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Couverture de 'La puissance des meres'

La puissance des mères

Fatima Ouassak

Pour un nouveau sujet révolutionnaire

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Description

Cet ouvrage est un plaidoyer, un plaidoyer pour une politisation des mères, ces femmes de l’ombre auxquelles incombe encore principalement le rôle de l’éducation des enfants. Ces mères, ce sont celles des cités, des quartiers populaires de France qui forment un melting pot multiculturel, délaissé par l'État français, jugé, par Fatima Ouassak, profondément raciste.

Cet ouvrage s’adresse aux mères descendantes de l’immigration postcoloniale, afin de poser sur le papier un vrai projet politique de réappropriation du territoire en créant une solidarité et une dignité pour les enfants de cités. Pour faire en sorte qu’ils ne grandissent pas dans la honte de leurs origines, dans la peur de leur quotidien, dans la haine de leur pays.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

En France, les mères de cités sont des mamans, un mot que l’autrice va refuser tout au long de son ouvrage. Parler de mère, c’est repositionner ces personnes en tant qu’actrices politiques. Le constat initial qui constitue la base du livre, est le suivant : la mère ne décide pas pour son enfant, c’est la société qui décide pour elle.

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02

L’héritage post-colonial du système français

L’histoire coloniale de la France est étroitement liée au Maghreb, et malgré la fin de la colonisation dans les années 1960, les relents du colonialisme se font toujours sentir : encore aujourd’hui, le système français contribue à humilier les descendant.e.s de l’immigration et à en faire des opprimés. Il maintient les enfants des quartiers populaires dans la peur et la honte de qui ils sont. L’Histoire française à travers le sort d’immigrés assassinés et le peu d’importance qu’accorde le gouvernement à cette question, pourtant épineuse, constitue un excellent témoin. Fatima Ouassak nous remémore ces Algériens jetés dans la Seine le 17 octobre 1961, ou l’histoire de Malika Yazid tuée en 1973 par des policiers qui l’ont torturée.

Dans les médias et dans le monde politique, dès qu’une personne racisée prend la parole, on la réduit systématiquement à sa couleur de peau ou sa religion supposée, y compris en 2020 : il s’agit là d’un constat qu’a personnellement expérimenté Fatima Ouassak lorsqu’elle s’est engagée en devenant parent d’élève dans l’école de ses enfants.

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03

Se ré­ap­pro­prier le territoire avec une vision féministe, antiraciste et écologiste

La première proposition de l’autrice pour une repolitisation des mères dans l’espace public est très concrète : il s’agit de réinvestir les villes, les rues, les écoles, en agissant au quotidien.

C’est toute la raison d’être du « Front de mères », qui existe pour pallier la sous-représentation des parents de quartiers populaires au sein des organisations majoritaires. L’objectif de ce syndicat est le suivant : donner une résonance nationale aux combats menés localement et organiser politiquement les parents pour combattre les discriminations. Le nom de ce front a été choisi pour contrer le fait que les femmes des cités sont seulement des reconnues comme des « mamans », dans leur dimension affective et non politique.

En effet, selon l’OCDE et son étude datant de 2018, la France est le pays le plus inégalitaire parmi les pays membres. Prenons un exemple concret : les élèves de Seine Saint-Denis perdent en moyenne une année de cours pendant leur scolarité car les professeurs absents y sont moins remplacés. Les quartiers populaires sont ainsi laissés tomber par l’Education nationale.

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04

La puissance de la trans­mis­sion

Transmettre sans complexe d’infériorité, sans honte, et avec fierté : voilà une idée à laquelle est attachée Fatima Ouassak.

À titre personnel, elle transmet non seulement sa langue natale (le tamazight du Rif), son héritage, mais aussi et surtout l’idée qu’il ne faut jamais se résigner face à l’injustice. C’est un projet pédagogique fondamental qui est étayé dans ce livre, et notamment dans les deux dernières parties de l’ouvrage « Élargir le champ des possibles de nos enfants » et « Reconquérir le pouvoir et le territoire ».

Les générations d’immigré.e.s sont arrivées avec pour but majeur de s’intégrer dans la société française. Pour y parvenir, il a fallu oublier la langue natale, l’accent, les coutumes, l’héritage, autrement dit s’occidentaliser. La religion musulmane est par ailleurs diabolisée à l’échelle nationale : jugée obscurantiste, il faudrait de la part de ses partisans reconnaître l’infériorité de cette religion, de cette culture, pour enfin pouvoir être légitime d’habiter en France.

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05

Investir l’école

Partout, dans la société, les personnes racisées sont surreprésentées dans les emplois les plus précaires. Selon Fatima Ouassak, « les discriminations que subissent nos enfants à l’école ont une fonction : les éduquer, les préparer, les résigner à occuper la place qu’on leur réserve » (p.140).

De plus, ces discriminations sont le fonctionnement normal de la société française, puisqu’en France, pour réussir à l’école, il faut faire allégeance en se dénigrant soi-même, sa culture et sa religion.

Il faut donc travailler à ce que l’école ne reproduise pas le système inégalitaire, raciste, sexiste car plus l’État aggrave les inégalités, plus la colère des jeunes est grande, et plus la répression l’est aussi. Comme nous l’avons vu plus tôt, les représentations de parents sont principalement blanches, bourgeoises, et il est donc important de présenter des listes de parents délégués qui soient réellement représentatives et qui agissent pour le bien commun des enfants, et non pour le bien individuel de leur propre enfant.

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06

Zone critique

Fatima Ouassak nous fait donc le constat suivant : il n’y a aujourd’hui aucune offre adaptée qui propose de sortir d’un système capitaliste, raciste, sexiste.

Le pouvoir politique des mères des quartiers leur a été confisqué ; néanmoins, elles peuvent le reprendre, notamment grâce à plusieurs points. Le premier est donc la transmission, de l’héritage culturel mais aussi de celui des luttes, de l’héritage politique. Le second est lié au territoire : cesser d’avoir peur pour arrêter d'invisibiliser les combats déjà en cours, et réinvestir les cités pour œuvrer pour le mieux.

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07

Zone critique

Cet ouvrage est un excellent exemple de l’intersectionnalité. Fatima Ouassak nous montre à merveille les liens qui existent entre féminisme, antiracisme, écologie et sexisme. Elle propose des actions concrètes pour, peu à peu, effacer les inégalités et surtout, changer l’image des quartiers populaires français.

Le propos de Fatima Ouassak est effectivement anticapitaliste et il se rapproche en cela de l’ouvrage Féminisme pour les 99%, un manifeste qui propose des actions concrètes pour un féminisme inclusif, qui dépasse le système actuel qui écrase l’humain et exacerbe les inégalités.

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08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Fatima Ouassak, La puissance des mères, pour un nouveau sujet révolutionnaire, Paris, éditions La Découverte, 2020.

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