
La Mort des démocraties
Comment meurent les démocraties ? Comment tenter de les sauver ?
Description
Les régimes démocratiques peuvent disparaître de façon spectaculaire, violente, à la suite d’un coup d’État militaire. Mais leur agonie peut également être le résultat d’un délitement plus progressif, moins spectaculaire, et par là même plus insidieux, peut-être plus difficile à saisir.
Comment meurent les démocraties ? Comment tenter de les sauver ? Telles sont les deux interrogations essentielles qui constituent les fondements de la réflexion proposée dans cet ouvrage.
Sommaire
01Introduction
Les menaces qui pèsent sur les démocraties contemporaines – même les plus exemplaires – ne leur sont pas seulement extérieures. En effet, l’usage de la force ne constitue pas le seul moyen de renverser un régime démocratique.
Les XXe et XXIe siècles regorgent d’exemples de régimes démocratiques libéraux mis en péril, voire effondrés, du fait de verdicts électoraux ou d’« alliances funestes » qui ont conduit la démocratie à son agonie. Tous ces épisodes ont pour commune origine l’action d’individus dont les valeurs sont antithétiques avec la démocratie, alors même – et là se situe le paradoxe – qu’ils se réclament généralement d’une démocratie plus grande, plus authentique, plus directe, plus juste. Ces personnes sont des individus hors système, des « outsiders ».

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02Différents épisodes de démocraties renversées de l’intérieur
L’Allemagne nazie constitue l’exemple le plus célèbre du renversement d’une démocratie parlementaire par les urnes, au profit de la construction d’un régime totalitaire : le national-socialisme hitlérien. Après une tentative manquée de coup d’État en 1923, Hitler accède au sommet de l’État en remportant les élections de 1933. Son arrivée au pouvoir n’est pas seulement le résultat de sa victoire électorale – liée à sa grande popularité, découlant elle-même de la situation économique critique. Elle est aussi la conséquence de l’alliance, avec le parti nazi, d’un groupe de conservateurs issu de la droite républicaine allemande, qui croyaient par cette stratégie éviter un désastre électoral et faire d’Hitler leur « obligé ».
De même, Mussolini fut nommé Président du Conseil par le roi d’Italie en personne, l’épisode de la « marche sur Rome » des Chemises Noires étant le fruit d’une construction a posteriori destinée à souligner la valeur et le courage des combattants fascistes. Les manœuvres de Mussolini n’eurent en réalité rien de révolutionnaire, puisqu’il utilisa les 35 sièges de son parti, la peur du socialisme et la menace de la violence potentielle pour effrayer le roi Victor-Emmanuel et le convaincre de la nécessité de le porter au pouvoir.

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03Identifier un outsider et « faire barrage » pour protéger la démocratie
Afin d’identifier ces « démagogues en puissance » que toutes les démocraties abritent inévitablement, les auteurs, s’inspirant de Juan Linz, éminent politique américain, établissent un « test réactif » à ces outsiders. Si une personnalité politique remplit un ou plusieurs des critères énoncés, il est potentiellement dangereux pour la démocratie : le rejet ou la faible adhésion aux règles du jeu démocratique ; la contestation de la légitimité de l’opposition politique (plus radicale qu’une simple remise en cause de leur valeurs) ; la tolérance voire l’encouragement de la violence ; une propension à restreindre les libertés civiles de l’opposition ou des médias.
Lorsqu’il remporte les élections, un leader populiste, s’il ne détruit pas la démocratie dans son ensemble, en affaiblit au moins les institutions et partant la subvertit. C’est ce qu’ont fait Hugo Chávez au Venezuela, Alberto Fujimori au Pérou, Evo Morales en Bolivie ou encore Rafael Correa en Équateur, mais aussi Orban en Hongrie, Erdogan en Turquie ou Poutine en Russie…

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04Donald Trump : l’outsider parvenu au pouvoir malgré les barrages
Ce détour par plusieurs épisodes historiques significatifs permet aux auteurs d’entreprendre une analyse plus spécifique et plus approfondie de la démocratie américaine, fragilisée par l’arrivée au pouvoir d’un personnage qui s’apparente en tous points à ces figures autocratiques : Donald Trump.
Son ascension résulte d’abord de la mise en place d’un processus de sélection des candidats à l’élection présidentielle en théorie plus ouvert, donc plus démocratique, au sein des deux grands partis. Sur ce sujet, la démocratie américaine se heurte au « problème du double impératif » : laisser le peuple choisir, mais éviter qu’il ne succombe à une tentative démagogique. Les primaires comportent toutefois de nombreuses règles extrêmement contraignantes et mettent en place des mécanismes qui empêchent le premier outsider venu d’arriver aux portes du scrutin le plus important des États-Unis. Mais Donald Trump est parvenu à remporter ces élections, en partie grâce à sa fortune et à ses réseaux, ceux-ci étant très éloignés des cercles traditionnels de la politique. Le cas de Trump illustre donc la perméabilité relative du système.

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05Les garde-fous de la démocratie
Pour garantir la stabilité de la démocratie, il est nécessaire que le système de pouvoirs et de contre-pouvoirs soit extrêmement élaboré. Il peut être prévu par la loi, pensé par un système judiciaire performant, mais les lois ne suffisent pas, l’exemple américain est en la preuve. La Constitution ne peut être le seul élément qui détermine la solidité du régime démocratique, ses rédacteurs n’étant pas en capacité de prévoir toutes les situations et elle-même pouvant être sujette à des interprétations concurrentes.
Ce qui est constitutif de la démocratie, c’est un ensemble de règles tacites qui découlent d’une culture politique, d’attitudes et de comportements qui ne sont régis par aucune règle explicite. Ces règles essentielles se fondent essentiellement sur deux principes : la tolérance mutuelle et la retenue institutionnelle. Le premier renvoie au respect des adversaires, au-delà des rivalités : malgré les désaccords, il faut leur reconnaître leur droit d’exister et de se battre dans la compétition. Quant à la retenue institutionnelle (forebearance), elle consiste à s’abstenir d’actes qui, tout en respectant la lettre de la loi, en violent indiscutablement l’esprit : la manière dont les présidents des États-Unis respectaient le maximum de deux mandats présidentiels, avant même l’adoption du 22e amendement, illustre l’application d’un tel principe.

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06Le délitement de la démocratie américaine
Vis-à-vis de la situation actuelle, les auteurs formulent une mise en garde troublante : la stabilité de la période qui suit la fin de la guerre de Sécession jusqu’à la fin du XXe siècle se caractérisé par la proximité idéologique des membres des deux partis, qui trouvent un consensus sur le thème de la question raciale.
Partant de ce constat, les auteurs montrent que la démocratie aux États-Unis est victime d’un véritable processus de « détricotage » qu’ils font remonter au début des années 1980. Ils en attribuent l’origine aux réussites successives de plusieurs outsiders au sein du parti républicain, notamment un certain Newt Gringrich. Celui-ci est le premier à mener une attaque frontale victorieuse contre la tolérance mutuelle et la retenue institutionnelle. Candidat dans une circonscription de Géorgie, il récusait les pratiques alors en vigueur de civilité et de coopération entre les membres du Parti démocrate et du Parti républicain.

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07Conclusion
Les auteurs envisagent une possible sortie de la situation en permettant la réunion de membres des deux partis dans un grand front démocratique uni – à l’instar de la CDU en Allemagne au lendemain de la défaite nazie. Si une reconfiguration raciale et religieuse des partis est nécessaire pour permettre de réduire le gouffre idéologique entre les deux extrêmes, le Parti démocrate ne peut cependant pas céder sur la question raciale. Mais les démocrates ont d’autres moyens de contribuer à la reconfiguration du paysage politique, et cela doit passer par la recherche de solutions concrètes pour la résolution de la question sociale.

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08Zone critique
Véritable best-seller, publié en anglais en 2018, La Mort des démocraties a reçu un accueil très favorable à sa sortie, aussi bien outre-Atlantique que sur le vieux continent. Sa traduction dans plus de quinze langues témoigne de son immense succès.

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – La Mort des démocraties, Paris, Calman-Lévy, 2019.
Des mêmes auteurs – Steven Levistky, Competitive Authoritarianism: Hybrid Regimes after the Cold War, New York, Cambridge University Press, 2010. Informal Institutions and Democracy: Lessons from Latin America, Baltimore, The Johns Hopkins University Press, 2006. – Daniel Ziblatt, Conservative Parties and the Birth of Democracy, Cambridge University Press, 2017. – Daniel Ziblatt, Structuring the State: The Formation of Italy and Germany and the Puzzle of Federalism, Princeton, 2006.

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