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Couverture de 'La philosophie devenue folle'

La Philosophie devenue folle

Jean-François Braunstein

Critique de la philosophie contemporaine

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Description

"L'offensive est lancée : les catégories anthropologiques qui fondent la distinction entre l’homme et la femme, ainsi qu’entre l’homme et l’animal, seraient devenues obsolètes. Pire encore, elles dissimuleraient, sous le masque de la « naturalité » des normes, des stratégies d’oppression. Le temps serait donc venu de les abolir au nom de ces nouvelles vérités : « le sexe ne fait pas le genre ».

" Jean-François Braunstein critique les nouveaux courants de pensée qui remettent en question les distinctions traditionnelles entre l'homme et la femme, ainsi qu'entre l'homme et l'animal. Il soulève des questions provocantes sur les conséquences extrêmes auxquelles ces idées pourraient mener, telles que la remise en cause des frontières éthiques et morales établies.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

L’homme serait-il en passe d’oublier, pire, d’abolir sciemment les tabous et les principes fondamentaux des civilisations humaines (respect des morts, interdit de l’inceste, sacralité de la vie) ?

L’humanité épuisée, lassée d’elle-même, n’aspire-t-elle plus qu’à l’autodestruction ? Faut-il croire les prédictions du personnage principal des Particules élémentaires de Michel Houellebecq, annonçant que l’homme sera « la première espèce animale de l’univers connu à organiser elle-même les conditions de son propre remplacement » (p.17) ? Telles sont les interrogations et les craintes de Jean-François Braunstein qui ont présidé à l’écriture de cet essai.

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02

La théorie du genre

En 2014, lors de l’introduction des « ABCD de l’égalité » dans les écoles primaires françaises, Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale, avait rétorqué à ses détracteurs que « la théorie du genre, cela n’existe pas » (p.23).

Elle avait pourtant déclaré, trois ans auparavant, que « la théorie du genre […] explique “l’identité sexuelle” des individus autant par le contexte socioculturel que par la biologie » (p. 24), reprenant l’idée centrale de la théorie de John Money, célèbre psychologue et sexologue américain, inventeur de la notion de « genre » en 1955. Issu d’une confrérie chrétienne ultra-puritaine de Nouvelle-Zélande, Money soutient en 1952 une thèse à Harvard sur l’hermaphrodisme. En 1965, il fonde la Gender Identity Clinic for Transsexualism à l’université John Hopkins (Baltimore) et devient professeur de « psychologie médicale et pédiatrie ». Influencé par l’approche behaviouriste, il affirme que l’éducation prime sur la biologie.

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03

L’humain, un animal comme les autres

Le domaine de la défense des animaux préoccupe également Jean-François Braunstein. Il constate l’essor d’un sentiment « animalitaire » (p. 149), une sympathie à l’égard des animaux émanant d’urbains pourtant de plus en plus éloignés du monde animal et de sa connaissance : « Tout l’Occident urbanisé communie dans ce culte de “l’animal” » (p.149). En témoigne l’amendement Glavany au Code civil du 28 janvier 2015 qui accorde des « droits » aux animaux, « êtres vivants doués de sensibilité » (p. 147), ou encore l’immense succès du livre de Jonathan Safran Foer, Faut-il manger des animaux ?

De nouveau, Braunstein éclaire les dérives possibles d’un mouvement qui va a priori dans le sens d’une plus grande justice, mais dont les sources méritent d’être questionnées et, au premier chef, les convictions de Peter Singer, professeur de bioéthique, penseur des plus influents de la « libération animale ».

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04

Bioéthique contem­po­raine et médecine nazie

Pour démontrer que la différenciation entre homme et animal n’existe pas, Peter Singer utilise un raisonnement par l’absurde : si l’homme se distingue de l’animal par ses facultés essentielles (langage, conscience, raison), comment alors catégoriser les humains qui en sont privés (petits enfants, déficients mentaux, personnes séniles, atteintes de la maladie Alzheimer ou dans le coma) ? Ces « cas marginaux » prouveraient que, éthiquement, la limite entre homme et animal n’est pas tenable.

Singer affirme que son but est d’élever la condition des animaux et non de rabaisser celle des « cas marginaux » ; les conséquences pratiques qu’il envisage sont cependant inquiétantes. Il considère, par exemple, qu’il est plus grave de procéder à des expérimentations sur un cochon, qui a un « projet de vie », que sur un enfant déficient mental.

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05

L’euthanasie des « non-personnes »

Ces considérations amènent Braunstein à s’interroger sur l’engouement actuel du monde occidental pour « le droit à mourir dans la dignité », à savoir le libre choix d’une euthanasie administrée en toute légalité par le corps médical. Si la question centrale des philosophies anciennes était de savoir comment mourir, il s’agirait désormais de savoir comment faire mourir, ou comment justifier la dépénalisation de l’euthanasie.

Pour cela, disent les philosophes étudiés par Braunstein, il faut d’abord définir un être humain. Pour Hugo Tristram Engelhardt, un être humain est un « véritable agent moral » ; pour Singer, un « être rationnel et conscient de soi » (p.294) ; pour le pasteur Fletcher, « patriarche de la bioéthique », les « indicateurs d’humanité » sont « la conscience et le contrôle de soi, le sens du futur et du passé, la capacité d’entrer en relation avec les autres, de se préoccuper des autres, la communication et la curiosité » (p. 295).

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06

L’in­dis­tinc­tion, la fluidité

Les courants évoqués jusqu’à présent tendent tous vers un même idéal : l’indistinction et la fluidité.

Dans le domaine du genre, l’idéal est de pouvoir passer sans fin d’une identité à une autre. L’humanité peut en finir avec les différences, car en matière sexuelle tout est transition : trans et queers sont les représentants idéaux de cette genderfluidity. Beatriz Preciado, qui a changé de genre par la prise de testostérone, clame que le sexe doit être « synthétique, malléable, variable […] reproduit techniquement » (p.28). Plus encore, Judith Butler, féministe influente, affirme que le sexe n’a pas d’existence objective et que les corps n’existent pas en eux-mêmes, mais à travers les discours que l’on tient sur eux.

Pour ce qui est de la mouvance « animalitaire », c’est la frontière entre les humains et les autres animaux qu’il faut mettre à bas : le mot d’ordre est désormais d’en finir avec l’« exceptionnalisme humain », arguments génétiques et neurologiques à l’appui. Le médecin anglais Robert Tallis est l’un des rares à critiquer, dans Aping Mankind (« Singer l’homme »), cette « neuromanie » anglo-saxonne actuelle qui analyse tout à partir du cerveau (l’amour, la morale, la religion, la musique, la philosophie). Il pointe le paradoxe selon lequel les inventions humaines géniales que sont les neurosciences et la théorie de l’évolution sont utilisées pour démontrer que l’homme n’est rien d’autre qu’une bête !

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07

Conclusion. Vers le post­hu­ma­nisme ?

C’est en fin de compte notre condition d’être humain qui est remise en question dans ces propositions, la conception même de notre « humanité » terrestre, incarnée : ces mouvances philosophiques illustrent le rejet de la matière, l’hygiénisme et le dégoût du corps caractéristiques de notre époque. Cette utopie est aussi celle de l’abolition de l’ultime frontière, celle qui sépare la vie et la mort, frontière jusque-là sacrée et taboue.

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08

Zone critique

À la lecture de l’ouvrage de Jean-François Braunstein, il est légitime de se demander si nous sommes face à une révolution anthropologique qui signera la mort de la civilisation occidentale judéo-chrétienne ou si les thèses exposées ne reflètent que les élucubrations de quelques universitaires en quête de sens, qui essayent d’apporter une réponse à des névroses intimes et, plus généralement, aux maux de l’époque.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – La philosophie devenue folle, Paris Grasset, 2018.

Du même auteur – La philosophie de la médecine d'Auguste Comte, PUF, 2009. – Canguilhem : histoire des sciences et politique du vivant, PUF, 2007. – Histoire de la psychologie : méthodes, styles et controverses, Armand Colin, 2010. – Avec D. Lorenzini, A. Revel, J. Revel, A. Sforzini, Foucault(s), Paris, éditions de la Sorbonne, 2017.

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