
La Saint-Barthélemy
Le paroxysme des guerres de Religion
Description
L'historienne Arlette Jouanna revient dans cet ouvrage sur l'un des événements les plus tragiques du XVIème siècle français : le massacre de la Saint-Barthélemy. Ce livre nous plonge au coeur de la nuit du 23 au 24 août 1572, lorsque des milliers de protestants furent assassinés à Paris et en province.
Avec une implacable rigueur, Arlette Jouanna revisite les origines et le déroulement du massacre, mettant à mal de nombreux poncifs. Elle montre que derrière la sauvagerie des tueries, tout fut méticuleusement planifié dans les hautes sphères du pouvoir. Cette enquête magistrale, fruit de longues années de recherche, renouvelle en profondeur notre compréhension de cet épisode fondateur des guerres de religion. Un livre indispensable pour saisir comment un massacre de masse a pu être froidement décidé et organisé au sommet de l'État.
Sommaire
01Introduction
L’ouvrage proposé ne s’intéresse pas à une époque, mais à un événement : le massacre de la Saint-Barthélemy, au cours duquel des milliers de protestants furent tués par des catholiques. Le 24 août 1572 est resté dans les esprits comme le paroxysme de la violence des guerres de Religion qui ont ravagé le royaume de France de 1562 à 1598.
Depuis trois siècles et demi, le massacre de la Saint-Barthélemy fascine par sa violence et son ampleur. Il reste pourtant à l’heure actuelle, sur de nombreux points, un mystère. C’est principalement à cause de la partialité des sources disponibles : ceux qui en ont fait le récit étaient impliqués, d’une manière ou d’une autre, dans l’horreur. Certains prétendent ne pas avoir su ce qui se préparait, à l’instar de Marguerite de Valois, d’autres minimisent ou exagèrent l’ampleur de la tuerie, comme Théodore Agrippa d’Aubigné. Aussi, la recherche des responsables, principal point de discorde entre les historiens, a fait couler beaucoup d’encre depuis le XVIe siècle. Catherine de Médicis a ainsi été longtemps accusée d’avoir prémédité les événements, attirant les protestants à Paris pour le mariage de sa fille Marguerite afin de mieux s’en débarrasser. L’ouvrage que nous étudions revient, dans son introduction, sur l’historiographie de l’événement et critique les différents points de vue énoncés jusque-là.

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02Le contexte des difficultés
Pour replacer le massacre de la Saint-Barthélemy dans son contexte historique, Arlette Jouanna revient à la paix de 1570 qui mit fin à la troisième guerre de Religion, marquée par l’Édit de Saint-Germain. Ce n’était pas la première fois que l’on cherchait à rétablir la concorde entre les sujets mais c’était la première fois qu’il était demandé aux ennemis d’oublier le passé, de tirer un trait sur les affrontements. Voilà une chose difficile : l’amnésie volontaire n’était soutenue que par des catholiques modérés que l’on nomme alors des « Politiques » et quelques protestants tout aussi sensibles à la restauration de l’ordre. Celle-ci devait alors passer par la réintégration de tous les protestants dans les fonctions qu’ils avaient occupées avant les troubles et par des amnisties de la part de la monarchie. Les plus fervents, eux, ne l’entendaient pas de cette oreille.

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03Un mariage entaché
Les unions ont toujours permis de consolider des traités. Dans ce cas, il fallait rassembler les catholiques et les protestants par le lien indissoluble que représente le mariage, chacun des deux époux entraînant avec lui sa lignée, voire ses États, apaisant ainsi les conflits. Charles IX lui-même épousa, en novembre 1570, Élisabeth d’Autriche au cours de fêtes somptueuses. Par ces noces, la France semblait s’enraciner dans le camp catholique. Il fallait donc compenser cette orientation par un pas vers le camp protestant. On se tourna alors naturellement vers l’Angleterre, puisque la reine Elizabeth était célibataire. Henri d’Anjou – futur Henri III et frère de Charles IX – fut proposé mais la différence religieuse eut raison du projet. Parallèlement, il fallait songer au mariage de Henri de Navarre, prince du sang, autrement dit susceptible d’accéder un jour au trône. La fiancée devait être Marguerite de Valois mais les obstacles étaient nombreux : cousins au troisième degré, il fallait obtenir du pape une dispense pour la parenté mais aussi pour la différence religieuse. Pourtant, un tel mariage devait être le moyen de retrouver l’harmonie du royaume. Il fallait maintenant convaincre : les catholiques étaient réticents. Du côté protestant, les pourparlers avec Jeanne d’Albret furent longs et délicats. De même, l’amiral de Coligny, l’un des principaux chefs protestants, craignait qu’une fois marié à Marguerite, Henri soit amené à abjurer sa foi.

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04L’horreur
Face à cette situation de crise, et pour contenir la pression exercée par les deux camps, la conviction s’imposa au Conseil du roi qu’il fallait agir. La condamnation à mort d’un certain nombre de meneurs protestants fut décidée, et approuvée par le souverain. Il fallait recourir à une « justice extraordinaire », c’est-à-dire sans jugement préalable. Coligny et une cinquantaine de gentilshommes devaient mourir, avec la conviction que la suppression des chefs suffirait à anéantir la menace protestante. Le roi fit fermer la ville de Paris, afin d’éviter d’éventuels débordements.
À l’aube du 24 août 1572, les éliminations commencèrent. Henri de Navarre et Henri de Condé furent soustraits au massacre, en leur qualité de princes du sang. La première Saint-Barthélemy venait d’avoir lieu. Le conseil royal n’avait toutefois pas mesuré toute la gravité de la situation ni anticipé la fureur catholique. Le tocsin sonna, et la seconde Saint-Barthélemy débuta, celle du peuple de Paris.
Il ne s’agissait pas du signal d’un massacre convenu à l’avance ; c’est l’affolement qui poussa à donner l’alarme. Les Parisiens pensaient alors que le roi leur donnait l’accord de se débarrasser de l’hérésie. Les meurtriers portaient une croix au chapeau et un brassard blanc, comme signes de la croisade menée et de la pureté qu’ils entendaient retrouver. L’anecdote de la floraison soudaine d’une aubépine dans le cimetière des Saints-Innocents, alors qu’elle n’avait pas fleuri depuis des années, provoqua un redoublement de la ferveur populaire. Les catholiques y voyaient un signe d’approbation divine.

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05L’apparition de la raison d’État
Pour Charles IX, l’un des principales difficultés fut de convaincre les cours européennes de la légitimité des exécutions de la première Saint-Barthélemy, tout en rejetant la responsabilité de la seconde sur le peuple de Paris. Dès le 27 août, le roi avait affirmé que la religion n’avait eu aucune part dans sa décision, ce qui ne parvint pas à convaincre les voisins. Les catholiques manifestèrent dans un premier temps leur joie, le pape faisant par exemple frapper des médailles commémoratives. Mais à mesure que les atrocités perpétrées furent sues, l’allégresse laissa rapidement sa place au malaise. Du côté protestant, l’indignation fut très vive. Elizabeth d’Angleterre condamnait vivement les événements, s’appuyant sur la thèse de la préméditation qui s’était rapidement diffusée.
Charles IX orchestra alors une grande campagne de justification à travers toute l’Europe. Il s’engagea dans un vaste contrôle de l’information, dont il souhaitait demeurer le seul canal. En outre, il lui fallait rassurer les souverains catholiques de son désir de ramener l’unité religieuse en France, tout en persuadant les protestants que la première Saint-Barthélemy n’avait pour but que de punir la rébellion de certains d’entre eux. Mais le plus difficile à justifier restait le choix d’une justice extraordinaire. Tous ceux qui ont participé à l’apologie du roi invoquèrent alors la défense de l’État comme principal argument : lorsque le danger est imminent, il faut agir, sans forcément recourir aux lois.

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06Comprendre et interpréter le malheur
La Saint-Barthélemy a incontestablement été un traumatisme majeur pour tous les Français, protestants et catholiques. La lecture des faits la plus répandue était religieuse, et la plupart des individus pensaient lire dans les événements la volonté divine. Si le dessein divin semblait facilement visible pour les catholiques, il était plus obscur pour les protestants. Avaient-ils été abandonnés ? Ainsi, certains se convertirent, d’autres s’accusèrent d’avoir attiré le malheur par leurs péchés.
Les protestants massacrés furent élevés au rang de martyrs, et d’abord Coligny, tout comme certaines villes à l’instar de La Rochelle. Il fallait en cela rendre la violence intelligible, elle devenait un signe d’élection divine. C’était une manière de présenter les victimes non pas comme des perdants mais comme des vainqueurs, conjurant ainsi la grande vague de découragement qui suivit les massacres.
La Saint-Barthélemy vit également apparaître la contestation de la puissance absolue du souverain. Des auteurs appelés « monarchomaques », c’est-à-dire combattant le pouvoir d’un seul, s’engagèrent, considérant que l’obéissance des sujets ne peut être que conditionnelle. Lorsque le roi manque à ses engagements, les États Généraux, composés de représentants du royaume catholiques et protestants, doivent prendre le relais et assumer la responsabilité de la désobéissance. La puissance absolue du roi fut également contestée par des nobles, nommés « Malcontents », qui souhaitaient empêcher un retour des circonstances qui avaient rendu possible la Saint-Barthélemy et qui se lièrent bientôt à François d’Alençon, jeune frère de Charles IX qui avait ostensiblement dénoncé la Saint-Barthélemy.

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07Conclusion
La Saint-Barthélemy a provoqué chez les protestants la renonciation à l’idée de convertir le royaume. Les abjurations qui suivirent les massacres ainsi que l’exil dans des pays sûrs provoquèrent l’effondrement de leur nombre en France. Elle eut également un profond effet sur l’évolution de l’institution monarchique. L’ampleur des troubles a fait prendre conscience de la nécessité d’un pouvoir fort.

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08Zone critique
Les historiens spécialistes du XVIe siècle qui se sont penchés sur la Saint-Barthélemy sont nombreux, tant le thème est fascinant. Apporter un regard neuf sur un tel sujet relevait d’un défi que seule Arlette Jouanna pouvait relever. Elle y parvient, scrutant des sources nouvelles, s’appuyant sur tous les travaux effectués jusque-là et propose d’autres perspectives d’analyse. Elle analyse notamment toutes les conséquences des massacres pour les placer au cœur même du processus de construction de l’absolutisme.

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – La Saint-Barthélemy, les mystères d’un crime d’État, Paris, Gallimard, coll. « Les journées qui ont fait la France », 2007.
De la même auteure – Le Devoir de révolte. La Noblesse française et la gestation de l'État moderne: 1559-1661, Paris, Fayard, 1989.

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