Télécharger l'app

Scanne. C'est dans ta poche.

QR Code — Dygest

Ouvre l'app Appareil photo, pointe sur le code. C'est gratuit à l'essai.

Couverture de 'La presquile au nucleaire'

La presqu’île au nucléaire

Françoise Zonabend

Le risque nucléaire et le silence

Écouter l'extrait du podcast :
0:00 --:--

Description

À son arrivée à La Hague, François Zonabend pensait travailler sur les objets traditionnels de l’anthropologie. Sur place, le nucléaire est absent des discours, mais dès qu’elle s’éloigne du territoire, elle réalise que La Hague est irrémédiablement associée aux rayonnements ionisants. C’est ainsi qu’elle commence à s’interroger sur la manière dont est vécu ce nucléaire que l’on côtoie au plus près, mais dont on ne dit rien.

Cette enquête ethnologique s’attache à un double objet : le risque et le silence. Elle ouvre la voie, à la fin des années 1980, à l’étude du nucléaire comme objet anthropologique.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

L’enquête se déroule à La Hague, dans la presqu’île du Cotentin et débute en 1983. L’auteure opte pour une méthodologie visant à observer les comportements, les discours, mais aussi les rêves ou plus précisément à s’interroger sur l’absence de rêve-catastrophe. Elle cherche aussi à rendre compte de ce « langage des yeux, dialogue muet, qui prend place entre les gens lorsqu’une sirène retentit inopinément ou qu’une détonation insolite éclate tout à coup » (p.18-19). Ce qu’elle veut, en premier lieu, c’est parler et faire parler, quitte à délaisser les dispositifs d’entretiens habituels pour obtenir une parole directe.

Très vite, elle réalise que sur le territoire de La Hague, le nucléaire est comme dissimulé, entre silence, occultation, déni et ruse langagière. C’est ce qu’elle s’emploie à faire ressortir. Par exemple, les incidents liés à la radioactivité relatés par les techniciens à l’auteure ne les concernent jamais directement, comme s’ils contenaient une part d’indicible : il y a une fracture dans l’expérience personnelle, le vécu est relaté de façon technicisée. Les « histoires » arrivent toujours aux autres.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

02

L’histoire de la « poubelle de La Hague »

Au moment où l’implantation de l’usine est décidée (ou plutôt imposée) en 1962, cela n’éveille pas de soulèvements ni de contestations particulières. C’est seulement à partir des années 1970 que les mouvements écologistes et antinucléaires se font entendre sur le territoire français où le plus fort de la lutte antinucléaire retentit entre les années 1976 et 1981.

Au début, la construction d’une usine de plutonium est annoncée aux habitants de La Hague, avant de se muer en usine de traitement des déchets nucléaires… des autres pays. L’usine se charge du retraitement des combustibles irradiés, retraitement des déchets nucléaires et de résidus stockés : alors, comment ne pas se considérer comme la poubelle de la planète ? Cette installation imposée marque une modification du paysage à travers les grands bouleversements que constituent l’implantation et l’aménagement du site.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

03

L’im­plan­ta­tion du nucléaire

L’usine s’implante comme le véritable « poumon économique » de la région. Dès son installation, elle se veut une promesse d’emploi et de modernité. Elle est respectée parce qu’elle fournit du travail là où, avant sa construction, les ouvriers devaient partir pour Caen, voire Paris. Ainsi, les critiques restent mesurées, car on ne compte pas une famille qui n’ait un de ses membres employés par la Cogema ou par l’usine de Flamanville. De ce fait, l’implication directe étouffe dans l’œuf les potentiels débats sur le nucléaire.

Le nucléaire civil ne parvient pas à faire oublier le nucléaire militaire et guerrier, il ne se défait pas de son association à la guerre et à la bombe. « Les termes nucléaire, atome, sont à jamais synonymes d’explosions violentes, de destructions terrifiantes, de séquelles effrayantes » (p.69). Plus largement, en France par exemple, on a constaté un renversement de l’opinion publique quant au nucléaire civil après la catastrophe de Tchernobyl. Mais à La Hague, les populations ont conscience que l’État dissimule certains éléments pour éviter la panique : ici, on sait que le nuage de Tchernobyl a traversé le pays puisque les alarmes de la Cogema se sont déclenchées. Mais on continue de penser qu’une telle catastrophe ne pourrait se produire (grâce aux protections et précautions prises dans un pays comme la France).

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

04

Le nucléaire au quotidien : la gestion des risques

Françoise Zonabend décèle une peur omniprésente et diffuse qui se manifeste par des comportements variés : de la pleine confiance aux autorités industrielles à la mise en doute systématique des informations, ou à l’indifférence totale pour certains, ou encore au fatalisme chez d’autres. Pour l’auteure, il s’agit d’une anxiété déniée, refoulée, donc souterraine.

L’usine de Tchernobyl est évoquée, mais se voit renvoyée à un ailleurs délabré : une telle catastrophe ne pourrait se produire ici, car elle est expliquée comme la conséquence de la vétusté de l’installation soviétique et du manque de formation des ouvriers non spécialisés… Ici, les risques sont présentés comme connus et maîtrisés, à tel point qu’il n’est pas nécessaire de s’appesantir sur le type d’incident qui pourrait être à l’origine d’une catastrophe.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

05

Les re­pré­sen­ta­tions de la pollution

Françoise Zonabend propose une analyse des représentations de la pollution nucléaire où l’irradiation s’oppose à la contamination. La première est positivement connotée, car elle renvoie à une émission lumineuse, un rayonnement et par là même à une clarté chaleureuse tandis que la seconde est relative à la poussière (radioactive), donc à la saleté. Elle est associée à l’idée de la corruption des cellules, la pourriture du corps, et donc la mort.

On se place du côté des déchets et de la souillure. L’idée de contagion lui est aussi associée. Comme une maladie, elle engendre des perturbations à la fois physiques, morales et sociales. D’un point de vue structural, on obtient un système d’opposition propreté/saleté ; force de renaissance/puissance de mort. À l’inverse, l’irradiation évoque l’image du « “sur-homme” qui, après avoir été soumis à l’influence d’un rayonnement nucléaire déploie dans ses actions une force prodigieuse » (p.157).

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

06

Travailler à l’usine

Une première initiation passe par l’appropriation du langage en sigles comme moyen de désigner le moindre espace ou la moindre fonction. « D’emblée s’établit une connivence entre ceux qui parlent par sigles, avec en corollaire l’exclusion de ceux qui ne les comprennent pas. » (p. 112). Mais si les initiés savent ce qu’ils désignent, ils ne sont souvent plus capables d’en décliner la composition terme à terme à partir des initiales.

Les sigles les plus importants à distinguer nous renseignent sur les rôles des employés, sur leurs tâches, mais surtout sur la répartition spatiale : TNA (Travailleurs Non Affectés) ; TNDA Travailleurs Non Directement Affectés) ; TDA (Travailleurs Directement Affectés) en zone radioactive. Une séparation, une hiérarchisation s’établit, on s’en doute, entre les travailleurs affectés en milieux ionisants, dits « actifs », et ceux qui ne sont jamais amenés à pénétrer dans les zones – dits « stratifs » en raison de leur lien avec les services administratifs. L’expérience vécue diffère entre ceux qui travaillent « en zone » et ceux qui n’y entrent jamais.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

07

Conclusion

À travers l’ethnographie d’un établissement à haut risque, l’ouvrage interroge la façon dont riverains et travailleurs s’accommodent du nucléaire sur le territoire de La Hague. En le modelant tel un véritable objet d’étude anthropologique, Françoise Zonabend participe également à la construction de l’objet « risque ».

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

08

Zone critique

L’auteure montre dans cette ethnographie précise et documentée qu’à La Hague, « personne ne veut croire à la réalité d’[un] risque technologique majeur » (p. 177).

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé — La presqu’île au nucléaire. Three Mile Island, Tchernobyl, Fukushima… Et après ?, Paris, Éditions Odile Jacob, 2014 [1989].

De la même auteure — « Paysage au nucléaire », dans A. Roger (éd.), Maîtres et protecteurs de la nature, Éditions Champ-Vallon, 1991, p. 132-142. — « De l'objet et de sa restitution en anthropologie », dans Gradhiva, 1994, no 16. — « Le nucléaire au quotidien », dans Autrement, série « Mémoires », 1995, no 39.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !