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Couverture de 'La nature malade de la gestion'

La Nature malade de la gestion

Jean-Claude Génot

La gestion de la biodiversité ou la domination de la nature

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Description

Dans "La Nature malade de la gestion", le philosophe et écologue Jean-Claude Genot dresse un constat alarmant sur les ravages causés à l'environnement par les modes de gestion actuels. L'auteur montre comment la logique gestionnaire, fondée sur la recherche du profit et de l'efficacité à court terme, a profondément dénaturé notre rapport à la nature. Il explique que cette vision comptable et technocratique a conduit à la destruction massive des écosystèmes, au détriment du vivant.

Genot plaide pour une approche radicalement différente, qui remettrait la nature au cœur de nos préoccupations. Il appelle à repenser nos modes de production et de consommation pour les rendre plus respectueux de l'environnement. Son ouvrage se veut un manifeste pour une nouvelle éthique de la gestion, plus soucieuse de la préservation du monde naturel.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

La visite des anciens pays du bloc soviétique, dans laquelle l'auteur nous entraîne, est l'occasion de découvrir des zones protégées dont l'immensité fait rêver les écologistes occidentaux. Dans la réserve de Berezinsky (Biélorussie), les tourbières à sphaigne occupent ainsi 11 000 hectares (ha). En Roumanie, la réserve forestière de la Nera coiffe une hêtraie de 5 000 ha, sans doute la plus vaste d'Europe. Même si ces milieux ont souffert au cours du temps (du productivisme stalinien, de la guerre…), leur richesse est considérable.

On compte ainsi 2 500 espèces dans le parc de Bielowieza, en Pologne. En Roumanie, le Retezat, premier parc national (38 000 ha répartis autour de 20 pics à plus de 2 000 m) abrite 55 espèces de mammifères, 30 % des plantes sauvages du pays, 22 % des 400 espèces endémiques.

Les surfaces protégées sont beaucoup plus modestes en France, mais plus que la superficie, ce sont la dynamique végétale et l'état des écosystèmes qu'il faut retenir. Quand il est question de protéger des espaces naturels en Biélorussie, il s'agit réellement de protection. Quitte à exploiter des zones annexes.

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02

Des sanctuaires aux habitats secondaires

Si la gestion des ex-forestiers du bloc soviétique n'est pas sans reproche, elle apparaît bien éloignée des prescriptions de l'Union européenne.

À l'origine pourtant, les Occidentaux ont créé des sanctuaires. Les premières actions de protection de la nature visaient à soustraire des espaces à l'intervention humaine. Naquirent ainsi le parc de Yellowstone aux États-Unis (1872), et les premières réserves naturelles européennes : Neufchâtel en Suisse (1882), les Sept-Îles, en France (1912). Viendront ensuite les parcs naturels, dont le parc national de la Bérarde, en 1913 : l'ancêtre du parc des Écrins.

En 1956 cependant, l'Union internationale pour la protection de la nature devient « Union internationale pour la conservation de la nature » (UICN, acteur important de l'écologie internationale). Ce glissement sémantique, de la « protection » à la « conservation », marque le triomphe de conceptions anglo-saxonnes, où la « conservation » désigne une protection des milieux qui intègre des activités humaines, pourvu qu'elles respectent le renouvellement des ressources. Le terme est décliné par les Conservatoires d'espaces naturels, apparus en 1976.

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03

Les managers verts

Le maintien de milieux ouverts offre l'opportunité de réaliser des travaux annuels (fauchage, etc.), donc de justifier des contrats et des crédits qui se renouvellent. En l'absence d'une « nature de référence », ajoute le philosophe Baird Callicott, il n'y pas de lois naturelles à respecter, donc pas d'éthique fondée sur son respect. C'est la porte ouverte à toutes les pratiques. Y compris aux perturbations volontaires (feux, etc.) pour « mimer » la croissance de la forêt...

Les gestionnaires de la nature utilisent les mêmes outils que les autres gestionnaires de l'espace : pelles mécaniques, tracteurs, débroussailleuses… Ils empruntent leur vocabulaire et leurs méthodes au management moderne : indices, cibles, programmes de suivi, procédures, contrôles, et bien sûr évaluations.

À l'image du WWF, les organisations elles-mêmes sont désormais gérées comme des entreprises. Aux États-Unis, The Nature Conservancy gère un budget d'environ un milliard de dollars. Propriétaire du plus grand réseau mondial d'aires protégées (47 millions d'ha dont 41 à l'étranger), elle emploie 3 200 personnes dans 528 bureaux. En France, la plupart des associations qui ont participé au « Grenelle de l'environnement », collaborent désormais avec le monde économique. Non sans schizophrénie.

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04

La logique ges­tion­naire

La notion de gestion s'est imposée à la fin du siècle dernier. En 1980, la Stratégie pour la protection de la nature dévoilée par l'UICN signale que « la conservation est définie comme la gestion par l'homme de la biosphère ». Cette conception anthropocentrique de la protection va de pair avec la volonté de contrôler le monde naturel. Elle souligne aussi l'importance des botanistes et des ornithologues « qui ont largement influencé la protection de la nature et continuent de le faire » (p. 108).

Les ornithologues sont en effet à l'origine de réserves comme les Sept-Îles ou la Camargue. Mais leurs sanctuaires sont désormais des vitrines. Pour l'auteur, ils « remportent la palme pour le suréquipement des réserves et autres coins de la nature : miradors d'observation, panneaux explicatifs, mangeoires, nichoirs, plates-formes de nidification, charniers... » (Id.).

Ce type d'intervention n'est pas l'apanage des ornithologues. Ici, on réintroduit des bouquetins, là on construit des abris pour des chauve-souris, plus loin on creuse des mares pour les batraciens… Si la liste est longue, le résultat est identique : « Favoriser une espèce, c'est dénaturer le tout » (p. 23). C'est particulièrement net dans le cas de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), dont « la gestion est clairement révélée pour ce qu'elle est, à savoir orienter un espace en particulier sa production végétale pour une espèce ciblée » (p. 59). La logique « espèces » mène ainsi à des positions incohérentes en termes de sauvegarde du milieu.

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05

Une nature en trompe-l’œil

L'importance attachée à une diversité spécifique conduit à des aberrations. Mais la biodiversité est, en elle-même, une notion sujette à caution. C'est la version moderne d'une nature homo-dépendante, alors que « la biodiversité est une nécessité fonctionnelle pour la nature », qui se décline par des propriétés comme la dynamique spontanée ou l'évolution. Comment une large diversité serait-elle préférable à un écosystème qui fonctionne ?

La biodiversité est un concept plastique qui justifie toutes sortes d'interventions. Mettre des bovins là où il n'y en jamais eu, ou faire usage d'usage d'explosifs pour se débarrasser des arbres qui gênent. Mais elle n'a pas de réelle définition scientifique. Le terme lui-même est apparu en 1986 à Washington. Pour alerter les politiciens, Edward Wilson et Walter Rozen ont enlevé « logical » à biological diversity, faisant naître un concept qui déborde le champ de la science. Cette construction sociale aboutit donc à une construction tout court : la biodiversité peut être créée par la culture et la domestication. On « fait » de l'orchidée, comme on « fait » du grand tétras, ce qui donne à certains gestionnaires l'impression de créer des espèces.

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06

Conclusion

Nommer la nature « biodiversité » c'est mettre un mot sur l'inconcevable : nous entamons la sixième extinction de masse, avec des menaces portant sur 12 à 52 % des espèces. C'est admettre que l'immensité sauvage a cessé d'exister.

Que signifie donc gérer la nature, quand le propre de celle-ci est de ne pas être gérable ? L'expression « gestion de la biodiversité » est là pour l'affichage et le statut social des gestionnaires. D'autant que la culture du résultat, le chiffre, ne rend pas compte de la complexité de la nature. Le discours de type managérial fait oublier la modestie des moyens destinés à la nature, à l'heure où la « mise en corridor » d'espaces isolés s'apparente à un vœu pieux.

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07

Zone critique

Jean-Claude Génot insiste logiquement sur les forêts qu'il connaît très bien, celles des Vosges, en particulier. D'autant que la forêt, « lieu sauvage depuis la nuit des temps », est l'aboutissement de la dynamique végétale. Elle est ainsi au cœur de la problématique gestionnaire dont il dénonce les excès. Si ses accents sont partisans, tous les milieux sont concernés par cette volonté de manager le sauvage. Dune, marais ou pelouse calcaire, la moindre zone protégée dispose aujourd'hui de son plan de gestion et de son document d'objectifs.

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08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Jean-Claude Génot, La Nature malade de la gestion, Saint-Claude-de-Diray, Hesse, 2020.

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