
La Notion de politique
La critique du consensus démocratique
Description
Dans cet ouvrage, Carl Schmitt propose une définition du politique qu’il comprend essentiellement comme le champ dans lequel l’on distingue les amis des ennemis. En d’autres termes, le politique consiste dans le rassemblement des citoyens contre un ennemi commun.
Écrit après la Première Guerre mondiale, dans un contexte démocratique et pacifique, l’ouvrage émet une critique forte envers ces idéaux. Selon, lui, le libéralisme, le pluralisme et la recherche du consensus démocratique neutralisent la politique, puisqu’ils rendent l’affrontement impossible. C’est dans cette optique qu’il revendique une dictature ayant à sa tête un souverain capable de prendre des décisions.
Sommaire
01Introduction
La Notion de politique est un ouvrage profondément ancré dans le contexte bien précis de l’après-Première Guerre mondiale. Les États européens cherchent à préserver la paix et fondent en 1919 la Société des Nations, institution qui s’inspire de l’idéal kantien d’une paix universelle et perpétuelle.

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02Qu’est-ce que le politique ?
L’objet central de La Notion de politique consiste à proposer une définition du mot de « politique » dont le sens profond du terme disparaît avec l’instauration progressive de la démocratie et la recherche de la paix universelle. Qu’est-ce que le politique ? Si le texte initial est écrit en allemand, il est important de préciser que la traduction française a su distinguer le politique de la politique.
Dans la tradition philosophique, le politique désigne le domaine du vivre-ensemble tandis que la politique se réfère spécifiquement à la pratique effective des politiciens et des gouvernements. C’est donc dans le premier sens qu’il faut comprendre le projet de Schmitt. Il ne s’agit pas de définir la manière dont s’organisent les affaires publiques, mais bien d’identifier l’essence même du champ du politique.
Une des idées que Carl Schmitt reprend de son professeur, Max Weber, consiste à concevoir le monde comme composé de différentes sphères : la sphère de l’esthétique, celle de la morale, celle de la politique, etc. Pour eux, il est nécessaire distinguer les différentes sphères pour pouvoir penser le monde. Or, pour ce faire, il faut identifier la distinction spécifique produite par chaque sphère.

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03Critique du libéralisme
Le libéralisme et l’anarchisme sont deux phénomènes qui entravent le politique. Après avoir défini le politique dans sa spécificité, Schmitt montre pourquoi d’après lui celle-ci disparaît peu à peu dans l’Allemagne des années 1930 en développant une critique au libéralisme d’une part et à l’anarchisme d’autre part. La première critique concerne l’anarchisme. L’anarchisme repose pour lui sur une fiction selon laquelle l’homme est fondamentalement bon. Les anarchistes confondent la sphère de la morale avec celle du politique. Pour eux, il existe différentes formes de vie, mais elles ne sont pas incompatibles et peuvent coexister. Il est de l’ordre de la fiction, pour Schmitt de ne pas concevoir une forme de vie différente de la mienne comme une menace pour ma survie, et c’est dans cet écueil que tombent les anarchistes en confondant morale et politique. Le libéralisme, par ailleurs, nous fait entrer selon Schmitt dans « l’ère des neutralisations et des dépolitisations ». Le libéralisme politique, en effet, propose un modèle démocratique reposant sur le débat et le consensus dans le but d’éviter la guerre.

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04Décisionnisme, exceptionnalisme et souveraineté
En définissant ce qu’est le politique et aussi ce qu’il n’est pas, Carl Schmitt propose sa propre vision de ce que doit être un gouvernement : il revendique une dictature avec un souverain unique. Quelles en sont les caractéristiques ? Pour Carl Schmitt, l’État doit être pacifié à l’intérieur et les citoyens doivent être unis contre un ennemi extérieur.
En effet, le but premier de l’État est de faire régner l’ordre et d’éviter la guerre civile afin de préserver les citoyens. Or, pour ce faire, il est nécessaire d’unir les citoyens qui se considéreront entre eux comme « amis » contre l’ennemi qui lui, devra être extérieur. Si le but de l’État est de protéger les citoyens, il faudra donc se défendre de l’ennemi extérieur et, par là même, empêcher la création d’un ennemi intérieur, tel est le processus de pacification.

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05Conclusion
L’objet de La Notion de politique consiste à proposer une définition de ce que signifie « le politique » afin de le remettre au centre d’une société qui, selon Schmitt, est en train de l’effacer progressivement. Le politique n’a lieu que lorsque guerre il y a : c’est dans le conflit à mort que le pouvoir souverain de l’État se manifeste, lorsqu’il décide d’annoncer la mise à mort de l’ennemi commun à l’ensemble des citoyens amis. L’ouvrage a fait tragiquement date puisqu’un an après la publication de cette courte conférence, Adolf Hitler est élu à la tête l’Allemagne, bien que Carl Schmitt entretienne une relation ambiguë avec le NSDAP.

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06Zone critique
Si la pensée de Carl Schmitt a servi de socle théorique au parti nazi et à son entreprise mortifère, génocide et conquérante, dans le cadre de l’actuelle crise de la démocratie représentative en Occident, elle a une résonance particulière : le constat d’un libéralisme neutralisant qui empêche de pratiquer la politique est partagé par de nombreuses personnes. Parmi elles, plusieurs penseurs s’attellent cependant à tenter de trouver des solutions démocratiques au diagnostic anti-libéral. C’est le cas de certains courants anarchistes ainsi que de différents penseurs de la gauche radicale. D’un côté, les anarchistes situationnistes du collectif Tiqqun reprennent l’analyse de Carl Schmitt selon laquelle le libéralisme est dépolitisant, tout en pensant une solution tout à fait différente. Un point diffère en effet : si pour Schmitt les différentes formes de vie sont incompatibles entre elles et cherchent mutuellement à se dominer dans l’affrontement, pour les situationnistes, ces mêmes formes de vie peuvent coexister, sauf celles qui cherchent à dominer toutes les autres, par exemple, l’État. Pour eux, il est donc nécessaire de faire de l’État un ennemi commun pour que les différentes formes de vie puissent ensuite vivre et s’exprimer librement. D’un autre côté, ce sont cette fois-ci les penseurs de la gauche radicale Ernesto Laclau et Chantal Mouffe qui reprennent et adaptent le diagnostic de Carl Schmitt. Pour eux, la crise de la démocratie représentative naît de l’absence de conflictualité et de débat dans la société neutralisée par le libéralisme consensuel. Il faut donc, comme le suggère Carl Schmitt, réinstaurer la conflictualité. Pour Laclau et Mouffe, cependant, cette conflictualité diffère en deux points : d’abord, il ne s’agit pas de définir un ennemi à tuer, mais bien un adversaire avec qui débattre réellement.

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07Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – La Notion de politique, Paris, Flammarion, 2001.
Ouvrages de Carl Schmitt – Théologie Politique. 1922, 1969. Paris, Gallimard, – Théorie du partisan, Paris, Calmann-Lévy, 1972.

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