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Couverture de 'La main de lauteur et lesprit de limprimeur'

La main de l’auteur et l’esprit de l’imprimeur

Roger Chartier

L'impact de la révolution de l'imprimerie

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Description

Dans son ouvrage, Roger Chartier s’attache, sur la période qui court du XVIe au XVIIIe siècle, à saisir les modalités de la production, de la circulation et de l’appropriation des textes écrits.

À travers l’étude de grandes œuvres littéraires telles que Don Quichotte ou Hamlet, et passant en revue une grande partie de l’œuvre castillane du temps, l’historien rappelle que la manière dont le lecteur du XXIe siècle perçoit et définit le fait littéraire s’est construite au cours de l’histoire, et notamment durant la période sur laquelle il se concentre, grâce à la révolution que fut l’apparition de l’imprimé ainsi que tous les métiers qui lui étaient liés.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Le métier d’historien consiste à être confronté aux écrits des générations passées, et ce de manière très partielle puisque les silences, de ceux qui n’ont jamais écrit, ou de ceux dont les paroles, les pensées ou les actes étaient considérés sans importance par les maîtres de l’écriture, n’ont jamais été consignés. Il faut alors écouter des voix muettes, dans le but de reconstruire le passé qu’ils s’efforcent d’étudier.

C’est ce que fait dans cet ouvrage Roger Chartier, prenant le parti d’analyser des œuvres littéraires de fiction, et cherchant à restituer une partie de l’histoire socioculturelle du XVIe au XVIIIe siècle.

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02

L’imprimé : une révolution ?

Roger Chartier se focalise dans un premier temps sur ce qu’il appelle les « pouvoirs de l’imprimé ». Il signale que l’invention de Gutenberg a principalement modifié la dimension matérielle des textes : dans les villes, l’écrit imprimé s’empare des murs, se donne à lire dans les espaces publics, et transforme les pratiques administratives et commerciales.

Roger Chartier souligne également que l’invention de Gutenberg au milieu du XVe siècle n’a pas entraîné la disparition brutale des textes manuscrits. Bien au contraire, l’apparition de l’imprimerie a souvent permis au trait de plume et à la marque du caractère mobile de cohabiter sur la même page. Plus encore, l’imprimerie a incité à de nouveaux usages de l’écriture à la main comme l’attestent les nouveaux objets créés invitant à couvrir d’écriture des espaces que l’imprimerie a laissés en blanc : formulaires, cahiers dont seules certaines parties sont imprimées, marges et interlignes destinés à accueillir les annotations du lecteur.

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03

La question des droits

Le livre est, à la fois, un bien matériel dont l’acheteur devient légitime propriétaire et un discours dont l’auteur conserve la propriété, donc un bien intellectuel.

À l’époque moderne, le discours d’un livre était une propriété unique et exclusive : entre l’auteur et l’imprimeur, il existait ainsi un contrat de procuration qui permettait la gestion d’un bien au nom d’un autre sans que pour autant ne soit aliénée la propriété de son possesseur. Le libraire agissait seulement au nom de l’auteur, dont la propriété n’était pas transférée, même s’il pouvait exister des reproductions illégitimes.

C’était le manuscrit original, de la main de l’auteur, qui fondait le droit personnel de l’écrivain sur son discours. Les manuscrits autographes conservés datant d’avant la seconde moitié du XVIIIe siècle sont très peu nombreux : Roger Chartier cite quelques rares exemples, notamment sept cahiers de Brantôme qui nous sont parvenus, quelques Pensées de Pascal, des annotations de Montaigne pour la rédaction de ses Essais, confirmant le caractère exceptionnel des manuscrits d’auteurs antérieurs à 1750.

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04

Le travail des traducteurs

Le rôle des traducteurs aux XVIe et XVIIe était paradoxal : parce qu’ils ne réalisaient qu’une simple copie dans une autre langue, leur travail était relativement déprécié. Pourtant, leur activité était la première qui entraînait une rémunération immédiate, et parfois importante. La traduction permet ainsi, selon Roger Chartier, une première professionnalisation de l’écriture, alors même que ceux qui la pratiquaient étaient placés au plus bas de la hiérarchie des écrivains.

L’historien explique que les contrats passés entre les libraires parisiens et les traducteurs de romans de chevalerie castillans (genre alors en vogue) au milieu du XVIe siècle pouvaient engendrer de généreux profits. De même, cet engouement pour cette littérature exotique a conduit à des innovations remarquables dans les relations entre imprimeurs et traducteurs, notamment par le système des avances concédées pour un manuscrit à venir. Ainsi, Roger Chartier cite le cas de Nicolas de Herberay qui reçut, en 1543, une avance de quarante livres tournois pour sa traduction à venir de Palmerìn de Oliva de Vàzquez.

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05

Orthographe et ponc­tua­tions

Aux XVIe et XVIIe siècles, les efforts orthographiques en France et en Angleterre visaient à approcher la perfection de la langue castillane. Idéalement, il fallait écrire comme l’on prononçait, et prononcer comme l’on écrivait. Mais obtenir une telle coïncidence entre diction et graphie n’était évidemment pas aisée à obtenir.

Une première possibilité, contraire aux usages, était de prononcer toutes les lettres des mots, comme c’était le cas en latin : c’est cette manière bizarre de prononcer l’anglais que revendique, dans Love’s Labour’s Lost de Shakespeare, le maître d’école. Une autre solution, moins extravagante, consistait à transformer l’écriture même des mots pour les ajuster à la façon dont ils étaient prononcés.

Ronsard, par exemple, proposa dans son Abrégé de l’Art poétique françois de supprimer « toute orthographie superflue » (c’est-à-dire toutes les lettres qui ne se prononcent pas), de transformer la graphie des mots afin de la rapprocher de la façon dont ils sont dits (ainsi « Franse » ou « kalité », ce qui rendrait inutiles le c et le q) et d’introduire, comme en espagnol, des lettres doubles, à l’imitation du ll ou du ñ, pour fixer une prononciation plus exacte des mots « orgueilleux » ou « Monseigneur ».

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06

Les pages pré­li­mi­naires

Roger Chartier revient également sur les éléments péritextuels d’un texte, autrement dit tout ce qui précède sa première phrase (titre, épigraphe, préface, avertissement, illustrations, etc.).

Dans tous les ateliers européens, la pratique était de composer ces pages seulement lorsque était achevée l’impression des cahiers correspondant au texte de l’œuvre. Il y avait à cela plusieurs raisons. D’une part, certains des éléments préliminaires tels que, dans la Castille du XVIIe siècle, la Tasa (prix au-dessus duquel le livre ne peut être vendu en fonction du nombre de cahiers), ne pouvaient être évidemment composés qu’après l’impression du corps de l’ouvrage. Il évoque aussi la Fe de errata qui devait apparaître sur tous les volumes imprimés, et qui attestait que le livre était conforme au manuscrit soumis à la censure.

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07

Conclusion

L’ouvrage de Roger Chartier replace le fait littéraire des XVIe au XVIIIe siècle dans le contexte de sa production : il souligne leur caractère historique et met en lumière toutes les étapes qui participaient à sa création, depuis la plume de l’écrivain jusqu’à la circulation de ces œuvres dans l’Europe moderne, en passant par les ajouts et corrections de la main des éditeurs.

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08

Zone critique

Cet ouvrage est stimulant à plusieurs égards. D’abord, il fait de monuments de la littérature des sources historiques à part entière alors qu’elles sont d’ordinaire plus volontiers étudiées pour leur valeur esthétique. Il permet également de souligner les travaux menés à la fois par les auteurs et les imprimeurs de l’époque moderne, témoignant du rôle de ces derniers dans la circulation et le succès des œuvres dont ils avaient la charge.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – La main de l’auteur et l’esprit de l’imprimeur, Paris, Gallimard, 2015.

Du même auteur – Lectures et lecteurs dans la France d'Ancien Régime, Paris, Seuil, 1987. – Culture écrite et Société : L'ordre des livres, XIVe-XVIIIe siècle, Paris, Albin Michel, 1996. – Les origines culturelles de la Révolution française, Paris, Éditions du Seuil, 1999 [1990]. – La main de l'auteur et l'esprit de l'imprimeur: XVI-XVIIIe siècle, Paris, Folio, 2015.

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