
La Tyrannie du paraître
Critique de la société de l'apparence
Description
Dans un monde où l’image que l’on renvoie aux autres est de plus en plus scrutée, les contraintes du paraître peuvent être source d’angoisse ou d’excès. Il y a ceux qui perdent leurs moyens en public, ceux qui se renferment dans leur coquille pour passer inaperçus ou ceux qui se livrent frénétiquement sur les réseaux sociaux pour exister aux yeux d’étrangers qu’ils ne rencontreront jamais.
À toutes ces personnes qui ne trouvent pas leur place dans la société, Gérard Bonnet propose un petit manuel pour apprendre à trouver le juste équilibre entre exigences du paraître et épanouissement personnel.
Sommaire
01Introduction
L’exigence du paraître a de tout temps existé, mais avec les nouvelles technologies, elle a pris une ampleur qu’elle n’avait jamais connue auparavant.
Elle est devenue une norme sociale à laquelle il est difficile de se soustraire, au risque de se marginaliser. Affronter le regard des autres n’est cependant pas toujours évident pour tout le monde. Si certains s’y conforment volontiers et avec une certaine aisance, d’autres sont entravés par des inhibitions personnelles et un goût modéré pour l’exhibition sociale. Dans tous les cas, personne n’est à l’abri de devenir esclave de la dictature du paraître et de perdre ses repères identitaires.

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02L’exhibitionnisme, une tendance inhérente à la nature humaine
L’être humain est un être social qui s’expose en permanence au regard des autres. L’exhibitionnisme fait d’ailleurs partie de sa nature profonde. C’est en effet dans le contact avec autrui qu’il peut accéder à la conscience d’exister et acquérir le statut d’individu à part entière. Cette tendance exhibitionniste est présente dès la petite enfance, lorsque le bébé est soumis au regard des adultes qui s’occupent de lui.
Elle se confirme au stade du miroir, période de la vie où le petit, âgé de deux ans, prend conscience de lui-même et prend plaisir à s’observer. L’enfant passe alors du narcissisme primaire, phase où il vit dans sa bulle sans se préoccuper de son entourage, à un narcissisme secondaire au cours duquel il se crée une image de soi positive. Ce moi idéal, tel que l’appelle Freud, lui permettra ultérieurement de se mêler à la vie sociale avec assurance et d’investir le jeu du paraître sans fragiliser son identité.

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03Quelles formes prend l’impératif social du paraître ?
La société actuelle exploite ce besoin d’exhibition de façon extrême. Conditionnant l’existence ou l’effacement social des individus, l’impératif du paraître est présent partout et fait le profit des professionnels du spectacle ou du relooking. Les réseaux sociaux comme Facebook, les magazines ou le succès de la téléréalité en sont la preuve.
Pour exister et se forger une identité qu’elles jugent digne d’intérêt, les personnes semblent avoir désormais besoin de se montrer à outrance, en utilisant tous les canaux de communication. Les internautes se créent des profils publics qui les mettent en valeur. Ceux-ci sont destinés à attirer et focaliser l’attention sur eux, ainsi qu’à mobiliser le plus grand nombre de followers autour de leur image virtuelle. Plus pernicieuse est la tendance à mettre sur le devant de la scène les gens malgré eux. Les maladresses ou les incartades des personnalités en vue font les grands titres. Les réseaux sociaux relaient ces actualités pour faire sensation sur la Toile. Cette course médiatique instaure une ambiance collective délétère où plus personne n’est maître de sa propre image.

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04Quels sont les dangers liés à l’impératif du paraître ?
Il n’est pas toujours simple de répondre aux contraintes sociales du paraître. La pression est si forte que l’on est parfois contraint de recourir à des moyens destinés à diminuer l’angoisse découlant du trac, de l’appréhension ou de la peur panique de se montrer. Drogues, alcool ou traitements prescrits par un médecin sont régulièrement utilisés pour endiguer les états phobiques ou réduire le stress lors d’un entretien d’embauche ou d’une prestation publique.
Pourtant, ces solutions ont leurs limites et présentent des risques. Leurs effets sont passagers et, s’ils peuvent agir réellement sur le niveau d’angoisse, ils peuvent engendrer une addiction, voire occasionner des troubles psychiques graves. Certains préfèrent miser sur la chirurgie esthétique pour éliminer leurs complexes physiques. C’est le plus souvent un miroir aux alouettes puisque l’inhibition relève d’un désarroi psychique plus profond, qui ne disparaîtra pas tant qu’il ne sera pas résolu.

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05Quelles sont les origines psychiques du malaise à paraître ?
La personnalité d’un individu est constituée de trois entités psychiques, comme l’a défini Freud. Le moi représente la « partie émergée […] qui traite avec le monde extérieur » (p. 85), tandis que le ça correspond aux pulsions refoulées et le surmoi incarne nos valeurs morales et culturelles, ainsi que les impératifs qui en découlent. C’est le surmoi qui joue un rôle majeur dans nos difficultés à paraître. Il a la particularité de fonctionner selon deux modes distincts.
D’une part, il correspond à une petite voix intérieure qui nous impose des interdits. D’autre part, il représente un œil interne qui incarne originellement celui de nos parents et nous fixe ses exigences en matière de paraître ou de comportement. La pression exercée par l’exhibitionnisme ambiant rend ce surmoi visuel d’autant plus tyrannique que l’on a tendance à en projeter un double à l’extérieur de nous, qui nous donne inconsciemment l’impression d’être épiés et jugés en toute occasion. Cet œil fictif externe étend donc l’emprise du surmoi visuel interne, au point de paralyser la personne, de lui faire perdre ses moyens et de la priver de sa capacité de jugement. Dans les arts et les religions, il est représenté par des entités comme le mauvais œil, Dieu ou la conscience.

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06Guérir ses inhibitions par la psychanalyse
Le refoulement des blessures apparaît comme un obstacle majeur pour se libérer de son inadaptation au paraître. En ce sens, la psychanalyse peut apporter des outils pour lever les blocages. La parole constitue un élément fondamental pour remonter aux sources de nos inhibitions et analyser les résistances qui se sont fixées dans notre inconscient.
La démarche demeure complexe dans la mesure où les souvenirs honteux sont relégués au fond de la mémoire et dissimulés derrière des « souvenirs écrans », à savoir des reconstitutions inconscientes d’événements passés auxquels on a donné une tournure plus avantageuse. Pour retrouver son unité intérieure, il faut en outre se libérer du joug de l’œil imaginaire externe qui nous paralyse. C’est en identifiant la personne de notre entourage qu’il incarne que nous pourrons lui donner consistance et nous soustraire à son emprise.

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07Se renforcer individuellement et collectivement
Pour se libérer de ses complexes et de ses réticences à se montrer, Gérard Bonnet insiste sur l’idée qu’il faut retrouver sa liberté par rapport à l’impératif du visuel. Pour cela, il convient de reconstruire une image valorisante de soi, correspondant à son moi profond. Le relooking peut être un premier pas dans ce sens, à condition qu’il s’effectue en accord avec notre personnalité. Lorsque le complexe relève d’un problème d’identité sexuelle, comme dans le cas des transsexuels, la chirurgie est parfois envisagée comme une réponse permettant de rétablir l’harmonie intérieure.
Mais cette opération doit être mûrement réfléchie et accompagnée d’un travail approfondi sur soi. Toutefois, l’auteur considère qu’il faut avant tout cultiver ses talents pour se façonner une image de soi positive et solide. Développer sa culture et son aptitude à l’humour constitue une piste intéressante pour prendre de la distance par rapport à soi-même, donner sens à ce qu’on vit intérieurement ou déployer sa liberté d’expression. C’est ainsi que certains intellectuels ont réussi à surmonter leur honte et à la transformer en fierté, comme Démosthène qui est devenu un orateur émérite malgré une timidité handicapante.

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08Conclusion
La tyrannie du paraître ravive nos blessures les plus profondes et nous met face à nos hontes primaires, héritées de notre enfance. Le malaise qu’on éprouve à se montrer est rendu plus prégnant par la pression exercée par le regard d’autrui, auquel on attribue souvent une puissance qu’il n’a pas. Puisqu’on ne peut se soustraire aux exigences du paraître sans renoncer à toute vie sociale, on est bien obligés d’y répondre pour continuer à se sentir exister.

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09Zone critique
Les influences de Gérard Bonnet sont clairement dominées par la psychanalyse traditionnelle. Pour lui, l’exploration des conflits inconscients et des traumas de l’enfance permet au patient d’accéder à sa guérison psychique et d’enclencher une réelle transformation. Il se réfère à des principes psychanalytiques clés, comme l’interprétation des rêves, chère à Sigmund Freud, ou le stade du miroir, théorisé par Jacques Lacan.

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10Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Gérard Bonnet, La Tyrannie du paraître, Paris, Eyrolles, 2013.
Du même auteur – La Violence du voir, Paris, PUF, coll. « Bibliothèque de psychanalyse », 1996.

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