n’est pas le cas. En politique, l’injonction à la vie intense vient se loger dans les principes régulateurs de la politique et de l’économie, à savoir la croissance et le progrès. En effet, ces termes font partie du vocabulaire de l’intensité, la croissance consistant à être le plus possible ce qu’on est et le progrès à l’être le mieux possible.

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04

L’ennemi de la vie intense : le bourgeois

L’intensité semble donc s’être imposée dans tous les domaines. C’est cependant paradoxal, car si l’intensité devient une norme universelle, au nom même de son principe (consistant à revendiquer la singularité contre les normes) elle devrait pousser l’individu à la fuir ! Tristan Garcia résout cependant ce paradoxe en montrant que si l’intensité maintient son emprise, c’est qu’elle n’est pas tout à fait universelle. Un dernier ennemi lui résiste en effet.

Et elle ne se maintient comme norme que grâce à cet ennemi, dont elle a cruellement besoin : sans lui, l’intensité deviendrait une norme universelle et ne pourrait alors plus prôner la singularité. Qui est l’ennemi de l’homme intense ? C’est l’homme moyen, qui en toutes circonstance refuse d’en faire trop et se maintient dans la moyenne. Cet ennemi, c’est le bourgeois. Cet ennemi moyennement moyen, c’est le bourgeois. « La médiocrité est bourgeoise. », disait ainsi Simone de Beauvoir . Et Tristan Garcia parvient à trouver une image pour représenter cet anti intense malgré lui : c’est l’homme dépourvu d’électricité intérieure qui vit éclairé par sa lampe de salon.

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05

Peut-on maintenir l’intensité toute une vie durant ?

À mesure que l’intensité se généralise, l’homme intense doit ruser pour éviter de devenir son ennemi, le bourgeois. La première des ruses est évidente : face à l’uniformisation (et donc à la menace d’une perte de singularité), il faut varier. L’intensité devient alors synonyme de changement, de variation. Et l’homme intense cherche toujours à avoir autre chose, à expérimenter de la nouveauté. Il cherche finalement toujours à être un autre, ce qui est paradoxal puisque l’intensité devait le pousser à être pleinement lui-même !

L’homme intense peut toujours résoudre ce paradoxe en se concevant comme un être changeant. Mais il existe tout de même un problème insoluble. Car dans tout ce qui varie, quelque chose demeure nécessairement : le fait même que cela varie. Un changement permanent ne se remarque plus : on ne voit plus la variation, mais seulement le fait que ça n’arrête pas de devenir différent.

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06

Conclusion

L’ouvrage montre ainsi avec une pensée claire, synthétique et originale que derrière cette valorisation de l’intensité, qui donne sens à nombre de phénomènes observables dans nos sociétés actuelles, se cache un imaginaire : celui de l’intensité électrique ; et une revendication : celle de l’identité singulière.

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07

Zone critique

À la fin de son ouvrage, Tristan Garcia, qui s’est montré très critique envers l’homme intense, évoque deux voies de sortie possibles. La première est la sagesse, que l’on peut deviner d’inspiration antique puisqu’elle consisterait à fuir l’excès et à rechercher la juste mesure en toute circonstance. La seconde est la promesse religieuse d’un salut, qui dépasserait notre identité singulière et où l’intensité ne varierait plus. Il écarte toutefois ces deux solutions, pour célébrer la vie qui se manifeste par l’intensité que l’on ressent.

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08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé

– La vie intense, Paris, Éditions Autrement, coll. « Les Grands Mots », 2016.

Du même auteur

– Kaléidoscope, Paris, Éditions Léo Scheer, 2019. – Nous, Paris, Éditions Grasset, coll. « Figures », 2016.

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