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Couverture de 'La societe allemande sous le iiie reich'

La Société allemande sous le IIIe Reich

Pierre Ayçoberry

Comment les Allemands ont-ils continué de vivre de 1933 à 1945

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Description

Durant de nombreuses années, les études historiques qui se penchèrent sur la période de l’Allemagne nazie se sont intéressées au « pourquoi ? », tentant notamment de révéler les raisons de l’accession au pouvoir d’Hitler en 1933. Avec cet ouvrage, Pierre Ayçoberry entend davantage interroger le « comment ? » et ouvre un volet plus social d’une époque que nous connaissons davantage sous l’angle politique.

Comment les Allemands ont-ils continué de vivre et préservé leur dignité dans le cadre de plus en plus violent de la dictature nazie ? Comment la majorité réagissait-elle aux coups de force et aux intrusions, toujours plus fréquentes, du pouvoir en place ? De quelles manières la société allemande des années 1933-1945 a-t-elle suivi les doctrines imposées par Adolf Hitler et la SS ? Autant de questions auxquelles l’historien tente de répondre, renouvelant, par son approche, un champ historiographique déjà très riche.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

La période de l’Allemagne nazie a suscité, depuis le début des années 1970, un nombre croissant de recherches dans toute l’Europe. Pierre Ayçoberry est le premier historien français à proposer une étude d’ensemble consacrée à la société allemande sous le IIIe Reich. Cet ouvrage de synthèse propose une vision moins politique de la période, non sans difficulté.

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02

Susciter la peur

L’ouvrage s’ouvre sur une étude de la violence dans le monde nazi qui était principalement le fait de ceux qui devaient encadrer la société. Ainsi, les SA (Sections d’Assaut) assurèrent, selon l’historien, un « terrorisme d’État » en 1933-1934, s’attaquant aux socialistes, aux syndicalistes, aux Polonais et aux Juifs. Il y avait également la SS (escadrons de protection), qui avait entre autres fonctions celle de police ou l’encadrement des camps de concentration, dont le premier fut celui de Dachau, près de Munich, ouvert dès le mois de mars 1933. Afin d’entrer dans le corps de la SS, il fallait prouver ses capacités sportives, son innocence politique, un minimum d’instruction (une dictée de trois lignes !), et la pureté raciale de ses ancêtres ; les examinateurs pouvaient fermer les yeux sur ce dernier point. Une école des cadres formait les hommes les plus « performants ».

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03

La stratégie de com­mu­ni­ca­tion

Les meetings d’Adolf Hitler étaient, au sens originel du mot, des rencontres du Führer avec son peuple. Ses triomphes devaient beaucoup non pas seulement au contenu de ses textes, mais également à la gestuelle qui les accompagnait et, une fois que le contact direct était rompu, les médias prenaient le relai, notamment la radio ou la presse.

La communication du parti passait également par les affiches de propagande, qui étaient essentiellement des dessins de deux styles opposés : la caricature, qui reflétait la violence contre les Juifs, laids, rapaces et nomades ; et le classicisme qui esthétisait l’homme idéal selon les nazis, ainsi que leurs grands dirigeants. Pour le cinéma, les attendus furent définis par Goebbels, ministre de la propagande : faire l’éducation politique, mais aussi esthétique du spectateur, et gagner de l’argent. Toutefois, il y eut peu de films nazis, le plus cité étant Le Juif Süss ; la thématique national-socialiste se diffusait davantage par les documentaires, que d’habiles techniciens parvenaient à monter subtilement pour susciter les haines et les enthousiasmes collectifs.

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04

La ra­di­ca­li­sa­tion, 1938-1939

Le durcissement du régime fut d’abord le résultat de la conquête des masses, qui passait notamment par l’embrigadement dans le cadre des Jeunesses hitlériennes (Hitlerjugend), filière du parti. Elles comptaient 8 millions de membres en 1939 ; ce chiffre, impressionnant, ne représentait en réalité que les deux tiers des tranches d’âge concernées, d’où l’adhésion obligatoire, décidée au printemps de la même année.

Les Églises subirent en premier lieu le raidissement de la politique nazie : les radicaux du parti invitèrent à faire acte de « sortie de l’Église », autrement dit à renoncer à leur foi, protestante ou catholique. Face à cela, la défense de la liberté religieuse ne représentait pas un front uni : certains évêques, à l’instar de celui de Bavière, invitèrent leurs prêtres à prêter serment au Führer, alors que la publication par Pie XI, en mars 1937, de l’encyclique Dans une brûlante inquiétude, dénonçait la doctrine raciste du régime. C’est ainsi qu’Hitler multiplia les procès contre les ordres religieux, accusés de délits de mœurs.

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05

Une société en guerre

La seconde partie de l’ouvrage se penche sur la période 1939-1945. Les communautés qui avaient tant bien que mal survécu aux tentatives d’emprise de l’État et du parti nazi devaient fatalement subir les contraintes de l’économie de guerre et l’impact direct des opérations, d’abord aériennes, puis terrestres.

La cohésion de la cellule familiale fut atteinte par la mobilisation du père, l’envoi des enfants à la campagne dès 1940 et la participation des femmes et des adolescents à diverses tâches de défense. L’atelier ou la boutique pouvaient être fermés d’un jour à l’autre par les autorités, et le foyer paysan obligé de compenser le départ des hommes adultes par l’emploi d’étrangers, ou de faire une place à des réfugiés des villes. En ville précisément, les évacuations de précaution plus ou moins bien acceptées furent relativement peu nombreuses, et Berlin ne perdit jusqu’en juillet 1943 que 300 000 habitants sur plus de 4 millions.

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06

La question juive

Entre juillet et septembre 1941, Hitler donna l’ordre de ne plus parquer les Juifs, mais de les exterminer. Le début des déportations provoqua dans cette population une vague de suicides, et quelques milliers plongèrent dans la clandestinité. Mais la majorité fit ses bagages et se rangea dans les colonnes qui marchaient vers les gares d’embarquement. La population allemande ne pouvait ni ignorer le départ des déportés qui se déroulait en pleine rue, ni leur sort final que leur rapportaient les permissionnaires du front de l’Est.

Lors de l’apparition des premières étoiles jaunes, c’était surtout l’indifférence qui prévalait. Les actes de solidarité concrète furent rares : il y eut notamment la protestation des femmes de Berlin qui, en 1943, se sont révoltées contre les arrestations des couples mixtes ; certains des Juifs de la capitale qui survécurent à des années de clandestinité racontèrent également qu’ils avaient eu affaire à des exploiteurs sans pitié ou à des chrétiens compatissants, mais qui voulaient les convertir. Pierre Ayçoberry explique que les masses n’étaient entraînées ni par un antisémitisme radical ni par une solidarité agissante ; cette neutralité était toutefois largement suffisante pour permettre aux SS de réaliser leur programme.

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07

Conclusion

L’ouvrage de Pierre Ayçoberry se termine sur le bilan humain de la guerre, pour la société allemande : entre 3,3 et 4,3 millions de soldats tués, 500 000 civils morts dans les bombardements, 1,3 millions pendant le déplacement des populations vers l’Est, 300 000 dans les chambres à gaz, 140 000 dans les camps de concentration et 500 000 personnes avaient émigré.

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08

Zone critique

Tout simplement passionnant. Cet ouvrage de Pierre Ayçoberry permet de redécouvrir une histoire qui semble nous avoir été racontée tant de fois, celle de l’Allemagne nazie, mais d’un point de vue différent. De cette analyse ressort une société allemande aux positions nuancées, loin de l’image ancrée dans les consciences collectives. On y découvre des hommes et des femmes enserrés dans une communauté ce qui explique, en partie au moins, le comportement de la masse des Allemands.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – La société allemande sous le IIIe Reich, Paris, Seuil, 1998.

Du même auteur – Journal de Goebbels (1943-1945) [archive], Tallandier, 2005. – L'Unité allemande (1800-1871), Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 1992, [1972]. – La Question nazie, Les interprétations du national-socialisme, 1922-1975, Seuil, coll. « Points Histoire », 1979.

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