
La mort de Louis XIV. Apogée et crépuscule de la royauté
Les derniers jours du Roi-Soleil
Description
L'ouvrage "La mort de Louis XIV. Apogée et crépuscule de la royauté" de Joël Cornette est une exploration fascinante du règne de Louis XIV et de l'impact de sa mort sur la monarchie française. Ce livre offre une compréhension profonde de ce qui s'est éteint avec le Roi-Soleil et de ce qui a perduré de son œuvre.
Il met en lumière la grandeur singulière du siècle de Louis XIV, caractérisée par la gloire, le roi de guerre, l'"État machine", et la création d'une culture royale.
Sommaire
01Introduction : Écrire l’histoire d’une journée qui a fait la France
Dans l’esprit de la collection (Les journée qui ont fait la France), l’étude de Joël Cornette dépeint d’emblée l’événement, avant de revenir, par chapitres thématiques, sur la période et les évolutions dont il est le résultat et la trace.
À ce titre, l’ouvrage, en particulier les premiers chapitres, adopte un ton extrêmement narratif, voire littéraire. Il reste que ce choix d’écriture, qui veut faciliter la lecture et l’ouvrir au plus large public, n’exclut pas la mention des sources sollicitées par l’historien – qu’une bibliographie des sources imprimées rassemble systématiquement en fin de volume. Les deux premiers chapitres de l’ouvrage offrent donc une reconstitution minutieuse des journées qui, du milieu du mois d’août jusqu’au 1er septembre 1715, constituent le terme du règne de Louis XIV.

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02Comprendre le règne de Louis XIV
Pour Joël Cornette, comprendre le règne de Louis XIV, c’est d’abord en distinguer les étapes. L’ouvrage s’attache donc à fournir une mise en ordre chronologique d’un règne remarquablement long et, partant, en offre une lecture claire. Joël Cornette propose d’identifier trois périodes, distinguées de part et d’autre des deux années 1661 et 1691.
Avec 1661, Joël Cornette reprend une césure traditionnelle de l’histoire de l’État louis-quatorzien : roi depuis 1643, ce n’est qu’à la mort de Mazarin, principal ministre du royaume, que débute le règne personnel de Louis XIV. Selon l’expression consacrée que reconduit Joël Cornette, c’est une « révolution ».
Le 9 mars, le jour même de la mort du cardinal, Louis XIV prend une série de mesures qui lui assurent entièrement le pouvoir : plus de Premier ministre, réduction du Conseil des Affaires (le plus important de tous les conseils gouvernementaux) duquel est désormais exclu le chancelier (qui occupait jusqu’alors l’une des principales charges de la monarchie), contrôle par le souverain des secrétaires d’États. Selon les témoignages des contemporains, c’est avec surprise que l’on voit le jeune roi s’imposer, écartant du pouvoir sa mère la reine et les plus grands seigneurs de France. Cette prise de pouvoir confie les affaires du royaume au roi lui-même, ainsi qu’à trois ministres formant un Conseil des Affaires restreint : Fouquet, pour les Finances ; Le Tellier, pour la Guerre ; Lionne, pour les Affaires étrangères. La « révolution » du 9 mars 1661 se double, quelques mois plus tard, de ce qu’il faut appeler selon l’auteur un « coup d’État » : l’arrestation de Fouquet, prétendument responsable de l’état catastrophique des finances et soupçonné d’avoir fortifié Belle-Isle pour en faire une place de sûreté au service de ses seuls intérêts.

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03De la nature du pouvoir : Louis XIV et la monarchie absolue
« Si l’on voulait ramasser en quelques phrases la mutation du règne de Louis XIV, deux images représenteraient deux fonctionnements du pouvoir : celle d’un roi-État assurément absolu […] ; celle d’un État-roi, une administration de plus en plus installée » (p. 154). Pour Joël Cornette, l’aspect le plus caractéristique du règne de Louis XIV, son originalité dès lors qu’on le replace dans l’histoire de la royauté française d’Ancien Régime, aura été la construction simultanée d’un pouvoir royal de plus en plus absolu et d’un appareil administratif dépersonnalisé, puissant et pérenne. Jusqu’à sa mort, Louis XIV aura su tenir fermement ces deux types de pouvoir, jusqu’à les incarner entièrement. C’est donc sur chacun d’eux qu’il faut revenir, successivement.
C’est dans l’épisode de la Fronde (1648-1652), rébellion nobiliaire, parlementaire et populaire à l’égard de l’autorité royale, que l’absolutisme louis-quatorzien trouve peut-être ses origines – le souverain évoquera, avec amertume, ce soulèvement jusque sur son lit de mort. Selon Joël Cornette, cet événement aura fait comprendre au très jeune roi que la contestation, quoique multiforme, ne mettait nullement en cause l’institution royale ; en creux, elle lui aurait plutôt laissé voir l’autorité et la puissance que concentrait sa propre personne. Grandi de ce qu’il considéra toujours comme une leçon de l’histoire, Louis XIV n’aura de cesse, dès lors, d’être le seul maître de l’État – fidèle en cela à une injonction de Mazarin, reçue en 1659 : « Gouvernez de vous-même ». Qu’un tel pouvoir royal existât impliquait que les contre-pouvoirs fussent neutralisés. Ainsi, après un premier abaissement de ses attributions en 1655, une décision royale imposera en 1673 au Parlement l’enregistrement sans condition des édits royaux. Face aux clientèles privées que se partageaient les grands du royaume, Louis XIV s’imposera comme le seul personnage du royaume par lequel passe le processus de patronage concentré à la cour.

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04L’exercice du pouvoir et la construction de l’État
Car derrière les réformes que le souverain impose au gouvernement, apparaît progressivement un nouveau type d’État, un « État-roi » selon l’expression de Joël Cornette, dont le legs n’est aujourd’hui encore pas véritablement effacé. Louis XIV entendait être le premier gestionnaire du royaume, et les témoignages sont nombreux à souligner le temps important que le roi consacre aux affaires de l’État, désireux d’être informé de tout. À ce titre, il fut également un souverain consultant : bien que son fonctionnement demeure mal connu, le Conseil d’en Haut accueillait le débat, et, lorsqu’il fallait décider, le roi semble avoir adopté la règle de suivre la majorité des avis. L’après-midi, il avait pris l’habitude de travailler en tête à tête avec les secrétaires d’État et les responsables des administrations – notamment à partir de 1691.
Il faut également signaler que ce passage vers ce que l’historiographie traditionnelle a qualifié de siècle des « administrateurs », marque également une étape dans la transformation de l’État. Joël Cornette signale ce qu’une telle interprétation a de schématique, et souligne que le pouvoir de ces administrateurs avait peu à envier à celui qu’avait détenu de 1661 à 1691, Colbert et Louvois.

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05Fabrique et mise en cause de la monarchie absolue
Si les deux dates de 1661 puis 1691 sont décisives quant à l’exercice du pouvoir, Joël Cornette signale également, dans le règne de Louis XIV, l’importance d’une autre césure, en 1685. À partir de 1661, le roi profite d’une « conjonction plutôt favorable et heureuse » (p. 144), dominée par le ministériat de Colbert, tandis les années encadrant 1685 ouvrent une seconde phase du règne, marquée par l’installation définitive à Versailles, la révocation de l’Édit de Nantes (1685) qui interdit l’exercice du culte protestant en France, et des conflits militaires difficiles – guerre de la ligue d’Augsbourg (1688-1697), guerre de succession d’Espagne (1701-1714).
Il faut rappeler que l’État administratif naissant avait pour condition d’existence et pour socle la légitimité monarchique ; Joël Cornette rappelle à ce propos que l’État est de fait une « entité invisible » (p. 155) qui ne pouvait se donner à voir que personnifiée et représentée, et ce par la personne du roi. D’où la nécessité, pour assurer l’empire de l’État, d’élever au plus haut le prestige du roi. Cette fabrique de la gloire aura eu deux principaux ressorts. La guerre d’abord, à l’origine de la légitimité royale : s’identifiant presque totalement à sa fonction militaire, Louis XIV n’aura de cesse de se présenter comme un roi de guerre victorieux. C’est d’autre part l’immense effort artistique et culturel que constitua la mise en images, en allégories et en emblèmes des succès (notamment militaires) et du prestige du roi ; véritable entreprise d’État engageant différentes institutions au service de la gloire royale, elle permit la diffusion d’images glorifiant le roi et la monarchie partout dans l’espace public (tous les supports sont utilisés : médailles, statues, peintures), et ce jusque dans l’univers domestique des plus humbles sujets du royaume – c’est le rôle, notamment, des almanachs qui reproduisaient des images célébrant le roi et la dynastie des Bourbons.

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06Conclusion
La rupture entre le roi et ses sujets apparaît pleinement en 1715 lorsque la mort du souverain donne lieu à une floraison de textes critiques, chansons, pamphlets et libelles qui conspuent « Louis le Petit », « roi des impôts » et « suceur de sang ». C’est également son héritage politique qui est alors remis en cause : le Régent (Philippe d’Orléans, neveu de Louis XIV) consolide sa position en restituant au Parlement ses anciennes prérogatives, et en rejetant une partie des clauses du testament du défunt roi.

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07Zone critique
Parce qu’il s’adresse au plus large public, et parce que le format de la collection impose à l’auteur de faire des choix, Joël Cornette livre un récit relativement conventionnel du règne de Louis XIV.
Certes, on l’a vu, le ton est toujours pondéré et l’auteur ne manque pas, lorsque cela est nécessaire, de souligner ce que telle interprétation a de simplificateur, ce que tel découpage chronologique a de schématique.

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08Pour aller plus loin
Ouvrages de Joël Cornette
– Le Roi de Guerre. Essai sur la souveraineté dans la France du Grand Siècle, Paris, Payot, 1993. – Louis XIV, Paris, Éditions du Chène, 2007.

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