Télécharger l'app

Scanne. C'est dans ta poche.

QR Code — Dygest

Ouvre l'app Appareil photo, pointe sur le code. C'est gratuit à l'essai.

Couverture de 'La guillotine et limaginaire de la terreur'

La Guillotine et l’imaginaire de la Terreur

Daniel Arasse

L'impact de la guillotine dans la révolution française

Écouter l'extrait du podcast :
0:00 --:--

Description

Daniel Arasse se propose de déconstruire les préjugés tissés autour d’un sujet inouï : la mise à mort pendant l’ère de la Terreur en France. Sans vouloir réhabiliter la guillotine jacobine, il se donne pour tâche de comprendre la réputation et la répulsion qui entourent ce dispositif technique et politique : « son abject prestige ».

Instrument terrifiant pour les contemporains, la machine à décapiter a été en fait conçue par un médecin français pour des raisons « humanitaires » : abréger les souffrances des condamnés à mort et rendre la peine moins humiliante. Pour l’auteur, la guillotine devient un prétexte d’histoire des mentalités et il s’intéresse également aux représentations artistiques de ce dispositif.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Comment expliquer la fascination et la terreur qu’inspire depuis plusieurs siècles la machine à décapiter ? Innovation troublante, elle a transformé les représentations de la mort construites pendant l’Ancien Régime et jusqu’à sa construction effective. Avant que cette machine révolutionnaire ne soit inventée et imposée en place par un certain Guillotin, la peine de mort était inséparable d’une souffrance prolongée et dégradante.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

02

« Avec ma machine, je vous fais sauter la tête en un clin d’œil »

Selon Arasse, a posteriori, la trajectoire et la carrière médicale et sociale de Joseph-Ignace Guillotin s’exprime parfaitement dans une proposition formulée à la fin de l’année 1789 par « laquelle il léguera, malgré lui, son nom à l’Histoire ». Membre de la Compagnie de Jésus depuis 1756, Guillotin a quitté les pères en 1763 pour étudier la médecine et, en 1770, il est nommé docteur à Paris. En 1788, alors âgé de cinquante ans, c’était déjà un personnage important de la capitale, statut qui lui permet de proposer au roi un document intitulé « Pétition des citoyens domiciliés à Paris », dans lequel il réclame le droit du tiers état d’avoir un nombre de députés au moins égal à celui des deux autres ordres (le clergé et la noblesse).

À la suite de cette pétition, il est nommé l’année suivante député du tiers état, ci qui lui donne l’occasion de prononcer un discours par lequel il recommande à l’Assemblée constituante de réformer le système pénal de l’Ancien Régime. Ce discours du 10 octobre 1789 inclut notamment un projet de loi en six articles qui soutenait la suppression des discriminations liées au « rang et à l’état du coupable » au sujet de la peine de mort. Guillotin proposait également l’utilisation d’un seul supplice, quelle que soit la nature du délit dont l’accusé sera rendu coupable et dans tous les cas où la loi prononcera la peine de mort : le criminel sera décapité par l’effet d’une « simple mécanique ».

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

03

Un dispositif « humanitaire »

Même si Guillotin a prêté involontairement son nom à la machine à décapiter, l’histoire de cet instrument associé avec l’ère de la Terreur en France a commencé bien avant la Révolution de 1789. En fait, cette machine de mise à mort n’est même pas une invention française, car son existence est attestée un peu partout en Europe plusieurs siècles avant le projet de loi de Guillotin. Par contre, elle a été employée systématiquement, programmatiquement et sur une large échelle pour la première fois en France, à l’ère de la Terreur.

L’implication des médecins dans la conception de la guillotine suggère la possibilité d’une mort douce, une volonté de supprimer la vie des criminels avec précision, sans souffrance, même si la société française ne pouvait pas encore se dispenser de punir de mort certains accusés.

Un tel projet humanitaire obtint du succès parmi les législateurs parce que les Lumières étaient déjà en train de reconsidérer les techniques anciennes de torture : la perspective des corps déchirés, brûlés, démembrés scrupuleusement et avec beaucoup de patience leur semblait de plus en plus inacceptable. Les instruments le plus souvent employés pour ces tortures terrifiantes devaient être remplacés par une machine capable de tuer rapidement et efficacement. À la souffrance physique épouvantable du supplice qui se prolongeait d’habitude pendant des heures ou des jours entiers s’ajoutait également un fort côté humiliant. Par exemple, le gibet et la roue étaient considérés comme des machines honteuses pour les victimes elles-mêmes, mais aussi pour leurs familles, qui risquaient de voir leur réputation entachée sur plusieurs générations.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

04

Le théâtre de la dé­ca­pi­ta­tion

Malgré le mépris qui se répandait rapidement parmi les législateurs à l’égard des techniques barbares de torture justifiées partiellement par des superstitions religieuses, l’exécution du roi a réinvesti soudainement le supplice d’une aura de sacralité. En fait, selon Arasse, la Révolution a fondé sa légitimité par le sang du roi Louis XVI, car juger et condamner à mort un tyran avait quelque chose de solennel et de religieux. La décapitation du roi a fonctionné comme un spectacle « baptismal » auquel faisait référence désormais chaque nouvelle exécution publique.

Ainsi, le scénario et les décors de ce parricide collectif ont été remis en scène symboliquement au cours de plusieurs siècles. Sur l’échafaud, les gestes des bourreaux devaient se reproduire presque à l’identique, faisant référence au régicide plus ou moins subtilement. Par ailleurs, ces rituels comportaient aussi un deuxième sens : le châtiment se mécanisait jusqu’au point de garantir le caractère immanquable de l’exécution, ce qui requérait également un dispositif mécanique capable de produire une mort instantanée. La mise en scène de la mort se composait désormais de deux moments, à savoir l’avant et celui l’après, car l’acte en lui-même devenait presque invisible, grâce à la rapidité de la guillotine.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

05

La dé­mo­cra­ti­sa­tion de l’exécution phi­lan­thro­pique

Avant Arasse, Michel Foucault avait déjà montré comment l’ancienne logique de la torture a été remplacée par une nouvelle conception de la peine capitale : « La souffrance physique, la douleur du corps lui-même ne sont plus les éléments constituants de la peine. Le châtiment est passé d’un art des sensations insupportables à une économie des droits suspendus » .

Ainsi la pénalité devient presque « incorporelle », car elle vise la privation des droits de la personne, plutôt que la torture du corps. Dans ce changement de perspective, la guillotine est présentée comme le « plus doux des moyens mortifères », selon l’expression des frères Goncourt .

La proposition de Guillotin a fait histoire notamment parce qu’elle a déclenché une nouvelle vision de la fin de vie : sa machine était aussi politique parce qu’elle pouvait assurer une forme d’égalité des citoyens devant la mort. Désormais, tout condamné à mort aurait la tête coupée et ressentirait la souffrance la plus courte possible lors de cette peine, démocratisation qui transforma la guillotine en un objet de culte : par exemple, elle était souvent désignée, à l’ère de la Terreur, « la Sainte Guillotine ». Instrument d’égalisation sociale et d’humanisation du châtiment, elle bouleverse une longue histoire très discriminatoire au sujet de la mise à mort.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

06

Conclusion

L’analyse de l’introduction et des fonctions multiples de la guillotine devient un prétexte pour brosser une radiographie de la société française, bouleversée par les changements produits après la Révolution. La machine à décapitation forge une nouvelle vision de la mort, mais également un nouveau projet communautaire, fortement idéalisé.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

07

Zone critique

Ouvrage captivant, grâce à son sujet inédit, « La guillotine et l’imaginaire de la Terreur » ressemble sur certains points à un livre de vulgarisation, qui survole avec légèreté et élégance plusieurs disciplines sans exercer pour autant une méthode scientifique très rigoureuse. La guillotine se transforme pour l’auteur en un objet de digression philosophique, mais l’argumentation avance parfois sur des pistes d’analyse prometteuses pour se perdre ensuite dans une évocation d’anecdotes sans doute intéressantes, mais au risque de décevoir un lecteur plus amateur de débats axiologiques.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – La guillotine et l’imaginaire de la Terreur, Paris, Flammarion, 1987, Coll. « Champs histoire ».

Du même auteur – Le Détail. Pour une histoire rapprochée de la peinture, Paris, Flammarion, 1992. – Le Sujet dans le tableau. Essais d’iconographie analytique, Paris, Flammarion, 1997. – On n’y voit rien. Descriptions, Paris, Denoël, 2000.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !