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Couverture de 'La peur des autres'

La Peur des autres

Christophe André, Patrick Légeron

Pour surmonter nos appréhensions dans des situations d’anxiété sociale

Écouter l'extrait du podcast :
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Description

La peur des autres se veut un ouvrage didactique sur l’anxiété sociale. Les auteurs décryptent ses différentes formes (inhibition, trac, timidité, stress) et mécanismes (psychologiques, émotionnels et comportementaux) afin de mieux appréhender ce qui est de l’ordre du normal et du pathologique (phobie sociale, éreutophobie).

Ce classique de la littérature en psychologie fait également le point sur les pistes les plus efficaces à explorer pour surmonter nos appréhensions dans des situations d’anxiété sociale, ou face à notre peur des autres.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Longtemps, la rhétorique, l’art de convaincre et de communiquer était partie intégrante du cursus éducatif, aujourd’hui elle est réservée à une élite fortunée. Pourtant notre époque s’oriente sur des modes de communication de plus en plus variés, fréquents et exigeants faisant des troubles d’anxiété sociaux un enjeu de santé mental essentiel. Face à ce paradoxe, André et Légeron tentent de nous outiller face à l’anxiété sociale.

Tandis que pour certains, celle-ci est créatrice, moteur du dépassement de soi, elle peut devenir, pour d’autres, pathologique et être un frein dans la vie quotidienne. Les capacités adaptatives du sujet sont alors dépassées provoquant un trouble aigu. Cet handicap majeur peut alors revêtir des formes variées, peur phobique de situations a priori anodines, évitement social entrainant parfois d’autres types de troubles psychologiques visant à pallier maladroitement ces situations de gêne et d’inconfort (alcoolisme, dépression).

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02

Ma­ni­fes­ta­tions de l’anxiété sociale

Nombre de situations sociales provoquent des sentiments de gêne et d’inconfort : ainsi 51% des Français craignent d’être dévisagés ou de parler en public ce qui en fait l’une des peurs les plus courantes avec la peur des serpents et celle du vide, elle ne touche pas uniquement les personnes les plus timides. Cette anxiété est d’autant plus irritante qu’il n’existe pas de danger avéré.

L’anxiété sociale peut se décliner en quatre grandes familles, par ordre de fréquence :

• L’anxiété de performance telle que le trac ou la peur de s’exprimer devant un public habilité à porter un jugement, s’associe à la peur de perdre ses moyens, de donner une mauvaise image. • Les situations d’échange et de contact, telles qu’engager une conversation avec un inconnu, ou flirter, fait écho à l’angoisse de se dévoiler, de ne pas avoir suffisamment de répartie, de révéler ses manques. • L’affirmation de soi, est quant à elle liée à la peur d’échouer à s’affirmer ou de déclencher de l’agressivité, il s’agit par exemple de situations où il faut opposer un refus, exprimer son désaccord, annoncer une mauvaise nouvelle ou encore réclamer un dû. • Le regard d’autrui, enfin, avec des situations aussi anodines que traverser un avion pour trouver son siège, passer devant une terrasse, manger ou faire un créneau sous le regard des autres témoignent de la peur de révéler son émotivité et son malaise.

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03

Impact corporel de l’anxiété sociale

La manifestation la plus directe de l’anxiété sociale est bien évidement corporelle : gorge serrée, cœur qui s’affole, rougeurs, tremblements font partie des symptômes les plus fréquents de l’angoisse et peuvent parfois déclencher une attaque de panique. Il n’est pas rare que dans un premier temps les anxieux sociaux aient consulté pour des problèmes qu’ils imaginent d’ordre physique, mais il est possible également que ces manifestations soient si discrètes qu’elles ne soient même pas conscientisées par le sujet.

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04

Réactions com­por­te­men­tales

La maladresse à communiquer est l’une des principales manifestations comportementales de l’anxiété sociale ; l’évitement des situations redoutées et le recours à des comportements relationnels inefficaces, voire agressifs, sont également fréquents.

Ces désorganisations communicationnelles peuvent se décliner sur une tendance à la fébrilité et à la gaucherie ou à l’inhibition. Pour éviter de perdre ses moyens, le sujet aura alors tendance à esquiver les situations similaires, et ainsi à réduire son territoire relationnel. Cet évitement intentionnel est appelé situationnel, mais si l’individu se retrouve malgré tout dans une situation gênante, il peut utiliser un évitement plus subtil tel que ne pas regarder dans les yeux, éviter de prendre un verre qui rendrait visible les tremblements, poser des questions pour éviter de devoir parler de soi, etc.

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05

Consé­quences cognitives : pensées négatives et an­ti­ci­pa­tion anxieuse

Alors que la psychanalyse pose la question du « pourquoi », la psychologie cognitiviste propose une approche plus pragmatique du problème en se penchant sur le « comment ». Les cognitions sont ces pensées automatiques, ces discours intérieurs qui commentent nos faits et gestes et nous accompagnent au quotidien.

Ce monologue intérieur alarmiste que l’on appelle parfois auto-verbalisation est une réponse quasi réflexe face à des situations redoutées. Ces cognitions sont donc récurrentes et difficiles à maîtriser sans l’aide des thérapies cognitivo-comportementales, et concernent, pour les anxieux sociaux : des jugements négatifs sur leurs propres comportements liés à une faible estime de soi, sur ce que leurs interlocuteurs pourraient se dire, ce qu’ils risquent de faire.

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06

Peur normale et peur pa­tho­lo­gique

L’anxiété normale peut prendre des formes ponctuelles en opposition avec les aspirations du sujet par exemple le trac, ou une forme plus permanente, le sujet ayant une vision de lui-même comme concordant avec sa personnalité timide. Si cette anxiété normale est poussée à l’extrême et devient pathologique, on parlera respectivement de phobie sociale pour les formes ponctuelles, et de personnalité évitante pour les formes plus profondes et généralisées dans lesquelles le sujet est marqué par une sensibilité excessive au regard d’autrui.

Le trac et les appréhensions en général par exemple pour réclamer de l’argent, provoquent des symptômes intenses, mais passagers, comme une paralysie psychosomatique. Le rythme cardiaque avant la prise de parole est même plus importante chez les personnes sujettes au trac que chez les sujets présentant une anxiété généralisée. Mais cette anxiété préalable disparait avec la prise de parole ce qui n’est pas le cas pour les sujets présentant une phobie sociale.

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07

Solutions thé­ra­peu­tiques

Les psychotropes (bétabloquants, tranquillisants, antidépresseurs) sont une option à ne pas dénigrer dans le traitement de l’anxiété sociale, à condition que le traitement soit nécessaire, efficace, bien toléré et réévalué régulièrement. Ces traitements s’ils ne doivent pas être diabolisés ne peuvent s’inscrire que dans un cadre psychothérapeutique et ne pas jouer un rôle de désinvestissement et d’abandon de la thérapie pour le professionnel ou le patient lui-même. Au contraire, leur rôle est de servir d’effet starter et de béquille dans un processus de changement personnel.

Les thérapies cognitivo-comportementales sont les plus utilisées dans la prise en charge de l’anxiété sociale de par leur efficacité, et visent à déconditionner les apprentissages et cognitions dysfonctionnelles. Ce travail, pour être efficace, ne peut se faire sans un lien relationnel de qualité et une alliance thérapeutique forte avec le patient. Le rôle du thérapeute est à la fois didactique, et directif : posant des objectifs à réévaluer, il propose à son patient des outils de changement personnel que celui-ci pourra continuer à utiliser après l’arrêt de la thérapie. Ensemble, ils tenteront de répondre aux questions : comment ne pas fuir, comment mieux communiquer et penser autrement dans ces situations d’anxiété sociale ?

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08

Conclusion

La phobie sociale représenterait la troisième pathologie mentale en termes de fréquence après la dépression et l’alcoolisme ; il est d’ailleurs fort probable qu’elle soit la cause sous-jacente de ces deux maladies dans certains cas.

Pourtant, elle est encore largement sous-diagnostiquée par les médecins pour qui la limite entre le normal et le pathologique est trop souvent incertaine. La société considère en effet que jusqu’à un certain seuil, le stress améliore les performances, ce qui nous amène à dédramatiser et à passer sous silence la souffrance qu’il peut provoquer quand il devient désorganisateur. Loin de la flamboyance de certains troubles psychiques, la phobie sociale de par l’évitement qu’elle engendre est souvent invisible et le conditionnement négatif qu’elle entraîne éloigne les patients d’une prise en charge thérapeutique.

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09

Zone critique

La psychologie a longtemps mis en avant la cure psychanalytique critiquant âprement les thérapies cognitivo-comportementales jugées trop superficielles. Pourtant l’intérêt de celles-ci est scientifiquement indubitable notamment dans le cas de l’anxiété sociale. En se recentrant sur l’ici et maintenant et sur l’interface entre le sujet et son environnement, elles apportent une aide concrète et efficace à bon nombre de patients, et n’empêchent en rien un travail psychique à un niveau différent ultérieurement.

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10

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – La peur des autres : Trac, timidité et phobie sociale, Paris, Odile Jacob, 2003.

Ouvrages des mêmes auteurs – Christophe André, Imparfaits, libres et heureux : pratiques de l’estime de soi, Paris, Odile Jacob, 2006. – Christophe André, Psychologie de la peur : Craintes, angoisses et phobies, Paris, Odile Jacob, 2004. – Patrick Légeron, Le stress au travail, Paris, Odile Jacob, 2003.

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