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Couverture de 'La guerre des intelligences'

La guerre des in­tel­li­gences

Laurent Alexandre

Réflexions sur l'intelligence artificielle

Écouter l'extrait du podcast :
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Description

"La Guerre des intelligences" de Laurent Alexandre est un ouvrage incontournable qui explore les enjeux de l'intelligence artificielle et son impact sur la société. L'auteur aborde de manière percutante les défis éthiques, économiques et sociaux posés par le développement rapide de l'IA. À travers cet ouvrage, Alexandre offre une analyse approfondie des implications de l'IA sur le marché du travail, la médecine, l'éducation et la gouvernance.

Publié en 2017, ce livre a suscité de vifs débats et demeure une référence pour quiconque s'intéresse aux questions cruciales soulevées par l'avènement de l'intelligence artificielle.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

L’intelligence est la capacité à acquérir, à retenir et à utiliser les savoirs. Plus que les différences de genres, d’ethnie ou d’origine sociale, les différences d’intelligence sont la source de profondes inégalités entre les hommes.

En effet, un quotient intellectuel (QI) élevé est non seulement corrélé à la richesse des individus mais, de plus, à leur santé et à leur longévité. Dans son ouvrage, Laurent Alexandre démontre que les inégalités basées sur les différences d’intelligence sont amenées à se creuser. À l’heure où l’intelligence artificielle automatise, à moindre coût, des tâches intellectuelles de plus en plus sophistiquées, un haut QI devient une condition nécessaire pour accéder au marché du travail. Plus inquiétant encore : à mesure que les technologies pour doper artificiellement l’intelligence humaine se développent, nous pouvons craindre que s’opère une scission entre l’élite qui en bénéficiera et le reste de l’humanité.

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02

Le crépuscule de la politique

L’avenir aura-t-il besoin de nous ? C’est une question que l’on peut légitimement se poser face à la révolution numérique.

Dans la nouvelle économie qui se dessine sous nos yeux, une poignée de petits génies en informatique peut ringardiser un secteur entier de l’économie (pensons à l’impact d'AirBNB, Amazon, Netflix ou Uber sur leurs secteurs respectifs). Dans ce contexte, seuls ceux qui sont les plus capables d’adaptabilité et de flexibilité mentale tirent leur épingle du jeu. Le problème est que ces compétences sont inégalement réparties dans la population. En particulier, la reconversion des travailleurs peu qualifiés qui subissent de plein fouet la diminution des emplois industriels est compromise… Et lorsque les politiciens se rendent à leur chevet, ils ne peuvent généralement qu’avouer leur impuissance ou formuler des promesses qu’ils ne sauront tenir.

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03

Le tabou du QI

La lutte contre les discriminations est le cheval de bataille de nombreuses associations et l’objet d’un pan entier de l’action publique en France. Pour cause : lutter contre les discriminations basées sur le genre, les préférences sexuelles, la religion ou l’origine, c’est favoriser la réussite professionnelle et sociale des publics les plus fragiles. L’auteur s’étonne alors que l’on n’ait jamais envisagé d’étendre cette idée généreuse aux discriminations basées sur les inégalités en matière d’intelligence.

Une raison généralement avancée, pour esquiver la discussion, est que le concept d’intelligence serait mal défini et que le QI ne permettrait qu’imparfaitement de la mesurer. C’est en partie vrai. Mais il n’existe pas, à ce jour, de meilleur indicateur de l’intelligence que le QI. Plus fondamentalement, l’intelligence, telle qu’elle est mesurée par le QI est le meilleur prédicteur de la réussite scolaire et professionnelle d’un individu (en comparaison par exemple de la motivation, l’estime de soi ou encore de l’autodiscipline). Qu’on le veuille ou non : les personnes à faible QI partent avec un lourd handicap . Dans le même temps, on comprend la difficulté à aborder les inégalités intellectuelles dans le débat public…

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04

L’école a peu de prise sur l’in­tel­li­gence

Le constat est ancien : l’école est une machine à perpétuer les inégalités de départ. C’était déjà la thèse défendue Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron dans Les Héritiers (1964). En croisant les enquêtes socio-culturelles aux statistiques sur la réussite aux examens des étudiants, les deux sociologues observaient que les bons élèves étaient très majoritairement issus des milieux aisés et cultivés.

Partant d’un tel constat, on cherchera traditionnellement à compenser les inégalités de départ en attribuant plus de moyens et d’attention aux publics les plus défavorisés. Mais c’est, selon l’auteur, faire preuve d’un trop grand optimisme dans le pouvoir de l’école.

Laurent Alexandre soutient en effet qu’on naît intelligent plus qu’on le devient. La méthode privilégiée, pour mesurer la part de l’inné et de l’acquis dans la réussite scolaire et professionnelle des individus, consiste à comparer les performances de jumeaux ayant grandi séparément. En effet, dans la mesure où les jumeaux partagent quasiment 100% de leur patrimoine génétique, les différences que l’on observera pourront être imputées aux variations d’environnements. Les études menées dans cette perspective tendent à montrer que le patrimoine génétique pèse plus que l’environnement scolaire dans la réussite des individus ayant participé aux études. La conclusion qu’en tire l’auteur est sans concession : alors que les différences d’habilités intellectuelles ont un impact décisif sur la vie des gens, l’institution que nous avons conçue pour rétablir l’égalité ne peut le faire efficacement.

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05

L’école doit devenir une branche de la médecine

C’est sans aucun doute la thèse la plus audacieuse du livre : si l’on veut démocratiser l’accès à l’intelligence, il faut que l’intelligence devienne une branche de la médecine. Pour le dire en des termes moins pudiques : il faut remplacer les méthodes d’éducation traditionnelles par un recours massif et généralisé à l’eugénisme et au transhumanisme. L’école, telle qu’on la connaît, repose en effet sur une technologie archaïque de transmission des connaissances. Cela est frappant si l’on compare, comme nous y invite l’auteur, l’évolution de l’enseignement à l’évolution de la médecine. Il n’y a, en effet, rien de commun entre un bloc opératoire dans un hôpital du début du siècle et un hôpital de 2020. Un fossé sépare les technologies employées, les savoirs déployés n’ont plus rien à voir.

En revanche, une salle de classe du début du XXe siècle nous serait étrangement familière : un professeur essaie tant bien que mal de faire passer des connaissances dans les jeunes cerveaux par la parole, la lecture et l’exercice. Alors que la médecine a opéré une révolution scientifique, l’éducation repose encore sur une méthode intuitive et artisanale. Mais, et c’est ce qui justifie la rupture souhaitée par l’auteur, quand bien même on arriverait à traduire les avancées de la recherche en psychologie de l’apprentissage en pratiques éducatives plus efficaces, les gains en matière d’intelligence seraient marginaux par rapport à l’enjeu.

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06

Conclusion : L’eugénisme est-il un humanisme ?

En 2016, une enquête internationale montrait que 13% des français jugeaient positivement l’augmentation du quotient intellectuel des enfants en agissant sur les embryons. De leurs côtés, les Indiens y étaient favorables à 38% et les Chinois à 39%. Le bioconservatisme des français et, plus généralement, des européens trouve ses racines dans l’histoire du XXe siècle : nous associons les tentatives de sélection génétique aux horreurs du régime nazi. Partant, nous sommes peut-être tombés dans l’excès inverse : « Le traumatisme de l’horreur nazie et le refus de croire au goulag stalinien ont durablement biaisé le débat en faveur de la vision marxiste niant toute idée d’une part innée dans ce que nous sommes » (p. 106). Nous pourrions donc avoir tendance à surestimer la capacité du système éducatif à rendre les hommes meilleurs. Mais si une partie de la population mondiale empreinte le toboggan de l’eugénisme, notre culture égalitaire accepterait-elle de condamner ses enfants à devenir le prolétariat intellectuel de la planète ?

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07

Zone critique

La thèse de l’auteur, comme on pouvait s’y attendre, a déclenché de vives réactions dans les milieux universitaires. Il lui a été, en particulier, reproché de manier avec trop de légèreté l’idée d’un héritage biologique de l’intelligence.

En effet, si on ne peut pas nier la prédisposition génétique, les études divergent sur le poids de l’environnement (familiale, éducatif) dans le développement réel de l’intelligence. Ainsi, aux résultats retenus par l’auteur sur les jumeaux répondent d’autres études démontrant que le poids de la génétique dans l’accomplissement scolaire et professionnel d’un individu dépendent de la société dans laquelle il évolue. S’il y a un consensus, c’est plutôt sur le fait que les gênes ne codent pas un destin, mais une potentialité. Il serait, dès lors, douteux de renoncer aux efforts pour améliorer l’école et les pratiques éducatives. Et ce d’autant plus que tout ce que l’on peut dire à ce jour sur les moyens d’augmenter artificiellement l’intelligence est spéculatif.

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08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé

– La guerre des intelligences, Intelligence artificielle versus intelligence humaine, Paris, JC Lattès, 2017.

Du même auteur

– La Mort de la mort : comment la technomédecine va bouleverser l'humanité, Paris, JC Lattès, 2011. – La Défaite du cancer, Paris, JC Lattès, 2014. – Avec Jean-François Copé, L'IA va-t-elle aussi tuer la politique ?, Paris, JC Lattès, 2019.

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