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Couverture de 'La guerre des metaux rares'

La Guerre des métaux rares

Guillaume Pitron

Enquête sur les enjeux géopolitiques des métaux rares

Écouter l'extrait du podcast :
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Description

"La Guerre des métaux rares" de Guillaume Pitron est un essai d'investigation qui met en lumière les enjeux géopolitiques, environnementaux et économiques liés à l'exploitation des métaux rares. Ces métaux sont essentiels à la fabrication de nombreuses technologies modernes, notamment les énergies renouvelables, les smartphones et les véhicules électriques.

Pitron révèle les dessous peu reluisants de cette industrie, souvent présentée comme une solution aux défis climatiques, en exposant les dommages écologiques et les conflits liés à l'extraction de ces ressources. L'auteur analyse également la dépendance des pays occidentaux vis-à-vis de la Chine, qui détient un quasi-monopole sur la production et le traitement des métaux rares. "La Guerre des métaux rares" est un appel à repenser notre transition énergétique et à prendre conscience des implications de notre consommation technologique.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Les technologies dites « vertes » (green tech) transforment le monde comme la machine à vapeur en son temps. Cette fois, on ne se rue ni sur le charbon, ni sur le pétrole qui l’a remplacé, mais sur des métaux aux noms exotiques : béryllium, niobium, tantale, cobalt… Dans la nature, ces éléments sont présents à l’état de traces. En particulier les terres rares, groupe le plus discret de ces métaux sans substituts connus : 17 éléments appelés à devenir célèbres : lanthane, cérium, gadolinium… L’exploitation porte sur des quantités relativement faibles. La production de gallium est ainsi de 600 tonnes par an, alors que celle du cuivre atteint 154 millions de tonnes (Mt).

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02

Des propriétés très recherchées

Les métaux rares ont en effet des propriétés chimiques, optiques ou catalytiques exceptionnelles. Ils permettent d’utiliser les LED (Light-Emitting-Diode) dans l’éclairage et de transformer nos pots d’échappement en pièges à particules. Mais ce sont d’abord leurs propriétés électromagnétiques qui intéressent le secteur de l’énergie. Quand un courant électrique traverse le champ magnétique de deux aimants convenablement orientés, il génère en effet une force qui les fait pivoter l’un par rapport à l’autre.

C’est le principe du moteur électrique. Les propriétés des métaux rares permettent aujourd’hui de produire des aimants très puissants (le plus gros, 132 t, est au CEA de Saclay) ou, à puissance égale, de réduire la taille des aimants, pour fabriquer une brosse électrique par exemple. Sans de tels aimants, l’avion solaire Solar Impulse n’aurait jamais décollé.

Les aimants dopés aux métaux rares sont les auxiliaires des moteurs électriques qui envahissent notre quotidien, et rendent plausible la transition énergétique. Mais ces moteurs sont alimentés depuis des batteries, elles-mêmes tributaires des métaux rares. Pour charger ces accus, il faut aussi produire de l’énergie avec le vent, ce qui suppose des éoliennes, donc de gros aimants, ou employer des panneaux solaires qui font appel au gallium, au sélénium et à l’indium.

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03

Une ex­ploi­ta­tion sans retenue

Accompagnant et décuplant les effets des green tech, les technologies numériques sont également avides de métaux rares. Téléphones et ordinateurs portables avalent 19 % du palladium mondial, 23 % du cobalt.

Et le fonctionnement de ces équipements est énergivore. L’ADEME a montré que l’envoi d’un mail avec une pièce jointe représente la consommation électrique d’une ampoule basse consommation pendant une heure. Un data center, celle d’une ville de 30 000 habitants. Le cloud ? La dématérialisation ? Au niveau de la planète, les TIC (technologies de l’information et de la consommation) consomment 10 % de l’électricité mondiale et produisent 50 % de plus de gaz à effet de serre que le transport aérien, souligne l’auteur. Le verdict est terrible. « Un monde à 7,5 milliards d’individus va consommer, au cours des trois prochaines décennies davantage de métaux que les deux mille cinq cents générations qui nous ont précédés » (p. 83). Le bilan est d’autant plus lourd que l’extraction de métaux rares est polluante.

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04

Les grandes manœuvres chinoises

En pesant sur les cours à la baisse, Pékin a d’abord fragilisé les mines, ce qui a conduit à leur fermeture ou à leur rachat : à Mountain Pass, au Canada, etc. Mais le monopole chinois a emprunté d’autres voies, comme le montre l’histoire de Rhône Poulenc (Solvay), dont l’usine de La Rochelle purifiait huit à dix mille tonnes par an de terres rares : 50 % du marché mondial. Confronté à des problèmes de pollution, l’industriel décida de ne plus faire entrer de produit radioactif dans son usine. Il s’adressa aux Norvégiens dans les années 1990, mais les Chinois se révélant beaucoup plus compétitifs, les Français dépendent aujourd’hui des mineurs de Baotou.

Les Chinois utilisent aussi les pressions politiques, comme au Kirghizistan, où la licence octroyée à une compagnie canadienne a été retirée sans justification. En fait, tous les moyens sont bons. Même le jeu trouble joué par Bill Clinton vis-à-vis de la Chine (le Chinagate) n’est pas sans questionner. Le parti démocrate et son candidat ont été subventionnés par la Chine. Le transfert de technologie auquel le Président a sacrifié pourrait avoir porté sur les aimants aux terres rares.

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05

Un nouvel ordre mondial

Si la transition énergétique repose sur un jeu de dupes, Pékin dispose d’un joker. Contrairement aux démocraties occidentales, le régime chinois peut mener une action à long terme, sans se soucier des revendications des mineurs ou des écologistes. Malgré les plaintes à l’OMC , la Chine contrôle désormais 61 % du silicium mondial, 67 % du germanium, 84 % du tungstène, 44 % de l’indium, et elle étend sa politique à toutes les ressources sous tension.

Maîtriser le robinet des métaux rares, comme l’OPEP l’a fait avec le pétrole, n’est pas sans arrière-plan militaire. Si les besoins des armées sont quantitativement faibles (200 t d’aimants/an pour l’armée américaine ?), les technologies concernées sont particulièrement sensibles. Guillaume Pitron prend comme exemple le F35. Cet avion intègre de petits aimants produits en Chine, car il aurait coûté trop cher de changer de fournisseur, quand sa véritable nationalité a été découverte. L’aviation américaine est-elle ainsi à la merci de Pékin, comme le craignent certains ?

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06

La course aux ressources

La course aux métaux rares bouleverse les relations internationales. Le détroit d’Ormuz ne sera bientôt qu’un souvenir. L’attention va plutôt se focaliser sur la Corée du Nord, qui dispose d’un formidable gisement de terres rares. Et sur ces acteurs qui apparaissent en Amérique du Sud, en Afrique, ou aux portes de l’Asie. L’Allemagne fait les yeux doux à la Mongolie, alors que la France prospecte au Kazakhstan. Quant au Japon il a intégré les terres rares à sa diplomatie.

Tant que le régime chinois n’aura pas évolué, c’est ce genre d’intervention qu’il faut redouter, résume Guillaume Pitron. Car il n’y a guère d’alternatives. Le recyclage des métaux rares n’est pas au point, d’autant qu’ils peuvent être amalgamés avec d’autres composants. Malgré les expériences menées par Hitachi, le recyclage n’a aucun modèle économique viable, surtout quand Pékin manipule les cours. Le taux de récupération des rares oscille donc, sauf exception, entre 0 et 3 %.

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07

Conclusion

Si chaque habitant de la planète ne consomme que 17 grammes de terres rares par an, la consommation va exploser dans les années qui viennent. Car les métaux rares sont au cœur des énergies renouvelables et des TIC. À tel point que leur épuisement se profile, et qu’il faut déjà craindre une mise à sac des océans. La transition énergétique a donc un côté sombre : une nouvelle dépendance, une production qui détruit l’environnement, des populations contaminées, et des techniques qui émettent du CO2 .

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08

Zone critique

Rares sont les publications sur le sujet de l’extraction minière. Mais Guillaume Pitron produit ici un livre percutant et équilibré, qui associe des reportages de terrain, des rencontres avec des experts, et des données puisées dans les rapports les plus pertinents. Les prix qu’il a reçus témoignent de la qualité de son travail. L’écriture est claire, et l’auteur sait user des statistiques.

Ce livre convaincant fait toutefois l’impasse sur des données essentielles. On ne sait pas, malgré six ans d’enquête, quels volumes de métaux rares sont présents dans un panneau solaire, une éolienne ou une batterie standard, qui sont au centre de cet ouvrage. Dès lors, dans la consommation de métaux et de terres rares (130 000 t/an), comment chiffrer ce qui revient réellement aux énergies renouvelables ?

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – La guerre des métaux rares : la face cachée de la transition énergétique et numérique, Paris, Les liens qui Libèrent, 2018.

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