
La Guerre des vaccins
Histoire des enjeux vaccinaux
Description
Depuis que des virus autrefois dangereux, voire mortels, n’inquiètent plus personne, tout un tas d’individus remettent en cause l’utilité des vaccins, oubliant que ce sont ces vaccins qui les ont rendus inoffensifs.
Patrick Zylberman tente d’analyser dans La Guerre des vaccins les motivations de ceux qui refusent toute forme de vaccination, estimant qu’il faut laisser faire la nature, et de ceux qui contestent l’obligation vaccinale, suspectée de réduire la liberté individuelle. La guerre des vaccins, c’est en fait celle qui oppose légitimité démocratique et légitimité scientifique.
Sommaire
01Introduction
En cette année 2020 où une pandémie contraint le monde au confinement et à la distanciation sociale, la seule solution pour un retour à la normale semble résider dans la rapide mise au point d’un vaccin efficace. Cette situation inédite illustre parfaitement le paradoxe des vaccins : indispensables lors des crises sanitaires, ils apparaissent facultatifs, voire inutiles ou dangereux, lorsque tout va bien. Mais nous oublions vite que, si tout va bien, c’est justement parce qu’ils existent. Alors pourquoi certains s’opposent-ils à la vaccination ?

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02Couverture vaccinale
La crise provoquée par la Covid-19 a le mérite de nous rappeler un fait que nous avions un peu perdu de vue : la grande utilité des vaccins. Une bonne couverture vaccinale permet au plus grand nombre d’entre nous de vivre en bonne santé. Son efficacité nous donne même l’impression que les maladies dont nous sommes protégés appartiennent au passé. Vient alors une question somme toute légitime : est-il encore nécessaire de se faire vacciner contre des maladies qui peut-être n’existent plus ? La poser en ces termes, c’est déjà y répondre, ou tout du moins semer la graine du doute. Après tout, la variole a bien été éradiquée, non ?

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03Lien de causalité
Qu’importe, pour les antivaccins, qu’on puisse encore mourir d’une rougeole du fait d’un défaut de vaccination, qu’importe également que les vaccins aient protégé efficacement l’humanité contre de très nombreuses maladies. Pour eux, la vaccination est, a priori, suspecte.
Et cette suspicion remonte aux prémices de la vaccination. Il faut rappeler que le terme « vaccin » vient du latin vacca, qui signifie « vache », parce qu’au XVIIIe siècle la matière inoculée pour immuniser une personne provenait souvent de cet animal. De là deux objections à la méthode : d’une part l’idée qu’on administre les germes d’une maladie à un sujet bien portant ; d’autre part, et surtout, le fait qu’on brise la barrière des espèces, remettant ainsi en cause l’ordre divin. « En plus de pervertir la nature humaine, la vaccination […] pervertissait la Providence divine » (p.109).

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04Profanes et experts
Finalement, ce qui se dessine à travers cette « guerre des vaccins », ce sont les profils des belligérants. D’un côté, donc, des antivaccins dont les convictions sont étayées par des peurs ancestrales, des doutes alimentés par de réels scandales sanitaires et des cas qui semblent conforter leur méfiance. De l’autre, des scientifiques, appuyés par les autorités, prônant une vaccination qui ne devrait plus avoir à prouver son efficacité. Combien en effet de malades, mais aussi de morts, ont été évités grâce à ce principe ? Les éventuels effets négatifs d’une vaccination sont largement compensés par les bénéfices de celle-ci.

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05Optique démasquante
C’est là un point essentiel. En vérité, les antivaccins restent minoritaires dans la population. Pourtant leur parole bénéficie d’un large écho auprès d’une population aux positions moins radicales, mais sensible à un discours qui frappe davantage les esprits qu’une austère démonstration scientifique.
Si de plus en plus de personnes ne se vaccinent plus, ce n’est généralement pas parce qu’elles sont vent debout contre les vaccins, mais plus prosaïquement parce qu’elles ont négligé de le faire. Mais qu’un scandale sanitaire éclate, et le doute s’installera ensuite chez elles. Et pour peu qu’elles prêtent l’oreille à certains messages de militants antivaccins, selon lesquels par exemple la vaccination n’est encouragée que pour enrichir l’industrie pharmaceutique, et elles risquent de rejoindre les antivaccins les plus radicaux.

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06Obligation vaccinale
La dénonciation d’un prétendu complot s’avère une arme efficace pour permettre aux antivaccins les plus acharnés de répandre leurs idées. Pour autant, si cette stratégie bénéficie d’une large audience, elle peine à convaincre au-delà du cercle des militants. C’est qu’en fait la plupart des gens ne s’opposent pas au principe de la vaccination en soi, mais plutôt à son obligation.
La guerre des vaccins est ainsi le théâtre d’un nouvel antagonisme : la liberté individuelle, par laquelle chacun est libre de se faire vacciner ou non, contre l’intérêt collectif, qui fait de la vaccination un devoir moral puisque tout individu qui se vaccine contribue non seulement à sa santé, mais aussi à celle des autres. Les antivaccins n’ont donc pas tardé à clamer que « la vaccination obligatoire portait atteinte à la liberté des individus et n’avait été adoptée en vérité que pour satisfaire l’intérêt pécuniaire des médecins vaccinateurs » (p.110).

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07Harm principle
C’est là le nœud du problème. « On ne peut pas vouloir une chose et son contraire : une sécurité sanitaire la plus rigoureuse possible pour la collectivité et des libertés individuelles en tous points préservées et inchangées » (p.169).
N’en déplaise aux antivaccins, il existe des cas où la liberté individuelle doit pouvoir s’effacer devant l’intérêt collectif, et c’est particulièrement vrai pour l’obligation vaccinale. Si le refus de se faire vacciner entraîne un risque grave pour autrui, alors la vaccination doit être obligatoire. C’est ce que John Stuart Mill a appelé le harm principle. Cette logique rationnelle, partiellement acceptée par la population, ne saurait suffire à emporter l’adhésion des antivaccins radicaux.

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08Conclusion
La Guerre des vaccins, de Patrick Zylberman, met en lumière une série d’antagonismes contemporains à travers l’opposition entre les pro- et les antivaccins : expert contre profane ; raison contre émotion ; intérêt collectif contre liberté individuelle… Cette guerre ne se limite donc pas à un simple problème sanitaire, mais symbolise une véritable fracture entre deux légitimités.

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09Zone critique
Dans cette Guerre des vaccins, Patrick Zylberman a clairement choisi son camp, et c’est celui des vaccins. On peut donc légitimement penser qu’il souhaite persuader un grand nombre de personnes du bien-fondé de la vaccination. Pour cela, il ne manque pas d’arguments, de statistiques, d’exemples et d’érudition. Pourtant, il est permis de croire qu’il ne séduira que les convaincus. Pour les antivaccins, c’est raté. Pourquoi ? Parce que son propos est moins de promouvoir la vaccination que de dézinguer les antivaccins, considérés parfois avec mépris.

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10Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Patrick Zylberman, La Guerre des vaccins, Paris, Odile Jacob, 2020.

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