Télécharger l'app

Scanne. C'est dans ta poche.

QR Code — Dygest

Ouvre l'app Appareil photo, pointe sur le code. C'est gratuit à l'essai.

Couverture de 'La peur ou la liberte'

La peur ou la liberté

Jan-Werner Müller

Quelle politique face au populisme ?

Écouter l'extrait du podcast :
0:00 --:--

Description

Cet ouvrage est en fait celui de deux auteurs : Jan Werner Müller qui le signe, et la philosophe Judith Shklar, dont un texte fameux, Le libéralisme de la peur, constitue la dernière partie du livre.

Jan Werner Müller y puise son inspiration. Pourquoi le libéralisme, ce courant de pensée promoteur des libertés individuelles, apparaît-il désormais comme un modèle de réussite des élites ? Il examine ici le point de vue des victimes du libéralisme. Il en analyse les mutations et sa relation avec les populismes.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Dans les premières lignes de La peur ou la liberté, Jan-Werner Müller cite le très controversé Vladimir Poutine, l’un des chefs d’État les plus connus pour son hostilité au libéralisme. Le président russe proclamait en juin 2019 dans le Financial Times : « L’idée libérale est devenue obsolète. » Dans ce livre, l’auteur entreprend d’analyser la nature et les origines des innombrables attaques qui visent le modèle libéral. À Moscou bien sûr, mais aussi à Washington avec Trump, à Varsovie avec Kaczynski, à Ankara avec Erdogan, à Budapest avec Orban… des pays où des régimes antilibéraux occupent le pouvoir. L’auteur considère que, bien après la fin de la guerre froide, le libéralisme demeure le seul modèle capable de résister au populisme et à l’autoritarisme.

Avec une certaine arrogance, Victor Orban et d’autres dirigeants populistes se proclament désormais gardiens de démocraties illibérales. Et ce sont toujours les libertés individuelles, traditionnellement garanties par le libéralisme, qui restent menacées. Les tenants du populisme accusent le libéralisme de tous les maux, notamment parce que les élites, grandes bénéficiaires de la mondialisation, écraseraient les gens ordinaires.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

02

Une genèse in­sai­sis­sable ?

Dès les premières pages du livre, il faut bien constater que le concept de libéralisme, dont on situe l’apparition au XVIIe siècle avec les philosophes anglais, Thomas Hobbes et John Locke, a beaucoup changé et mérite une nouvelle définition. Rarement une idée politique aura connu autant d’évolutions au cours des siècles, au point de signifier une chose et son contraire.

Le libéralisme peut être politique, culturel ou économique. S’il se radicalise en devenant néo-libéralisme, il désigne une vision ultralibérale des échanges et de la politique.

Pour Jan-Werner Müller, le libéralisme porte en tout cas l’idée de la liberté des individus, à l’opposé du discours populiste démagogique. Il est envisagé comme un impératif, celui de garantir à chacun le meilleur épanouissement possible. L’auteur, admiratif de la pensée de Judith Shklar, s’inspire de la typologie qu’elle a élaborée.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

03

Le libéralisme de la peur ou la peur du libéralisme ?

L’évolution des idées libérales et aussi de la signification du libéralisme ne sont finalement que le reflet de l’évolution de nos sociétés. Si Jan-Werner Müller a écrit un livre très argumenté où il détaille les contradictions et les espoirs du libéralisme, il explique le devoir en partie à Judith Shklar. En s’appuyant sur ce texte, extrait d’un ouvrage collectif publié en 1989, il propose de dépasser la peur du libéralisme pour sortir de l’impasse de l’antagonisme populisme-libéralisme.

Cette analyse part donc d’une notion capitale dans la pensée conservatrice, celle de la peur. La peur détermine les comportements et les choix politiques. Elle est la conséquence de la cruauté pratiquée par tant de régimes au XXe siècle sans égard pour la dignité des individus. La théorie du libéralisme de la peur décrit donc une doctrine vouée à préserver du pire : l’atteinte à la liberté individuelle que représente la cruauté. Judith Shklar rompt avec l’habitude qui veut que les privilégiés soient toujours les avocats du libéralisme. Elle se place du point de vue des victimes de tous les pouvoirs et entreprend ainsi de réhabiliter un certain libéralisme trop souvent dénigré. Comme le souligne Müller, « ce modèle lié à l’idée d’universalité permet à tout individu de mener une existence libre et en sécurité ». Et on en revient à l’idée que les démocraties libérales sont le moins mauvais des régimes pour préserver les libertés.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

04

Li­bé­ra­lismes ou libéralisme ?

Si l’ensemble de l’ouvrage de Jan Werner Müller est constellé de références historiques sur le libéralisme, il s’attarde plus particulièrement à en décrire l’évolution lorsqu’il tente de repérer les motivations de Judith Shklar pour établir sa doctrine. Il présente l’histoire du libéralisme comme une « collection de tâches aveugles ».

De Princeton où il enseigne, l’université fondée 30trente ans avant la déclaration d’indépendance des États-Unis, il se doit de constater que les pères fondateurs de la Constitution américaine avaient prôné la liberté, la raison et la tolérance, des vertus qui ne les ont pas empêchés de justifier, à l’époque, l’esclavage. L’auteur remarque cependant que c’est aussi et surtout parce qu’on y pratiquait des idées libérales, la liberté d’opinion, la liberté de pensée, et qu’y existait une presse libre, que cette démocratie a pu ensuite s’amender. Depuis la Renaissance, le libéralisme est une tentation à laquelle ont succombé plus d’un souverain.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

05

Leçons d’histoire

Le libéralisme, à travers l’histoire, peut prendre de nombreux visages. Passons sur le droit de vote qu’on accordait dans beaucoup de nations européennes aux seuls citoyens disposant d’une assise financière, et jamais aux citoyennes. Le libéralisme à la fin du XIXème siècle prend l’apparence de la « souveraineté de la raison » et pour Joseph Görres, cité par Müller, il n’était plus qu’une « alliance malheureuse entre l’arrogance de l’argent et la suffisance intellectuelle des érudits ».

Par la suite, après la célèbre proclamation de François Guizot : « Français, enrichissez-vous ! », il apparait comme un système politico-économique au service du capitalisme.

Jan-Werner Müller a aussi beaucoup lu Tocqueville, grand observateur de la progression des idées libérales de son temps. Il remarque que le libéralisme, en garantissant les libertés individuelles contre les « tyrannies » de l’État, peut se muer en individualisme outrancier. Or, selon lui, « l’individualisme et l’individualité sont exclusifs l’un de l’autre ».

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

06

De la peur à la liberté

Pour Jan-Werner Müller, dans son évolution contemporaine, le libéralisme a été victime du « coup du lapin ». L’avènement et la multiplication des régimes populistes au XIXe siècle y trouve en partie son explication. Pour mieux comprendre les valeurs du libéralisme, il faut d’abord expliquer les causes de sa condamnation par les populistes.

Ceux-ci considèrent que les critiques qu’on leur adresse ne sont que des leçons de morale. Ils affirment être les seuls à représenter le vrai peuple ou la majorité silencieuse. Ils ne cachent pas non plus leur colère à l’encontre de l’establishment et des élites qui seraient incapables de comprendre le vrai peuple.

Mais, selon l’auteur, « le problème tient surtout à l’antipluralisme du populisme et à sa tendance à exclure l’adversaire ». Et, dans ce processus d’exclusion, on trouve bien sûr les élites « cosmopolites ».

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

07

Conclusion

L’auteur ne dit pas si c’est réellement Vladimir Poutine qui a motivé ce livre. Dans sa propre conclusion, il revient sur la déclaration du chef du Kremlin pour s’interroger sur l’obsolescence réelle du libéralisme.

Ce qui paraît acquis selon lui est que la mise en scène du conflit entre le « peuple » et les « élites cosmopolites libérales » manque totalement de pertinence. On a pu noter d’ailleurs à quel point les dirigeants populistes cherchaient une légitimité en interprétant leur lutte politique comme un combat culturel. Qui sont les vrais Allemands ? Qui sont les vrais Français ?

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

08

Zone critique

Jan-Werner Müller a réalisé un travail minutieux pour démontrer qu’un modèle politique ancien comme celui du libéralisme pouvait être une réponse aux déviances de la gouvernance autoritaire. On peut s’étonner de voir son propos parfois marginalisé par la brillante analyse de Judith Shklar sur le libéralisme de la peur. Mais c’est son choix.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Jan Werner Müller, La peur ou la liberté. Quelle politique face au populisme ? Paris, Premier Parallèle, 2019 Suivi du texte de Judith Shklar, Le libéralisme de la peur. Du même auteur – Qu’est-ce que le populisme ? Paris, Gallimard, 2016. – Difficile démocratie. Les idées politiques en Europe au XXe siècle, Paris, Alma, 2013.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !