
La parenthèse libérale
Le Règne du roi Louis Philippe
Description
La monarchie de Juillet (1830-1848) fut le régime d’un seul roi, Louis Philippe, qui s’est employé à réconcilier la France avec elle-même, fracturée entre républicains, monarchistes et nostalgiques de l’Empire. En dix-huit ans, il a contribué à transformer la France en s’entourant d’hommes de grande valeur dont la politique inspirée de la pensée d’intellectuels libéraux a permis à la France d’entrer sur le chemin de la modernité et du progrès social.
Jean-Baptiste Noé brosse le portrait de ces personnalités politiques, économistes, intellectuels et artistes de la monarchie de Juillet qui ont placé la liberté au-dessus de tout autre principe, et relate les évènements marquants de cette période bouillonnante.
Sommaire
01Introduction
En 1830, les trois journées révolutionnaires des 27, 28 et 29 juillet dites « Trois Glorieuses » provoquent la chute du régime du roi Charles X et portent sur le trône son cousin Louis Philippe, mettant ainsi fin au régime de la Restauration. La monarchie de Juillet, qui va durer dix-huit ans et dont Louis Philippe sera l’unique roi, marque un tournant libéral par rapport au régime conservateur de Charles X. La conception du pouvoir de Louis Philippe est bien plus libérale que celle de son prédécesseur. Il prend pour modèle l’Angleterre, une monarchie parlementaire « où les pouvoirs du roi équilibrent ceux des députés, où la liberté est défendue devant l’égalité, où le progrès économique est certain et la modernité technique en marche ».

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02Louis Philippe et la voie du juste milieu
Les journées révolutionnaires de 1830 provoquent la chute du roi Charles X et portent sur le trône son cousin Louis Philippe. Depuis 1789, la France oscille entre deux désirs contradictoires : « la révolution, mais avec la conservation, ou la conservation avec la révolution » . Fracturé politiquement, entre nostalgiques de l’Empire, monarchistes et républicains, le pays tâtonne pour trouver la bonne formule politique, recherche le bon dosage entre liberté et stabilité. La voie du juste milieu incarnée par Louis Philippe, fidèle aux idées monarchiques mais ouvert aux idées nouvelles, convient au plus grand nombre. Il est intronisé « roi des Français » par la Chambre des députés le 9 août 1830.
Louis Philippe veut se « tenir…également éloigné des excès du pouvoir populaire et des abus du pouvoir royal » . La voie du juste milieu qu’il vise, c’est « l’ordre dans la liberté et le mouvement dans la stabilité » . En monarque éclairé, il s’entoure d’hommes politiques de grande valeur comme François Guizot, Adolphe Tiers, Casimir Perier, Jacques Laffite ou encore le duc de Broglie, qui portent les principes libéraux à leur plus grande expression. Selon Jean-Baptiste Noé, on ne peut être qu’impressionné par la qualité du personnel politique de la monarchie de Juillet.

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03François Guizot et la liberté scolaire
François Guizot (1787-1874) est « l’homme de la monarchie de Juillet, la figure intellectuelle, morale et politique qui a marqué l’ensemble de cette période » . Après la chute du roi Charles X, il entre dans le gouvernement du nouveau roi Louis Philippe dont il partage pleinement les vues. Libéral et fidèle à une politique du juste milieu, François Guizot fait merveille au ministère de l’Instruction publique en réussissant à concilier liberté scolaire et intervention utile de l’État. Il doit à ce titre être considéré comme « l’un des grands rénovateurs de l’école en France ».
Texte majeur de la monarchie de Juillet, la loi Guizot de 1833 oblige chaque commune de plus de 500 habitants à avoir une école, publique ou privée. L’ouverture de nombreuses écoles sur le territoire permet de scolariser la jeunesse du pays et de réduire l’analphabétisme. Les communes doivent en effet subvenir à la scolarité des enfants les plus pauvres. En outre, une école de formation des maîtres est créée dans chaque département, garantissant ainsi une forme de pluralisme au sein de l’éducation. Guizot tient un discours exigeant mais juste envers le peuple et combat toute forme de démagogie, ce qui le rendit relativement impopulaire.

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04Les penseurs du libéralisme
Le libéralisme se fonde sur « l’ordre spontané, l’idée que du chaos peut naître l’ordre et que les hommes parviennent à s’organiser par eux-mêmes, sans intervention supérieure pour les contraindre » . Les libéraux fondent la société sur le droit et accordent la primauté sur la personne plutôt que sur les systèmes, ce qui a des conséquences dans les domaines politique, économique et culturel. Le principal combat des libéraux est donc la primauté du droit, car elle garantit le faible contre la violence du fort, et garantit la propriété privée, premier des droits naturels. Bien que le libéralisme soit un courant de pensée souvent assimilé aux Anglo-saxons, il existe un libéralisme français, qui a connu son heure de gloire sous la monarchie de Juillet, et dont Alexis de Tocqueville et Frédéric Bastiat sont deux figures majeures.
Alexis de Tocqueville (1805-1859), « l’un des rares auteurs libéraux à être cités par des personnes n’appartenant pas à ce courant de pensée » , se rendit en 1830 aux États-Unis où il se prit de passion pour la démocratie. Dans son célèbre ouvrage, De la démocratie en Amérique, il anticipe que la démocratie est une chose inéluctable, persuadé qu’elle va arriver en Europe. Selon lui, la démocratie n’est pas un régime politique, mais un état social : l’égalisation des conditions de vie. Cette égalisation est permise par la liberté et le respect du droit. Cependant, il perçoit également les dangers potentiels de la démocratie qui peuvent porter atteinte à la liberté, notamment lorsque la passion de l’égalité prend le pas sur la liberté. Dans ce cas, il remarque que les hommes préfèrent être égaux quitte à être asservis.

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05Critique du socialisme
La France n’est pas seulement le pays du libéralisme, c’est aussi la terre où est née une grande partie des penseurs socialistes. En reprenant les analyses des penseurs libéraux tels que Tocqueville ou Bastiat, Jean-Baptiste Noé critique cette doctrine qui se caractérise notamment par sa préférence à l’égalité sur la liberté. Le libéralisme se fonde sur l’idée d’un ordre spontané et d’une harmonie entre les hommes, tandis que les penseurs socialistes ne pensent le monde qu’en termes d’oppositions : bourgeois contre prolétaires, riches contre pauvres, exclus contre profiteurs.
En ce sens, le socialisme est donc « une pensée de guerre et de conflit social » alors que le libéralisme est « une pensée de paix et d’harmonie » .

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06La modernisation économique
La France connaît un développement économique certain sous la monarchie de Juillet. La mécanisation est le fer de lance de cette modernisation, et le progrès industriel est insufflé par la production de charbon. Le pays se transforme considérablement, empruntant la voie de la modernisation et de la productivité : « développement du chemin de fer, amélioration des routes et des canaux, essor du système bancaire, début de la mécanisation de l’agriculture et de l’industrie, développement de l’édition et du secteur textile » . Pendant les dix-huit ans de la monarchie de Juillet, la France rattrape une partie du retard économique qu’elle avait accumulé sur l’Angleterre.

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07Conclusion
Le régime de la monarchie de Juillet, issu de la révolution de 1830, se termine dix-huit ans plus tard sur une autre révolution. Parce que la monarchie de Juillet est brutalement renversée, son personnel politique est disqualifié. Le développement économique se poursuit néanmoins sous Napoléon III. La parenthèse libérale se referme selon Jean-Baptiste Noé avec l’avènement de la IIIe République, et notamment en 1879, « lorsque Jules Ferry supprime les libertés universitaires » .

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08Zone critique
Dans ce véritable plaidoyer en faveur du libéralisme, Jean-Baptiste Noé ne demande qu’à rouvrir la parenthèse libérale « pour le plus grand bonheur inavoué des Français » . Il constate en effet l’effacement du libéralisme dans la politique française contemporaine et regrette la « passion française pour le socialisme » . À l’inverse, Guillaume Sarlat défend une toute autre idée.
Dans son livre En finir avec le libéralisme à la française (2015), il estime que si la France est aujourd’hui en crise, c’est parce que « depuis trente ans elle s’est enlisée dans le libéralisme », en particulier dans le domaine économique. Si Jean-Baptiste Noé estime que la place qu’a pris l’État dans nos sociétés modernes constitue une menace pour la liberté, Guillaume Sarlat pense au contraire que l’État a démissionné. Ces deux auteurs se rejoignent néanmoins sur un point : l’atonie du débat dans la politique française. Cependant, ils ne font évidemment pas le même constat.

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé
– La parenthèse libérale, Dix-huit années qui ont changé la France, Paris, Calmann-Lévy, 2018.
Du même auteur
– Pie XII face aux nazis, Le laurier, 2011. – Léon XIII, le semeur de Dieu, Paris, Les éditions du net, 2013. – Histoire du vin et de l’Église, Paris, Les éditions du net, 2013. – Le défi migratoire : l’Europe ébranlée, Paris, Éditions Bernard Giovanangeli, 2015. – Géopolitique du Vatican : la puissance de l’influence, Paris, Presses universitaires de France – PUF, 2015 – Rebâtir l'École : Plaidoyer pour la liberté scolaire, Paris, Éditions du Grenadier, 2017. – Victor Fouquet et Jean-Baptiste Noé, La révolte fiscale, Paris, Calmann-Lévy, 2019.

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