
La Grande Fracture
« Du 1%, pour le 1%, par le 1% »
Description
"La Grande Fracture" de Joseph Stiglitz, est un essai économique qui analyse les causes et les conséquences des inégalités croissantes dans le monde. Stiglitz, économiste lauréat du prix Nobel, critique les politiques économiques néolibérales et les structures de pouvoir qui favorisent l'accumulation de la richesse au sommet de l'échelle sociale au détriment de la majorité de la population. L'auteur propose une analyse détaillée des mécanismes économiques et politiques qui ont conduit à une concentration de la richesse et du pouvoir, exacerbant les inégalités sociales, économiques et politiques.
Stiglitz explore les effets délétères de ces inégalités sur la cohésion sociale, la démocratie, et le bien-être économique global.
Sommaire
01Introduction
Dans chacun des articles, qui confèrent au livre le statut de chronique économique de la décennie, la problématique des inégalités est appréhendée via l’analyse de la crise financière, de la mondialisation, du système éducatif, du système de santé, des politiques économiques ou encore du fonctionnement de la démocratie américaine. Stiglitz défend deux grandes thèses.

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02Les inégalités, cause de la crise financière et conséquence des politiques économiques
Stiglitz considère que les inégalités de richesse sont pour partie responsables de la crise financière de 2008. Les faibles revenus des ménages américains les plus pauvres les ont contraints à s’endetter afin de parvenir à financer leur achats courants (crédit à la consommation) mais aussi de logements (crédit subprime). Or, au moment où l’économie américaine est entrée en récession, ils n’ont pas été en mesure de rembourser les emprunts contractés, souvent à taux variables, plongeant le système financier dans la tourmente.
Puisque la crise immobilière et financière résulte des inégalités économiques, Stiglitz s’efforce de remonter aux origines de ces dernières. Il les trouve dans la bulle financière des nouvelles technologies du début des années 2000 et la politique monétaire laxiste d’Alan Greenspan, les faibles taux d’intérêt soutenant artificiellement la demande. Une loi de 2005 sur les faillites a de surcroît renforcé le pouvoir des prêteurs par rapport à celui des emprunteurs, soit des individus et entreprises ayant des besoins de financement.

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03Une critique de l’administration Obama
Bien qu’intellectuel proche du parti démocrate, Stiglitz n’est pas tendre envers l’administration Obama. La suppression du Glass-Steagal Act en 1999, sous Clinton, avait contribué à faire disparaître des contraintes pesant sur les entreprises financières, les incitant à prendre des risques croissants. La loi Dodd-Frank votée sous Obama est, aux yeux de Stiglitz, une demi-mesure, qui n’interdit pas aux sociétés de crédit de créer des produits financiers dérivés à l’origine de la dérive spéculative.

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04La mondialisation et le progrès technique sont-ils coupables ?
Joseph Stiglitz se penche sur un second coupable potentiel de la hausse des inégalités. Il est souvent avancé que celle-ci résulte de la combinaison de la mondialisation et d’un progrès technique biaisé en faveur des emplois qualifiés dans les pays développés. Stiglitz affirme à plusieurs reprises que ces deux facteurs ne sont pas les seuls responsables. Mais on assiste en effet à une convergence des revenus des classes moyennes asiatiques, lesquels sont en hausse, avec ceux des classes moyennes occidentales, qui stagnent, voire diminuent.
Concernant l’aspect commercial de la mondialisation, Stiglitz rappelle qu’il n’y a aucune garantie que les accords de commerce créent plus d’emplois qu’ils n’en détruisent. La destruction d’emploi est généralement immédiate, tandis que le processus de création d’emplois stables est à plus long terme. Par ailleurs, la conséquence d’un accord de commerce dépend toujours de la dynamique entre les exportations et les importations générées.

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05L’inégalité des chances : santé et éducation
Les inégalités économiques se cumulent avec les inégalités d’accès à l’éducation et à la santé. Aux États-Unis, pays pourtant culturellement fondé sur le mythe du self-made man et de la mobilité sociale, l’égalité des chances est moindre qu’en Europe. Un enfant sur cinq, soit 15 millions d’individus, grandit dans une famille pauvre, où les chances de souffrir d’obésité, de trouble de l’attention ou encore de la pollution environnementale sont nettement supérieures au reste de la population.
Stiglitz juge le système de santé américain avec sévérité. Les puissants lobbys pharmaceutiques œuvrent afin de conserver leurs rentes. La propriété intellectuelle sur les médicaments lui semble particulièrement inadaptée, puisqu’elle freine le développement des génériques qui permettraient aux Américains de se soigner à moindres frais. Il illustre également sa critique en dénonçant le scandale du coût de la détection du cancer du sein.

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06Que faire ?
Martelant tout au long des articles qui composent l’ouvrage que les inégalités sont le résultat de choix politiques, Stiglitz mentionne tout un ensemble de suggestions, à l’attention des décideurs politiques, afin de les réduire. C’est à ses yeux une condition nécessaire, bien que non suffisante, pour fournir un fondement stable à la croissance et garantir un fonctionnement plus démocratique du système politique américain.
Au niveau fiscal, il prône une hausse de la progressivité de l’impôt via le relèvement des taux marginaux, une hausse de l’impôt sur les successions et les plus-values ainsi qu’une lutte au niveau international contre l’évasion fiscale. Toutes ces mesures ont pour but d’assurer non seulement une distribution courante des richesses qui soit plus égalitaire, mais aussi de lutter contre le problème des richesses héritées, qui ont aggravé l’inégalité des chances. Au niveau budgétaire, il insiste essentiellement sur l’absurdité des dépenses du complexe militaro-industriel américain en Irak et plaide pour un financement public plus important du système éducatif afin de pallier le problème de la dette étudiante. Au niveau juridique, il exhorte à la mise en place mais surtout à l’application stricte de régulations financières et des législations antitrusts.

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07Conclusion
En conclusion de son ouvrage, Stiglitz rappelle qu’il est nécessaire de remettre en cause trois idées reçues largement répandues, y compris parmi les économistes.

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08Zone critique
Le livre étant un recueil d’articles, il présente les défauts inévitables du genre. Le lecteur trouvera énormément de redites. Mais il peut en revanche circuler aisément au sein des articles. De plus, Stiglitz a eu le mérite de proposer une introduction générale ainsi qu’une introduction pour chacune des parties de l’ouvrage, offrant un aperçu de l’unité d’analyse des documents qu’il a choisi de regrouper. L’absence d’une présentation cohérente et unifiée de l’ensemble des solutions qu’il propose pour lutter contre les inégalités est toutefois regrettable.

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – La Grande Fracture. Les sociétés inégalitaires et ce que nous pouvons faire pour les changer, Actes Sud, coll. « Babel », 2017 (2015).
Ouvrages du même auteur – Peuple, pouvoir et profits, Paris, Les liens qui libèrent, 2019. – Le triomphe de la cupidité, Arles, Actes Sud, 2013. – La Grande Désillusion, Paris, Livre de Poche, 2003.

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