
La Révolution française
Un « livre-bombe »très critique de la période révolutionnaire et de certaines figures révolutionnaires
Description
Publié pour la première fois en 1928, cet ouvrage de l'historien Pierre Gaxotte offre un regard original et controversé sur l'un des événements les plus marquants de l'histoire de France : la Révolution française. Contrairement aux interprétations traditionnelles, Gaxotte ne présente pas la Révolution comme un mouvement progressiste et émancipateur. Au contraire, il la décrit comme un processus chaotique et violent, mené par une élite parisienne radicale qui a fini par trahir les idéaux initiaux de liberté et d'égalité.
L'auteur s'attache à déconstruire les mythes révolutionnaires, en mettant l'accent sur les excès de la Terreur, les luttes intestines entre factions et les dérives autoritaires du régime jacobin. Il montre comment la Révolution a finalement conduit à l'avènement d'un nouvel ordre politique et social, marqué par la montée en puissance de la bourgeoisie.
Sommaire
01Introduction
L’auteur soutient la thèse d’une Révolution ayant plongé la France dans la guerre, la famine et une crise économique sans précédent. Ce faisant, il déconstruit également les figures tutélaires de la Révolution : Danton, Marat, Robespierre sont présentés sous de sombres couleurs.
En maniant avec adresse les chroniques et les thèses des auteurs qui se sont intéressés à cette période (Taine, Cochin, Mathiez) Gaxotte dépeint d’abord le portrait d’une France pré-révolutionnaire où l’on vivait bien. Progressivement, une agitation s’empare du pays, l’économie étant elle aussi touchée par des récoltes plus faibles. La Révolution se prépare, puis elle triomphe, cruelle, face à ses ennemis internes et externes. Si le Roi tient bon un temps dans la prison du palais des Tuileries, le trône finit par s’écrouler. Louis XVI est exécuté et le pays est plongé dans le chaos de la Terreur.

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02La France de l’ancien régime : un pays qui se porte bien
L’importance et le pouvoir de la royauté sont considérables à la sortie du Moyen-Âge. Le Roi veille sur les intérêts d’une France pré-révolutionnaire que Pierre Gaxotte décrit comme prospère.
Quand la souveraineté s’émiette après les guerres du Moyen Âge, c’est le Roi, « ouvrier de l’unité nationale » qui agrandit et met en valeur le pays, du Nord au Sud. Il fait l’objet d’un culte, il est dans le cœur des gens. Comparé au « gouvernement bureaucratique », contemporain à l’auteur, le royaume est « un par la personne du souverain, multiple par ses institutions ». La diversité du pays fait qu’il résiste aux entreprises gouvernementales : il lui faut donc un gouvernement « respecté et craint ». Le Roi assure cette lourde tâche, appuyé sur son Conseil, ses bureaux et ses six ministres. L’administration y est « sage », « travailleuse », « dévouée au bien public ». Les grands corps de l’État (créés sous les Bourbons) y forment la « noblesse d’État ».

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03La doctrine révolutionnaire s’empare du pays
La politique révolutionnaire s’impose dans un royaume où la monarchie s’affaiblit sous un Louis XVI naïf et conciliant. Des libellistes protestants de Hollande et d’Allemagne « inondent la France ». Montesquieu et Voltaire voyagent à Londres, la littérature germanique pénètre en France, les esprits sont « troublés » par des « thèmes idylliques, sentimentaux et moralisateurs ». La conscience d’un « esprit éclairé » émerge.
Rousseau établit les bases d’un Contrat social qui subordonne les contractants à la volonté générale, exprimée par les plus éclairés. Comme la lecture se répand, les associations de beaux esprits « pullulent », la « République des initiés » s’organise. Le « Jacobin socialiste » est en voie de naître en France.

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04La prise de la Bastille : le Roi et le gouvernement se laissent surprendre par la violence
Dans un contexte de mécontentement économique éclate la révolte qui mène à la prise de la Bastille. L’économie du pays se porte mal en raison de mauvaises conditions climatiques de 1777 à 1788. L’industrie chancelle aussi et des ouvriers se retrouvent au chômage. Les personnes instruites du royaume sont sollicitées pour l’élection et l’organisation de la future assemblée. Ce sont les États généraux. Les Parlementaires et les Libéraux s’opposent.
Le Tiers État obtient un nombre égal de députés. Le conflit ne réside pas entre le peuple et la monarchie mais entre le tiers état et les deux premiers ordres – le clergé et la noblesse. Gaxotte décrit une confusion générale : on réorganise les circonscriptions électorales, les électeurs sont désorientés.
Le Club des Trente – réunissant entre autres Mirabeau et La Fayette – élabore des brochures contre l’ancien régime (ex. de Sieyès, Qu’est-ce que le tiers-état ?). Les cahiers de doléances sont façonnés par ceux qui les rédigent (hommes de loi), les demandes paysannes sont laissées dans l’ombre. Le 10 juin 1789 le tiers-état se proclame Assemblée nationale dans un paysage orné d’indécision et de désordre : c’est l’« anarchie » ! Des foules se concentrent sur Paris : les malfaiteurs se mêlent aux émeutiers, la violence se répand.

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05Le Roi prisonnier dans son palais
Après ces événements, une période de calme apparent s’installe mais Louis XVI reste prisonnier dans son palais. Les « fausses rumeurs » et alertes produisent une « excitation méthodique de l’opinion », défavorable au Roi. À gauche se constitue le Club des Jacobins (de son vrai nom Société des Amis de la Constitution). Siégeant au couvent des Jacobins, rue Saint-Honoré, il compte environ 1000 membres. En face, le Club monarchique fait encore opposition.
Le député Mirabeau, personnalité hors-normes, « ami de la liberté », est royaliste dans son âme et, doué d’une grande intelligence, tente à plusieurs reprises de conseiller Louis XVI pour sauver la monarchie. Mais ses visions modernes ne parviennent pas à convaincre le Roi.

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06Révoltes après révoltes : triomphe et effondrement de la Révolution et de la Terreur
En raison de pénuries, « la guerre civile sévit en permanence » dans le pays. Sur le plan externe, les puissances européennes – la Russie, l’Autriche, la Prusse et l’Angleterre – ne peuvent pas mieux rêver pour en tirer profit. La Terreur s’installe en France puis elle s’écroule. Des vagues de révolte successives, surgit une figure nouvelle : Bonaparte. Le 20 avril 1792 le Roi déclare la guerre à l’Autriche. L’armée, bien qu’affaiblie et désorganisée, est victorieuse à Valmy, le 20 septembre 1792. En effet, une armée révolutionnaire de 300.000 hommes avait été recrutée « parmi les pauvres » pour grossir les rangs. À Paris, les patriotes de province grossissent, eux, les rangs des émeutiers. Un chant de guerre s’entend : la Marseillaise. L’on envahit le palais royal et l’on tue sauvagement le personnel. Le Roi parvient à se retirer à l’Assemblée, puis, lui et sa famille sont internés dans la Tour du Temple. Le 21 septembre, la royauté est abolie et le 25 la première République est déclarée. Louis XVI, reconnu coupable de « conspiration contre la sûreté générale de l’État », est exécuté le 21 janvier 1793. On promet par décret liberté et rescousse à tous les peuples d’Europe, à condition de se soumettre à la loi révolutionnaire. Mais en province, on s’indigne et on veut abattre la Convention parisienne. Marat se fait ainsi assassiner dans son bain par une jeune fille résolue à libérer le pays. Les massacres au nom de la République se perpétuent partout en France : « toute cité rebelle à la Révolution doit ’’disparaître de la surface du globe’’ ». On viole des femmes, on fait fusiller des prisonniers, on fait noyer des prêtres. La France révolutionnaire est en passe de devenir un cimetière. Carnot prend les rênes de l’armée qui doit affronter la Prusse et l’Autriche alliées et finit par l’emporter avec son armée mélangeant des soldats d’origines différentes. La Révolution est triomphante face aux ennemis intérieurs et extérieurs et la Terreur est incorporée à la défense nationale. Cependant, les conditions sont très dures : une bataille pour le contrôle de l’opinion publique est livrée par la presse. Le maximum, une taxe sur toutes les denrées de première nécessité, est installé. L’État se bureaucratise, le nombre de ministères croit, on contrôle les paysans. On impose un nouveau calendrier pour supprimer le dimanche.

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07Le retour du calme et l'arrivée au pouvoir de Bonaparte
À peine la situation politique stabilisée à l’intérieur et à l’extérieur du pays que d’autres émeutes surgissent de nouveau. L’on cherche quelqu’un pour donner des gages au régime. C’est Bonaparte qui prendra la commande des troupes de l’intérieur. Le 2 novembre 1795, les Directeurs installés aux Tuileries y trouveront un palais délabré. En mal de trouver leurs ministres, ils inventent un nouveau papier monnaie et pratiquent une politique financière maladroite. La guerre est envisagée comme solution pour que, en cas de victoire, l’on puisse compter sur des contributions forcées de la part des adversaires. C’est ainsi qu’une marche sur Vienne est envisagée et Bonaparte choisi pour la conduire.

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08Conclusion
La force de cet ouvrage réside dans sa démonstration et le maniement de la description : on se croirait sur place à entendre les cris, à sentir l’odeur du sang qui coule de la guillotine, à vivre le vacarme incessant des rues parisiennes.

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09Zone critique
Le livre de Gaxotte étonne et bouscule le lecteur habitué à d’autres récits révolutionnaires. Inscrit définitivement dans la lignée de l’histoire contre-révolutionnaire, le livre a toujours cet effet de « bombe », près d’un siècle après sa publication, imposant une vision sombre de la Révolution française.

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10Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – La Révolution française, Paris, Fayard, 1928.

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