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Couverture de 'La lecture ca ne sert a rien'

La lecture, ça ne sert à rien

Bénédicte Shawky-Milcent

Favoriser la rencontre avec le livre

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Description

C’est par une exclamation que Bénédicte Shawky-Milcent présente son étude sur l’enseignement et la transmission de la littérature en milieu scolaire : La lecture, ça ne sert à rien !

À travers une réflexion jalonnée de références théoriques sur les pratiques de lecture, puis par le biais d’expériences concrètes auprès de lycéens, l’auteure aborde la question de la réception et l’appropriation des œuvres littéraires sous l’angle du plaisir, des émotions et de la liberté. Favoriser la rencontre avec le livre, encourager une relation positive et épanouie entre le texte et le sujet lecteur, tels seront ses objectifs tout au long de cet ouvrage.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Bénédicte Shawky-Milcent reconnaît le caractère provocateur de l’intitulé de son ouvrage, même s’il sous-entend surtout que ses élèves, lorsqu’ils prononcent cette fameuse phrase « la lecture, ça ne sert à rien », souhaiteraient qu’elle leur transmette le goût de la lecture. Paru en 2016, il revisite le système scolaire traditionnel français qui ne parvient pas toujours à transmettre le plaisir de la lecture. L’auteure propose une réflexion générale sur les moyens mis en place pour faire de l’élève un lecteur à part entière, favoriser sa rencontre avec le livre et faire admettre que l’enseignement de la littérature ne se limite pas à la transmission d’un contenu purement utilitaire. L’enseignante se penche ici sur la problématique de l’appropriation d’une œuvre, jusque là peu étudiée par les chercheurs, et propose de nouvelles méthodes didactiques.

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02

Trans­mis­sion et réception des œuvres en milieu scolaire

Cet ouvrage soulève la question de la place du livre dans le système scolaire et le rôle de l’enseignement de la littérature au lycée, notamment en classe de seconde. L’auteure remarque que la transmission et la réception des œuvres demeurent difficiles. Comme le prouve sa mise en perspective historique, la problématique de l’appropriation n’est pas récente et elle est abordée différemment selon les époques.

La période 1880-1925 marque une transition, notamment avec l’invention de la discipline des lettres et l’apparition de l’explication de texte. L’élève y développe son esprit critique. Cette période marque également la naissance de l’Histoire littéraire en France sous l’impulsion de Gustave Lanson, la transmission des œuvres passe alors par l’étude des textes. Cette approche canonique laisse de côté l’usage personnel que l’on peut faire du texte. Entre 1925 et 1960, la dissertation (ou composition française) fait son entrée dans le panorama pédagogique, développant ainsi une approche rationnelle de la littérature. Il faudra tout de même attendre 1960 pour que l’appropriation personnelle des œuvres soit progressivement envisagée par les institutions scolaires. De nombreuses méthodes favorisant l’épanouissement personnel de l’élève et son implication voient le jour. La place et l’autonomie du lecteur font l’objet de nombreuses recherches et à la fin des années 1990, les bienfaits des lectures cursives ne seront plus à prouver.

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03

L’ap­pro­pria­tion d’une œuvre littéraire

L’ouvrage de Bénédicte Shawky-Milcent est tourné vers la réflexion sur l’appropriation des œuvres littéraires en milieu scolaire et l’analyse de ce « processus par lequel un lecteur s’empare d’une œuvre, ainsi que le résultat escompté : l’envol de cette œuvre dans la mémoire individuelle, dans une réflexion sur soi, sur le monde et sur les autres » (pp. 4-5). L’auteur souligne le lien avec la notion de « bibliothèque intérieure » évoquée par Pierre Bayard.

En effet, l’appropriation est bien la rencontre personnelle du lecteur avec une œuvre et la manière dont celle-ci s’inscrit dans sa mémoire. Elle se présente comme un refuge qui révèle l’expérience intérieure du le lecteur. Celui-ci se fond avec le livre, s’identifie et se projette. Cette fusion s’inscrit au cœur du plaisir de la lecture lorsqu’elle vient combler ses désirs et ses attentes, le ravissant d’émotions et de sensations. Ce qu’il retient et conserve d’une lecture s’inscrit dans sa mémoire et façonne sa culture scolaire et personnelle.

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04

Ap­pro­pria­tion contem­pla­tive et ap­pro­pria­tion créative

C’est en s’interrogeant sur la manière de laisser trace d’une œuvre étudiée en classe dans la mémoire des élèves, et en réalisant une expérience d’accompagnement de cette mémoire, que l’enseignante distingue les notions d’appropriation contemplative et d’appropriation créative.

En proposant à ses élèves un travail d’expression écrite à partir du roman de Balzac, Le Père Goriot, elle va s’apercevoir que certains d’entre eux vont adopter une démarche contemplative face à leurs souvenirs de lecture, occasion pour eux de se contempler dans la lecture de cette œuvre. Ils investissent alors subjectivement le texte en manifestant leurs émotions et leurs sensations au point de s’identifier totalement à ce dernier. L’enseignante peut alors parler d’appropriation contemplative affective. Certains contemplent leur lecture, mais ont des difficultés à organiser leur discours en fonction de leurs souvenirs. Elle évoque alors une appropriation contemplative en chantier.

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05

Sujet lecteur et lectures subjectives

La méthode de Bénédicte Shawky-Milcent consiste à guider ses élèves vers des lectures heureuses et subjectives, sortant ainsi des sentiers classiques de l’enseignement secondaire. En accordant toute sa place aux expériences de lectures subjectives, elle tient compte du plaisir du lecteur, de ses émotions, ses sensations, des images auxquelles il fait appel, stimule son imagination, sa mémoire et ses souvenirs.

C’est en se penchant sur l’implication des élèves dans la lecture, par le biais du poème en prose de Baudelaire « Chacun sa chimère », que l’enseignante porte ses observations sur l’analyse de trois écrits subjectifs d’élèves. Le premier, purement informel, fait appel aux expériences personnelles du lecteur, et en cela, mobilise ses souvenirs et ses impressions. Le deuxième texte se présente sous forme de commentaire littéraire, sa fonction interprétative limite la sensibilité personnelle de l’élève. Enfin, le troisième est un texte créatif, il fait écho aux deux précédents et l’adolescent y reconstruit son interprétation personnelle. Ainsi, pour s’approprier subjectivement le texte, l’adolescent doit sans cesse naviguer entre proximité et distance avec l’œuvre lue, entreprendre une lecture subjective pour passer à une analyse objective.

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06

L’au­to­bio­gra­phie de lecteur

L’identité littéraire s’affirme également à travers la pratique de l’autobiographie de lecteur. Ce genre introduit par Pierre Dumayet permet aux élèves de relater leur histoire et leur relation personnelles avec les livres : évocation de leurs souvenirs, affirmation de leurs goûts, introspection, rencontres réussies ou non avec une œuvre.

Pour réaliser cette expérience, Bénédicte Shawky-Milcent suggère à ses élèves de faire le bilan de leur parcours en leur proposant, selon certaines consignes, de réaliser un écrit personnel dans lequel ils pourront se remémorer leurs lectures. Cette expérience lui permet de révéler ce qui demeure habituellement dans l’ombre et l’intimité de chacun. Elle constate ainsi que le rôle de la famille demeure surtout déterminant dans les premières années de l’enfant.

C’est bien souvent elle qui est à l’origine ses premiers contacts ou non entre le livre et l’enfant. La transmission se fait alors par l’intermédiaire de « passeurs » familiaux et grâce à la mise en place de rituels autour de l’objet livre : « Dans ma bibliothèque intérieure, il y a J’aime lire, ensemble de petits livres rouges que me lisait ma mère avant de m’endormir » (p. 102).

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07

Conclusion

Conçue en deux temps, l’étude de Bénédicte Shawky-Milcent fourmille de références bibliographiques consacrées à la littérature et à la lecture auxquelles s’ajoutent des expériences de terrain réalisées avec des lycéens. Son ouvrage propose un nouveau modèle didactique de la littérature dédié aux différents processus d’appropriation et de réception de l’œuvre visant à impliquer l’élève en tant que lecteur à part entière.

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08

Zone critique

Même si l’enseignante n’est pas la première à se pencher sur la problématique des usages pédagogiques de la littérature, les méthodes qu’elles proposent ont le mérite de faire leurs preuves sur le terrain. S’il n’est pas toujours évident de savoir comment permettre à chaque enseignant d’appliquer des méthodes qui réclament une certaine disponibilité, en revanche il n’est ici pas difficile de comprendre qu’un lecteur heureux est un élève épanoui.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – La lecture, ça ne sert à rien ! Usages de la littérature au lycée et partout ailleurs…, Paris, PUF, coll. « Partage du savoir », 2016.

De la même auteure – Un camp, dans ma ville : Compiègne-Royallieu, Compiègne, Ed. Mémorial de l’internement et de la déportation, 2011. – L’Appropriation des œuvres littéraires en classe de seconde, sous la direction de Jean-François Massol, Thèse de doctorat, Grenoble, 2014.

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