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Couverture de 'La haine de la democratie'

La Haine de la démocratie

Jacques Rancière

Qu’est-ce que la démocratie aujourd’hui ?

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Description

"La Haine de la démocratie" de Jacques Rancière est un essai philosophique qui critique les conceptions contemporaines de la démocratie et les attaques qu'elle subit de la part de ceux qui la considèrent comme une menace pour l'ordre social et économique. Rancière, philosophe et professeur émérite à l'Université de Paris VIII, défend la démocratie comme un régime de participation politique égalitaire qui remet en question les hiérarchies et les privilèges. Il soutient que la haine de la démocratie vient souvent de ceux qui confondent la gouvernance avec la gestion des intérêts de l'élite et qui craignent la capacité du peuple à exercer son autonomie et à revendiquer l'égalité.

Rancière dénonce les tendances antidémocratiques qui se manifestent dans le discours politique et médiatique, et appelle à une réaffirmation de la démocratie comme espace de dissensus et de réinvention de la politique.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Au tournant du siècle et du millénaire, les repères politiques occidentaux s’effondrent. Alors qu’à la fin de la Guerre Froide le monde libéral pensait avoir gagné la bataille et que s’annonçait la « fin de l’histoire », les années 2000 voient naître un resurgir une multitude de contestations, remettant en question le modèle dominant. Alors qu’on pensait que la démocratie allait devenir peu à peu un système politique universel dans un monde meilleur. Or tous les repères politiques furent chamboulés. Plusieurs questions émergèrent alors : faut-il repenser nos systèmes politiques ? Faut-il repenser la démocratie ? Qui est légitime à gouverner ? Le système représentatif tient-il ses promesses démocratiques ? La pensée de Jacques Rancière se situe au cœur de ces questionnements auxquels elle tente de proposer une réponse à partir de trois grands angles. Nous vivons dans des États oligarchiques de droit qui fonctionnent grâce au mécanisme de la représentation.

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02

États oli­gar­chiques de droit et re­pré­sen­ta­tion

Avant tout, pour comprendre le court mais complexe ouvrage qu’est La Haine de la démocratie, il faut identifier le constat initial fait par Jacques Rancière : nos systèmes politiques ne sont pas des démocraties, mais ce qu’il appelle des « États oligarchiques de droit » articulés autour du mécanisme de représentation.

« Nous ne vivons pas dans des démocraties » (p. 81), écrit Rancière vers la fin de l’ouvrage. Nous ne vivons pas non plus dans un État dictatorial ou autoritaire. Nous vivons dans un État de droit dominé par une oligarchie, c’est-à-dire un petit nombre d’élites intellectuelles ou ayant un capital économique important. Dans cet Etat, nos droits et nos libertés individuelles sont en effet garanties : nous pouvons voter, la presse est libre ; mais ils ne le sont que tant que l’ordre règne. Si désordre il y a, on pourra les suspendre : dans le cas d’une menace pour la sécurité du territoire par exemple, comme les émeutes de banlieues en 2005.

Mais quel est donc cet ordre à défendre ? Pour l’auteur, il s’agit de l’ordre oligarchique : l’autre dimension qui caractérise notre système politique est celle-ci d’être dominé par les puissants. Nos systèmes politiques sont donc « entre deux extrêmes » : ils ne sont pas démocratiques, ils ne sont pas pour autant autoritaires, ce sont des États dans lesquels le droit est respecté et l’oligarchie domine. Pourtant, on appelle nos systèmes des démocraties. Mais c’est là un euphémisme qui cache en réalité un système de domination.

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03

La haine de la démocratie

« Il n’y a qu’une seule bonne démocratie, celle qui réprime la catastrophe de la civilisation démocratique » (p. 10), écrit Rancière au tout début de son texte. Cette phrase recèle le sens profond de ce qu’est la haine de la démocratie, que nous tenterons de comprendre dans ces quelques lignes.

Qu’est-ce que « la haine de la démocratie » diagnostiquée dans l’ouvrage ? Elle est déjà présente chez Platon, cette haine, mais prend, au cours de l’histoire, plusieurs formes. Généralement, la haine de la démocratie désigne l’anxiété ou le dégoût que ressentent certains individus lorsqu’ils s’aperçoivent que démocratie signifie que « n’importe qui » peut être au pouvoir. En d’autres termes, le pouvoir du peuple, ça peut être le pouvoir d’une femme, d’un pauvre, d’un ouvrier, d’un fou, etc. En démocratie, lorsque l’on marche dans la rue, on ne distingue pas qui pourrait être au pouvoir et qui ne pourrait l’être, puisque tout le mondepeut être potentiellement investi. C’est cette indistinction qui fait l’objet de la haine identifiée par Rancière.

De nos jours, cette haine prend une forme bien particulière. Les haineux envers la démocratie diagnostiquent une crise civilisationnelle : le problème, ce ne sont pas les institutions démocratiques mais bien ce que la démocratie a provoqué : l’individualisme et les individus égoïstes, appelés « les hommes démocratiques ». Autrement dit, ce sont les individus que la société démocratique a produit en nous mettant tous sur un pied d’égalité. Dans l’oubli des formes collectives du social, telles que la famille ou encore la patrie, s’est créé l’individualisme qui donne lieu soit à des revendications égoïstes, soit, pour ceux que l’on aura « calmés » en leur donnant du pouvoir d’achat, à une avidité de consommation. Pour aller plus loin, nous présenterons chacun de ces deux types d’individus.

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04

Qu’est-ce que la démocratie ?

Si nos systèmes politiques ne sont pas démocratiques, qu’est-ce alors que la démocratie ? Jacques Rancière, dans son travail de philosophe, propose de retrouver le sens originel du mot démocratie en le lavant de toutes les connotations que l’histoire lui a apporté.

En premier lieu, il montre que la démocratie est intimement liée au politique en un sens bien précis. Le philosophe propose la distinction entre la police (l’ordre naturel des choses) et la politique (un ordre contingent, historique, qui se construit avec le temps). Alors que les autres types de régimes sont liées à la police, la démocratie est le seul système dans lequel a lieu la politique puisqu’elle ne reproduit pas un ordre de pouvoir déjà donné. C’est pour cette raison que la démocratie est en un sens un scandale : « un scandale pour les gens de bien qui ne peuvent admettre que leur naissance, leur ancienneté ou leur science ait à s’incliner devant la loi du sort [...] Le scandale est simplement celui-ci : parmi les titres à gouverner[...] le septième titre est l’absence de titre. » (p. 47). Ainsi donc, le scandale de la démocratie, c’est de rendre possible le gouvernement de n’importe qui. Elle se fonde sur sa propre absence de fondement.

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05

Conclusion

En résumé, le diagnostic que propose Jacques Rancière dans La Haine de la démocratie est le suivant : ce que certains voient dans nos démocraties, c’est qu’elles ont provoqué une catastrophe civilisationnelle.

D’une part, elles ont engendré une crise des valeurs combiné à un individualisme égoïste.

D’autre part, elle laisse la porte ouverte au « gouvernement de n’importe qui », chose qui effraie les dominants. Ce que révèle ce diagnostic finalement, c’est à la fois le sens profond du mot « démocratie » et en même temps le fait qu’on ne peut qualifier nos systèmes politiques de la sorte. « Nous ne vivons pas dans des démocraties » écrit Rancière.

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06

Zone critique

La question de la représentation est centrale dans les mouvements politiques actuels. Il est nécessaire de la saisir pour pouvoir comprendre les enjeux des débats les plus contemporains. Nous proposons donc d’approfondir cette question en se référant à un autre auteur contemporain de taille, l’historien Pierre Rosanvallon.

Dans son ouvrage Le Peuple introuvable, Pierre Rosanvallon retrace l’histoire du système représentatif, ou de ce qu’il nomme « l’aporie constitutive du gouvernement moderne » : l’histoire du système politique contemporain est l’histoire d’une tentative de conciliation entre souveraineté du peuple et gouvernement par un petit nombre. L’historien démontre grâce à une argumentation solide que la représentation est vouée à échouer dans son projet même, tout simplement parce que le peuple est composé de multiplicité, alors que le gouvernement prétend représenter n’en qu’« un ». Rosanvallon écrit alors que « si le principe de la souveraineté du peuple fonde avec évidence la politique moderne, sa mise en œuvre apparaît fort incertaine » (Rosanvallon).

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07

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – La Haine de la démocratie, Paris, La Fabrique, 2013.

Du même auteur – La leçon d'Althusser, Paris, La Fabrique, 2012. – La nuit des proletaires. Archives du rêve ouvrier, Paris, Pluriel, 2017. – Avec Eric Hazan, En quel temps vivons-nous ?, Paris, La Fabrique, 2017. – Les temps modernes : art, temps, politique, Paris, La Fabrique,2018.

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