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Couverture de 'La theorie comme fiction'

La Théorie comme fiction

Maud Mannoni

Freud, Groddeck, Winnicott, Lacan

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Description

Cet ouvrage interroge la pratique analytique lorsqu’elle se trouve confrontée au savoir psychiatrique, à l’institution et à la psychose. Maud Mannoni illustre les enjeux de la théorie analytique, en insistant notamment sur l’un des aspects de la conception freudienne, concevant la théorie comme une « fiction ».

Afin de distinguer l’approche psychanalytique de l’approche psychiatrique, elle s’appuie tout particulièrement sur des concepts propres à la clinique de Donald Winnicott.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Il est possible de repérer dans l’œuvre de Freud deux tendances opposées : d’une part, l’exigence d’une reconnaissance scientifique de la psychanalyse ; de l’autre, une conception de la théorie psychanalytique comme « fiction », comme un instrument à travers lequel élaborer des interprétations variables, incertaines, sur la vie psychique du patient.

L’auteure interroge et approfondit cette double démarche, en s’appuyant notamment sur son expérience clinique et sur des concepts de Winnicott. Selon Maud Mannoni, ce dernier, plus que d’autres cliniciens, a mis en évidence la dimension dialectique de la relation entre analyste et analysant, à savoir l’échange qui se produit entre deux personnes, deux subjectivités singulières.

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02

Enjeux de la théorie analytique

« La théorie analytique cesse de relever de l’analyse dès qu’elle entend n’offrir qu’un corps de règles stables. La fonction d’une théorie analytique, c’est de permettre la transposition de ce qui, chez le sujet, résiste au travail analytique et fait obstacle à son évolution » (p.42).

Maud Mannoni illustre un aspect souvent menacé dans la pratique, même par certains psychanalystes. Une théorie constituée de « règles stables » court le risque de se transformer en une théorie « totalisante », où l’« objet scientifique » devient l’intérêt central du psy. Ce qui, dans certains cas, ne permet pas de saisir le « potentiel de rupture » et d’évolution d’un sujet.

La théorie freudienne elle-même n’a pas échappé à la tendance, en France comme ailleurs, à se voir figée et transmise comme un modèle. Cette façon de concevoir la théorie aurait impliqué une stagnation de la psychanalyse. L’auteure revient à ce propos sur la « deuxième topique » de Freud (postulant l’existence d’instances psychiques telles que le Moi, le Ça et le Surmoi) : une telle théorie aurait pu laisser croire à l’existence de recours thérapeutiques propres à guérir définitivement certaines souffrances psychiques.

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03

Psy­cha­na­lyse, institution et trans­mis­sion

Si la psychanalyse est née d’une critique du savoir psychiatrique, Freud n’en avait pas moins le souhait d’une reconnaissance scientifique. Comment dès lors rester fidèle à une « éthique de l’imprévu et de l’interprétation » lorsqu’il est question d’institutionnaliser la psychanalyse ?

Maud Mannoni rappelle que le type d’institution rêvé par Freud était irréalisable. En effet, en concevant la théorie comme un « outil » à renouveler constamment, il s’est avéré particulièrement difficile de l’adapter à un fonctionnement institutionnel, exigeant un cadre et des « normes stables ». La psychanalyse, cependant, a été adoptée dans diverses institutions, certainement au prix de quelques renoncements. Le discours analytique se caractérise par l’acceptation d’une contradiction inhérente à tout discours, constitutive du sujet (car les exigences du Moi divergent bien souvent de celles du Ça) ; mais, dès qu’il est assimilé à un discours d’ordre universitaire ou médical, il tend à devenir dogmatique, voire totalisant.

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04

Winnicott et l’« aire de jeu »

L’auteure propose un parallèle entre la notion d’« objet transitionnel » chez Winnicott et ce qui se crée entre l’analyste et l’analysant. L’« objet transitionnel » est ce qui permet à l’enfant de combler le vide laissé par l’absence de la mère, ou de la première personne secourable. Cet objet, précise Winnicott, est d’abord imaginé, créé par l’enfant. Il s’agit d’une étape fondamentale, favorisant l’accès à la symbolisation, à savoir la faculté de développer des représentations psychiques. C’est par ailleurs une étape qui permet à l’enfant de sortir du sentiment d’omnipotence. L’objet dont parle Winnicott, afin d’être imaginé, a besoin de cet « intervalle » entre l’enfant et la mère, entre absence et présence (être là et ne pas être là), qu’il nomme aussi « aire de jeu ».

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05

Pratique analytique et psychose

Lorsqu’on a affaire au champ des psychoses, la pratique analytique est-elle encore possible ? La position de retrait, voire d’« effacement » de l’analyste vis-à-vis du patient a-t-elle encore une pertinence ? Ou bien faudrait-il plutôt adopter la posture d’un psychiatre ou d’un éducateur ?

Lacan a apporté des éléments fondamentaux dans ce champ ; suivant le chemin freudien, il a contribué à déstigmatiser la folie. Maud Mannoni le critique cependant pour avoir participé à la « psychiatrisation de l’analyse » (p.157) : « Se compromettre avec la psychiatrie consiste à entrer dans un système de pensée où l’on s’autorise à occuper une position d’autorité par rapport à l’autre, afin d’en jauger ce qui est normal ou non » (p.157). La perspective psychiatrique prédominante conçoit la souffrance psychotique comme une affection incurable, affirme l’auteure.

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06

Conclusion

Maud Mannoni reprend avec audace un aspect de la démarche freudienne, cette idée que la théorie recèle un degré d’incertitude, de tromperie, voire de délire. Cela permet de souligner davantage ce qui relève de l’éthique psychanalytique, à savoir une position d’humilité et de « non-maîtrise » vis-à-vis du patient.

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07

Zone critique

Maud Mannoni soutient des idées difficiles à entendre à l’heure actuelle, où l’on constate comme perspective prédominante le positivisme, courant dans lequel le progrès promis par la science et la technique tend à vouloir écarter nombre de doutes.

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08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – La Théorie comme fiction. Freud, Groddeck, Winnicott, Lacan, Paris, Seuil, 1979.

Du même auteur – Le Psychiatre, son « fou » et la psychanalyse, Paris, Seuil, coll. « Le champ freudien », 1970. – Ce qui manque à la vérité pour être dite, Paris, Denoël, 1988. – Elles ne savent pas ce qu’elles disent, Paris, Denoël, coll. « L’espce analytique », 1997.

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