
La Richesse des nations
Comprendre les fondementes invisibles de l'économie moderne
Description
Quelle est la cause de l’enrichissement des nations ?
En voulant répondre à cette question, Adam Smith développe un système à la croisée de l’économie politique et de la philosophie morale.
"La Richesse des Nations" d'Adam Smith, publiée pour la première fois en 1776, est considérée comme le texte fondateur de l'économie politique moderne. Dans cet ouvrage monumental, Smith expose les principes de base de ce qui allait devenir le système capitaliste, notamment les concepts de division du travail, de liberté économique et de "main invisible" qui régule les marchés.
Ce livre offre une base solide pour comprendre les mécanismes économiques et les débats sur le rôle de l'État dans l'économie.
Sommaire
01Introduction
Le contexte économique de la publication de La Richesse des nations est celui du début de la révolution industrielle, durant laquelle les nations européennes connaissent une période d’enrichissement. La finalité première de l’ouvrage d’Adam Smith est d’en identifier les causes. Pour le système mercantile, courant de pensée économique alors dominant, cet enrichissement s’explique principalement par l’afflux des métaux précieux provenant des Nouveaux Mondes découverts depuis alors près de trois siècles. Smith pense quant à lui qu’il faut trouver dans la division du travail et dans l’accumulation du capital l’origine de l’enrichissement des nations.

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02La division du travail
La division du travail est le principal déterminant de l’enrichissement des nations. Smith prend l’exemple d’une manufacture d’épingles, dans laquelle chaque ouvrier est affecté à une tâche simple. Grâce à cette organisation, l’usine produit près de 50 000 épingles par jour. Si chacun d’eux avait travaillé indépendamment des autres, il n’aurait certainement pas pu produire en une journée une seule épingle. La division du travail est donc à l’origine de la croissance. Trois causes sont à l’origine de ces gains de productivité : la répétition d’une tâche simple permet d’accroître l’habilité de l’ouvrier ; être assigné à une tâche unique permet de ne pas perdre de temps en passant d’une sorte d’ouvrage à une autre ; enfin, la division du travail est à l’origine de l’invention de toutes les machines qui facilitent la tâche de l’ouvrier.

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03La main invisible
À l’origine de la division du travail, il y a « certain penchant naturel à tous les hommes (…) à trafiquer, à faire des trocs et des échanges d’une chose pour une autre » (I, 2). Elle est le résultat d’un comportement naturel et individuel, et non de la planification d’une autorité quelconque. Adam Smith prend l’exemple d’une tribu de chasseurs, dont l’un d’eux est plus habile que les autres à faire des flèches. Il pourra alors en faire sa principale occupation, et échanger une partie de ses flèches contre de la nourriture, à condition qu’en agissant ainsi il obtienne plus de nourriture que s’il était allé chasser lui-même. Comme l’artisan de flèches, chaque individu ne se spécialise que s’il a un intérêt à le faire.
Smith exprime l’idée que chacun est à la recherche de son propre intérêt dans une formule devenue célèbre : « ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière et du boulanger que nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu’ils apportent à leurs intérêts. Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme ; et ce n’est jamais de nos besoins que nous leur parlons, c’est toujours de leur avantage » (I, 2). Ainsi, si le boulanger fait du pain, ce n’est pas parce qu’il se soucie de ma faim, mais bien parce qu’il peut en tirer un bénéfice. Ce comportement égoïste est bénéfique à toute la société. L’idée sous-jacente est que l’intérêt général est la somme des intérêts individuels et dès lors, la recherche par chacun de son propre intérêt contribue à l’intérêt de tous. L’individu n’a pas réellement conscience d’agir pour l’intérêt général. Il est comme guidé par une main invisible à agir de la manière la plus profitable à tous, même si cette fin n’entre pas directement dans ses intentions.

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04L’accumulation de capital
À l’état primitif, dans lequel il n’y a pas de division du travail et où il ne se fait point d’échanges, l’individu pourvoit à l’intégralité de ses besoins. Ainsi, tout ce que produit l’ouvrier lui appartient. En revanche, dans l’état avancé de la société, le produit de son travail subit deux déductions : l’une est due à l’appropriation des terres, l’autre à l’accumulation des capitaux. Lorsque la terre devient propriété privée, celui qui la possède demande une rente, c’est-à-dire un prix à payer pour l’usage de sa terre. La rente constitue une première déduction sur le produit du travail.
D’autre part, poussés par le désir d’améliorer leur sort, les individus épargnent, c’est-à-dire qu’ils réservent une fraction de leur production qu’ils ne consomment pas immédiatement. Si le fonds accumulé devient tel qu’il peut faire vivre son propriétaire sur une longue période, alors ce dernier peut constituer un capital, c’est-à-dire réserver une partie de ce fonds accumulé pour en tirer un revenu. Il faut distinguer le capital circulant, qui ne rapporte un revenu que s’il change de propriétaire (les matières premières, les salaires etc.), du capital fixe qui rapporte un revenu à son maître lorsqu’il reste en sa possession (les machines, les bâtiments etc.).

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05La théorie de la valeur
Smith distingue deux significations de la valeur : la valeur d’usage et la valeur d’échange. Par exemple, l’eau a une grande valeur d’usage mais une faible valeur d’échange. À l’inverse, un diamant a une faible valeur d’usage mais peut s’échanger contre une grande quantité de marchandises. L’utilité fonde donc la valeur intrinsèque ou objective d’une marchandise, mais elle n’explique pas sa valeur d’échange.
Le prix réel d’une marchandise (c’est-à-dire sa valeur d’échange) est déterminé par la quantité de travail qui a été nécessaire pour l’obtenir : si la chasse d’un castor demande deux fois plus de travail que la chasse d’un daim, alors un castor vaut deux daims. Cependant, bien que la valeur-travail soit la mesure universelle du prix réel de chaque chose, elle n’est pas commode pour les échanges. La quantité de travail nécessaire peut être difficilement estimable, car il faut prendre en compte la fatigue et l’habileté qu’il a fallu déployer. Il est plus naturel d’estimer la valeur échangeable d’une marchandise par la quantité d’une autre, plutôt que par celle du travail.

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06L’autorégulation des marchés par la concurrence
Un marché est un lieu de rencontre entre offreurs et demandeurs qui s’échangent des marchandises moyennant un prix. Le prix de marché est déterminé par la proportion entre l’offre et la demande effective, c’est-à-dire la demande de ceux qui sont disposés à en payer le prix et qui en ont les moyens. Lorsqu’une marchandise est vendue précisément ce qu’elle coûte à celui qui l’apporte sur le marché, elle est vendue à son prix naturel. Ce prix ne dépend donc pas de la demande, mais uniquement du coût de production de la marchandise.
L’offre s’adapte automatiquement à la demande effective. En effet, si l’offre est inférieure à la demande, les demandeurs entreront en concurrence et certains d’entre eux seront prêts à un prix de marché supérieur au prix naturel. Attirés par la perspective de profits importants, de nouveaux producteurs entreront sur le marché en réallouant leurs moyens de production. Par conséquent, l’offre augmentera jusqu’à atteindre le niveau de la demande effective. Inversement, si l’offre est supérieure à la demande effective, les offreurs entreront en concurrence pour écouler leur production et certains d’entre eux accepteront un prix de marché inférieur au prix naturel. Enfin, lorsque l’offre suffit tout juste à combler la demande effective, le prix de marché sera égal au prix naturel, et toute la quantité sera vendue.

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07La libre concurrence internationale
Selon le système mercantile, la richesse d’une nation se définit par la quantité de métaux précieux qu’elle détient, car ils sont utilisés comme monnaie. La politique mercantile prône donc essentiellement deux mesures : favoriser les exportations, car les pays étrangers se délestent de leurs métaux précieux afin d’acquérir les marchandises nationales, et inversement entraver les importations afin d’éviter la sortie des métaux précieux. Dans ce cadre, si deux nations échangent entre elles, celle qui exporte le plus sera gagnante, car elle verra un afflux de métaux au sein de ses frontières. Selon la doctrine mercantiliste, le commerce international est donc un jeu à somme nulle.
Adam Smith est très critique vis-à-vis de ce système. Selon lui, l’erreur fondamentale des mercantilistes est de faire de l’argent et de la richesse des synonymes. Au contraire, Smith considère que la richesse réelle ne se définit pas comme une quantité de monnaie, mais comme « l’ensemble des choses nécessaires et commodes à la vie ». L’argent n’a d’autre fonction que de faire circuler les choses consommables et de favoriser les échanges, comme peut le faire une route par exemple. Selon Smith, la politique d’accumulation des métaux précieux est aussi absurde que de prétendre augmenter la bonne chère d’une famille en l’obligeant à garder chez elle un nombre inutile d’ustensiles de cuisine.

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08Conclusion
La Richesse des nations est certainement l’ouvrage le plus célèbre d’économie. Cependant, certaines idées développées par Smith restent largement méconnues, et n’ont pas eu la postérité de la main invisible, une expression qui n’est pourtant employée qu’une seule fois dans le texte. À titre d’exemple peut être citée la grande défiance de Smith à l’égard des « gens qui vivent de profits » (I, XI), car selon lui leur intérêt ne coïncide pas avec l’intérêt général, et il estime donc qu’il faut examiner avec « la plus soupçonneuse attention » (I, XI) toute proposition de loi de commerce venant de cette classe.

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09Zone critique
La Richesse des nations est considérée comme le texte inaugural de l’économie politique. C’est aussi le point de départ de l’« école classique », expression employée par Marx afin de s’en démarquer. Smith y développe les idées qui deviendront des piliers de ce courant de pensée ainsi que des néoclassiques : autorégulation des marchés, libre concurrence ou encore limitation de l’intervention de l’État dans la sphère économique. La théorie de la valeur-travail sera reprise par David Ricardo et par Karl Marx, mais abandonnée par l’école néoclassique. Dans le domaine monétaire, Smith sera le précurseur de la théorie quantitative de la monnaie, selon laquelle la monnaie détermine le niveau général des prix, mais n’influence pas l’économie réelle.

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10Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, 1776, Paris, PUF, coll. « Pratiques théoriques », 1995.
Du même auteur – La théorie des sentiments moraux (1759) – Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776)

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