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Couverture de 'La societe de cour'

La Société de cour

Norbert Elias

Analyse des comportements sociaux

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Description

La Société de cour" de Norbert Elias est une analyse sociologique de la cour princière de l'Ancien Régime, principalement en France. Elias examine comment la cour a façonné les comportements et sensibilités, introduisant des règles de civilité et de maîtrise de soi. Il met en lumière le rôle de la cour dans le processus de civilisation et sa relation avec l'État absolutiste.

L'ouvrage explore la diffusion des normes sociales de la cour à d'autres groupes sociaux et son impact sur la structure sociale et culturelle de l'Europe moderne. Elias utilise la société de cour comme un laboratoire pour étudier les transformations des sensibilités et des comportements humains au XVIIe et XVIIIe siècles, soulignant l'importance de l'habitus psychique et la distinction sociale entre la noblesse et les autres couches de la société

Sommaire

01

Un projet so­cio­lo­gique à partir d’un objet historique

L’objet de la thèse d’Élias concerne donc la société de cour française sous l’Ancien Régime entre le XVIe et le XVIIIe siècle, mais il est d’emblée nécessaire de comprendre qu’il englobe deux dimensions que suggère discrètement le titre de l’œuvre. Il s’agit d’une part d’étudier la société de cour entendue comme l’organisation de l’ensemble des rapports sociaux, qui se jouent dans l’entourage du souverain et circonscrite en un ou des lieux singuliers. D’autre part, il s’agit d’appréhender dans un même mouvement la société française d’Ancien Régime entre le règne de François Ier et de Louis XVI comme une forme particulière de société munie d’une cour qui en modèle la structure. Autrement dit, Norbert Élias montre que la cour en son sens le plus restreint organise, par une sorte de répercussions en cascade, l’ensemble des rapports sociaux de la société de cour entendue en son sens le plus large. Enfin, celle-ci est considérée comme intrinsèquement liée à la mise en place de l’État absolutiste.

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02

Une œuvre à replacer dans son contexte

Comprendre La Société de cour nécessite de replacer l’œuvre dans le contexte sociohistorique de sa genèse. Sur le plan des références sociologiques d’abord, et se rappeler que l’ouvrage ne fut publié qu’une trentaine d’années après son écriture. En ce sens, les références sociologiques d’Élias traduisent d’abord largement l’influence de Max Weber sur la sociologie allemande. Le sociologue est également inspiré par les propos de Werner Sombart et de Thorstein Veblen, qu’il cite et critique. En ce sens également, le contexte de la montée au pouvoir d’Hitler ne peut être dissocié de la pleine compréhension des analyses que livre Norbert Elias. Pensons ainsi à ce qu’il écrit sur l’ascension d’un « groupe charismatique » ou « autocrate » (chapitre IV), qui contraste avec le processus de la mise en place d’un pouvoir absolutiste.

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03

La construc­tion de l’état absolutiste et la cu­ria­li­sa­tion des guerriers

Selon Élias, la formation d’une société de cour trouve son origine dans la monopolisation de la fiscalité et de la violence légitime par le pouvoir royal. L’autonomisation du souverain peut advenir lorsque les tensions entre les différentes factions qui l’entourent sont assez fortes pour qu‘aucune alliance ne soit mise en place contre lui, comme ce fut le cas entre la noblesse et la bourgeoisie française.

Au sein de ce processus, la curialisation des guerriers, composante de la monopolisation de la violence légitime, est d’importance. Elle consiste pour l’ancienne aristocratie guerrière à être destituée des fondements anciens de sa puissance (Chartier, 2008) et à être obligée de vivre de privilèges dans le proche entourage du souverain. En effet, le roi, regroupant autour de sa personne ses plus puissants sujets – et potentiels ennemis –, s’appuie sur les tensions qui animent le groupe des puissants ainsi constitué pour le réguler par une stricte étiquette de cour. Par cette mise en dépendance, il s’agit tant, pour le souverain, de réguler, que de consolider et de surveiller. L’état opère ainsi une forme de pacification des conduites et un contrôle des affects. Or, le roi au sommet de la pyramide ainsi créée par l’étiquette, est aussi le modèle à observer. Cela fait de lui le premier prisonnier de ces règles strictes et extrêmement contraignantes pour le souverain (Heinich, 2002). Pour les sujets de la cour, il s’agit, afin de se démarquer de leurs contemporains, de se soumettre à l’étiquette pour parvenir à obtenir le moindre privilège.

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04

Une société de cour fondée sur trois grands principes contra­dic­toires

Succédant à un avant-propos rédigé pour la publication et à une courte introduction, l’ouvrage d’Élias s’ouvre sur une analyse de l’habitat des élites françaises de l’Ancien Régime. L’auteur montre en particulier qu’au sein de ces espaces domestiques appartenant à l’élite de l’époque moderne, se mêlent à la fois une grande proximité et une grande distance, depuis la domestique jusqu’au maître de maison.

Il s’agit là d’un premier paradoxe relevé par Chartier, qui se conjugue à « la réduction de l’identité à l’apparence » (Heinich, 2002) : afin que chacun tienne son rang, Élias observe l’établissement d’une « consommation de prestige ». La « consommation de prestige » caractérise la nécessité pour la noblesse de cour de tenir son rang en assurant la magnificence de son habitat et de sa tenue. Celle-ci s’oppose à la consommation de la bourgeoisie qui se définit plutôt par son habileté à épargner.

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05

Le processus de ci­vi­li­sa­tion

L’une des idées les plus remarquables d’Élias est d’avoir montré comment les règles de la vie en société en vigueur à la cour par le biais de l’étiquette pouvaient être, de ricochet en ricochets, répercutées à l’ensemble de la société d’Ancien Régime. C’est ainsi que non seulement la bourgeoisie « copie » les conduites de la noblesse de cour, mais elle instaure aussi par-là une forme de concurrence qui « en retour, oblige la noblesse de cour à accroître les exigences de la civilité afin de lui redonner une valeur discriminante » (Chartier, 2008, p. XXIV).

Ainsi, plus que de la mise en place de l’état absolutiste, la « société de cour » participe d’une évolution des mœurs et, partant, à une transformation psychique de grande ampleur. Des compétences spécifiques se développent au sein de la population, qu’il s’agisse de « l’art d’observer ses semblables » (p. 98), de « l’art de manier les hommes » (p. 101), ou encore de « la rationalisation et [du] contrôle des affects » (p. 107). Le processus d’autocontrôle des émotions s’accompagne également d’une mise à l’écart et d’une première domestication de la nature. L’ensemble de ces transformations définissent ce que Norbert Élias appelle le « processus de civilisation » et qu’il développera plus largement dans les ouvrages qu’il écrira par la suite.

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06

Conclusion : des concepts fon­da­men­taux

La Société de cour est également pour Élias, comme il le dit lui-même, une occasion de soumettre à l’épreuve ses concepts.

Le plus célèbre, celui de « formation » (Figuration en allemand) , désigne « une formation sociale dont la taille peut être fort variable […] où les individus sont liés les uns aux autres par un mode spécifique de dépendances réciproques et dont la reproduction suppose un équilibre mobile de tensions » (Chartier, 2008) . Dans cette situation, les individus sont pris dans un « réseau d’interdépendances », notion clé de La Société de cour. Par exemple, la position de Louis XIV en tant que roi est à appréhender au sein d’une chaîne d’interdépendances.

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07

Espace critique

Les apports de Norbert Élias sont nombreux, et celui de La Société de cour concerne en particulier l’introduction du passé dans la sociologie. En ce sens, le travail du sociologue rejoint celui des historiens l’école des Annales .

L’une des principales critiques faites à Élias est celle de l’ethnocentrisme et de l’absence de relativisme : celle-ci argumente que le fait qu’une société soit avancée dans le processus de civilisation n’implique pas qu’elle soit plus « évoluée » ou plus « civilisée » qu’une autre. Or, la critique semble peu recevable, tant il apparait clairement que, pour Élias, que le terme de civilisation ne comporte aucune dimension de valeur (Heinich, 2002).

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08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – La Société de cour, Paris, Flammarion, Coll. « Champs Essais », 2008, (thèse d’habilitation rédigée en 1933 ; première publication en Allemagne en 1969).

Du même auteur – La Civilisation des Mœurs, Paris, Pocket, coll. « Évolution », 2003. – La Dynamique de l’Occident, Paris, Pocket, coll. « Évolution », 2003. – La Société des Individus, Paris, Pocket, coll. « Évolution », 1998. – Qu’est-ce que la sociologie ?, Paris, Pocket, 1993.

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