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Couverture de 'La societe hyper industrielle'

La Société hyper-in­dus­trielle

Pierre Veltz

Les défis de la société dans l'ère industrielle

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Description

Dans ce court essai, qui a reçu le « prix du livre d’économie 2017 », Pierre Veltz s’intéresse aux évolutions des chaînes de valeur globales (CGV) dans l’industrie mondialisée, ce qui lui permet de remettre en question la notion de « désindustrialisation » de l’Occident, et tout particulièrement de la France, où des lignes de fracture centres/périphéries réapparaissent sous l’effet des mutations de notre économie.

En abordant le phénomène dans ses dimensions techniques, sociales, économiques et géographiques, Veltz estime que nous vivons au contraire dans des sociétés « hyper-industrielles ».

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Depuis plusieurs décennies, la France connaît un phénomène de « désindustrialisation », qui s’illustre principalement par le fait qu’une part décroissante de la population active travaille dans l’industrie. Les effets en sont aussi nombreux que divers et marquent les esprits, depuis la fermeture d’usines dans les territoires jusqu’à la dévalorisation des formations professionnelles aux métiers industriels, en passant par la création de start-up utilisant les nouvelles technologies.

En tout état de cause, l’image de l’industrie paraît de plus en plus poussiéreuse et ne fait plus rêver les jeunes générations, qui en ignorent très majoritairement la réalité actuelle.

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02

Le monde a-t-il vraiment tendance à se dés­in­dus­tria­li­ser ?

Selon l’auteur, l’industrie n’est pas près de disparaître : pendant plus de deux siècles, elle a employé environ 5 % de la population mondiale. Le monde n’a cessé de s’industrialiser depuis l’invention de la machine à vapeur. Il s’agit d’une tendance globale qui ne s’est pas arrêtée avec la révolution numérique.

Mais ce long processus historique n’a pas concerné tous les pays en même temps. L’Occident, berceau de la révolution industrielle, s’est industrialisé le premier, avant d’être rattrapé par d’autres. Les émergents ont adopté différentes stratégies d’industrialisation mais les moyens de production ont eu tendance à se concentrer dans quelques pays, notamment l’Inde et la Chine, développant une concurrence féroce sur la production de biens industriels de bas de gamme ou de gamme intermédiaire.

En France, le secteur industriel a été pénalisé par des fragilités structurelles, comme la forte dépendance de très nombreuses PME à quelques grands donneurs d’ordres ou la faiblesse des marges, qui a pesé sur les investissements productifs. En conséquence, les Français, qui connaissent mal leur propre tissu industriel, ont eu l’impression que leur industrie ne survivrait pas à la concurrence mondialisée et ont rompu avec l’idée que leurs entreprises continueraient d’innover et de transformer.

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03

L’émergence d’un nouveau paradigme : la société hyper-in­dus­trielle

En réalité, le nouvel ordre productif est plus « hyper-industriel » que « post-industriel », car il s’inscrit dans la continuité de la révolution industrielle. Notre économie relève donc d’un nouveau paradigme qui suit quatre grandes lignes de changement.

1. Elle repose de plus en plus sur les infrastructures (notamment celles qui donnent accès à internet) et les savoirs circulant à plus grande vitesse et à plus grande échelle ; 2. Elle valorise davantage les relations au sein d’écosystèmes de plus en plus intégrés, malgré le développement de l’automatisation et des algorithmes accélérant les transactions ; 3. Les coûts fixes y ont plus d’importance que les coûts variables (surtout les investissements en recherche et développement par opposition au travail). Elle favorise ainsi la « concurrence monopolistique » en permettant le succès fulgurant d’entreprises très capitalistiques qui parviennent à s’imposer comme des infrastructures incontournables tout en réalisant des économies d’échelles très importantes ; 4. Fidèle à la culture « peer-to-peer » des débuts de l’internet, elle se fonde sur les communautés en privilégiant le fonctionnement en réseau plutôt qu’en organisations verticales.

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04

Quels impacts sur les entreprises ?

Pour les entreprises, la véritable transformation ne réside pas tant dans l’automatisation du travail, sur laquelle s’est fondée la révolution industrielle, mais plutôt dans le développement sans précédent de la connectivité, c’est-à-dire la mise en réseaux des machines entre elles, des individus entre eux et des machines avec les individus.

Il en va ainsi du développement de l’impression « 3D » : s’il s’agit véritablement d’une rupture technologique, c’est moins parce qu’elle remplacera le travail humain par des machines que parce qu’elle met en réseau de manière décentralisée une multitude de petits producteurs, en leur donnant accès à des outils de pilotage de la production. La connectivité accrue des objets génère ainsi pour les entreprises d’abondants flux de données provenant directement de l’usage, et non plus de quelque intermédiaire (questionnaires, entretiens collectifs, etc.), comme cela se pratiquait dans la publicité il y a encore quelques décennies.

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05

Les évolutions de la mon­dia­li­sa­tion hyper-in­dus­trielle

L’organisation du travail se trouve de plus en plus éclatée géographiquement. Cette dynamique, caractéristique de la mondialisation des échanges à l’œuvre depuis le milieu du XIXe siècle, s’est prodigieusement accélérée à partir des années 1980, grâce au développement des nouvelles technologies de l’information et à la baisse importante des coûts du transport, notamment maritime. Les chaînes de production sont ainsi optimisées dans le monde entier : c’est ce qu’on appelle les « chaînes de valeur globales » (ou global value chains, GVC). Elles connaissent actuellement un double phénomène de fragmentation et de polarisation.

La fragmentation des GVC traduit le caractère transnational de la mondialisation actuelle. Concrètement, cela signifie que la part de valeur ajoutée étrangère dans les exportations ne cesse de croître, notamment sous l’effet d’une externalisation partielle des processus de fabrication et de l’approvisionnement en matériels. En France, on estime cette part à 25 %. L’iPhone constitue un bon exemple de ce phénomène : la conception et la distribution sont basées en Californie, l’assemblage se fait en Chine.

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06

De puissantes re­com­po­si­tions géo­gra­phiques

La diffusion accélérée des nouvelles technologies détermine de puissantes recompositions géographiques, actant le passage d’un « monde en strates » à un « monde en réseaux et en pôles ».

En effet, les technologies se diffusaient auparavant d’une région géographique technologiquement mature aux autres régions technologiquement moins matures avec un décalage temporel marqué ; désormais, les nouvelles technologies sont disponibles partout en même temps, mais elles sont adoptées en premier lieu par les pôles et les réseaux qui mutualisent leurs ressources. Cette évolution a marqué le rattrapage de l’Asie par rapport à l’Occident, et surtout par rapport aux États-Unis ; mais elle a aussi induit le décrochage de certaines zones géographiques à un niveau infranational, en entraînant un double risque d’hyperpolarisation et de rupture centres/périphéries.

Le risque d’hyperpolarisation découle principalement de la « scalabilité » propre au succès de la nouvelle économie. On dit qu’une activité est « scalable » lorsqu’une même unité de travail peut être vendue de nombreuses fois sans augmenter le coût de production. C’est typiquement le cas des plateformes numériques qui s’étendent dans le monde entier et prélèvent des commissions sur chaque transaction réalisée par leur intermédiaire sans que cela augmente directement leurs coûts. En outre, parce que les plateformes tendent à atteindre des positions quasi monopolistiques sur leur marché, elles visent à la logique du gagnant qui emporte toute la mise. D’où l’hyper-concentration des fortes rémunérations pour les emplois des entreprises scalables et pour les capitalisations boursières de ces entreprises en Californie et en Chine.

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07

Conclusion

Le terme de « désindustrialisation » a gagné le débat public ; responsables politiques et dirigeants économiques se sont approprié les causes avancées pour expliquer ce phénomène. Pierre Veltz va à contre-courant de cette pensée dominante. En analysant l’évolution complexe du jeu des acteurs impliqués dans la mondialisation en général et les GVC en particulier, l’auteur parvient à démontrer que l’industrie n’a jamais occupé une place aussi importante dans notre économie.

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08

Zone critique

Pierre Veltz livre avec cet ouvrage, court et précis, un argumentaire très convaincant pour désamorcer le mythe de la « désindustrialisation ». Son approche, qui mêle analyses géographiques et économiques, décrit de façon limpide les impacts de l’hyper-industrialisation de nos sociétés sur les dynamiques territoriales. En particulier, l’auteur met clairement en avant les risques d’aggravation des inégalités sociales qui en découlent. Il articule ainsi sa réflexion avec la problématique de rupture entre centres connectés à l’échelle internationale et périphéries déconnectées à l’échelle nationale.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé

– La Société hyper-industrielle. Le nouveau capitalisme productif, Paris, Seuil, « La République des idées », 2017.

Du même auteur

– Le Nouveau Monde industriel, Paris, Gallimard, 2000.

Autres pistes

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