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Couverture de 'La globalisation'

La Glo­ba­li­sa­tion

Saskia Sassen

Indispensable pour comprendre les ressorts de la globalisation

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Description

"La Globalisation" de Saskia Sassen, souvent associée à ses travaux sur la globalisation et la sociologie urbaine, est un thème central dans l'œuvre de cette auteure. Saskia Sassen est une sociologue et économiste reconnue pour ses analyses sur les dynamiques de la globalisation, en particulier en ce qui concerne les villes mondiales, les migrations internationales et les transformations économiques et sociales à l'échelle mondiale.

Cet ouvrage est indispensable pour comprendre les ressorts de la globalisation au sein de l’espace national, à travers une perspective sociologique.

Ce phénomène n’y est pas décrit comme un processus hors-sol, accompagné de travailleurs cosmopolites travaillant dans des institutions supranationales, mais bien plutôt comme ancré dans des lieux stratégiques, arrimé au local, et porté par des États « dénationalisés ».

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Ne plus réduire la mondialisation à une simple interdépendance ni à la création d’institutions globales, mais plutôt considérer sa présence même au sein de l’espace national et son ancrage géographique : voilà le programme adopté par Saskia Sassen, qui se propose de dresser une nouvelle méthode sociologique adaptée à la globalisation. Cet ouvrage paraît en même temps qu’un autre de ses essais, Critique de l’État, qui revient sur la lente émergence des États nationaux depuis le Moyen-Âge.

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02

La « par­ti­ci­pa­tion dé­na­tio­na­li­sée » des États dans la glo­ba­li­sa­tion

Selon Sassen, la globalisation se définit par deux dynamiques particulières : la formation d’institutions et de processus explicitement globaux (OMC, marchés financiers, tribunaux internationaux) d’abord, et également des processus situés au sein des territoires nationaux, qui mettent en jeu des réseaux transnationaux et sont connectés à des acteurs et processus sortant du champ de l’État national.

Cette deuxième dynamique renvoie à des réseaux interfrontaliers d’acteurs engagés dans des luttes locales mais poursuivant un objectif global (mouvement des Indignés, militants écologiques), ou des aspects particuliers de l’action de l’État qui sont dictés par l’extérieur (politiques monétaires, plans du FMI), des tribunaux qui s’appuient sur des règlements internationaux, des réseaux de villes implantées localement et luttant contre le même défi, etc. L’État n’a donc plus l’autorité exclusive sur son territoire, et tout processus situé dans son espace peut être une « localisation du global » (p. 12).

On voit généralement dans la vague de dérégulations et de privatisations initiée dans les années 1980 un aveu du déclin de l’État, qui ne peut plus s’opposer à la tendance majeure de la globalisation et qui doit composer avec les nouveaux acteurs économiques internationaux. L’État abandonne alors une partie de ses prérogatives, les entreprises étrangères se voient reconnaître de nouveaux droits, et le poids des institutions supranationales augmente. Néanmoins, Sassen se refuse à considérer l’État comme une victime de cette phase de libéralisation, et elle invite le lecteur à considérer d’autres processus que le simple retrait de l’État (p. 41).

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03

La ville globale : lieu dé­na­tio­na­li­sé par excellence

Dans l’économie mondialisée, la taille n’est plus importante : il ne suffit plus de se placer au niveau étatique pour établir une stratégie internationale, et tout lieu peut être investi d’une dimension globale. De nouvelles échelles spatiales sont valorisées, et en particulier celle des grandes villes, parmi lesquelles Saskia Sassen a mis en lumière plusieurs « villes globales » (concept qu’elle a forgé en 1991). À l’origine au nombre de trois (New York, Londres, Tokyo), elle en compte aujourd’hui une quarantaine, qui échappent à l’ancienne division nord-sud de l’économie mondiale.

Ces villes globales sont nées d’un double mouvement propre à la globalisation, de la dispersion et de la concentration des activités économiques. De la dispersion d’abord, car les métropoles sont le réceptacle des investissements étrangers, elles sont ouvertes sur le monde et garantissent des infrastructures de qualité au sein de l’État. Les firmes transnationales y développent des filiales, profitant des avantages comparatifs du pays. Mais elles sont nées également de la concentration des sièges sociaux, fonctions de contrôle des entreprises et des services spécialisés qui sont rassemblées au sein d’un réseau très dense. Alors que les territoires les environnant et les centres industriels déclinent, les villes globales deviennent le lieu de l’hypermobilité. En outre, la concentration des infrastructures d’information et des nouvelles technologies permet la mise en réseau des centres financiers et d’affaires. Les villes globales court-circuitent ainsi le niveau national, et sont davantage reliées aux autres nœuds de « l’archipel mégalopolitain mondial », théorisé par Olivier Dollfus en 1996.

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04

Le phénomène des migrations

Comme le montre l’exemple des villes, l’immigration est une donnée fondamentale de la globalisation, et n’est d’ailleurs pas toujours bien replacée dans ce contexte. Elle est due à l’internationalisation du marché du travail, à la nécessité d’une main-d’œuvre peu coûteuse qui puisse compléter une hyperspécialisation des fonctions économiques dans les villes globales, et à des stratégies transnationales de « survie des ménages » (p. 112).

Sassen déplore que les migrations soient souvent analysées en termes économiques et démographiques, selon des facteurs symétriques : pauvreté et chômage d’un côté, possibilités d’emploi et meilleurs salaires de l’autre. Ceux-ci peuvent éclairer des parcours singuliers de migrants, mais ne sauraient pas tout expliquer : autrement, la majorité des gens d’un pays pauvre iraient dans un pays développé, ce qui n’est pas le cas.

Au-delà de ces variables, il existe donc des conditions sociales qui poussent les individus à émigrer : l’internalisation économique, au travers d’anciennes formes coloniales ou d’autres néocoloniales (la vaste majorité des émigrés maghrébins se trouve en France, de même que beaucoup de Philippins et Mexicains aux États-Unis) ; le recrutement de travailleurs immigrants directement par les employeurs, les gouvernements ou d’autres immigrés ayant tissé leur réseau au-delà des frontières ; l’exportation organisée, enfin, de migrants, souvent forcée et illégale (trafic de prostituées notamment). De nouvelles liaisons sont ainsi maintenues entre les pays exportateurs et les pays importateurs de main-d’œuvre, et de vastes réseaux se constituent qui profitent de la dénationalisation.

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05

Programme so­cio­lo­gique pour une ère nouvelle

La globalisation remet en cause deux postulats fondamentaux des sciences sociales qui ont prévalu dans la conception de l’État moderne. Premièrement, l’idée selon laquelle le national est le seul ou l’essentiel « contenant du processus et du pouvoir politique » (p. 203). Secondairement, le postulat selon lequel un processus ou une institution situé sur le territoire national est nécessairement national, ce qui a aussi cessé d’être valable.

Sassen propose donc une nouvelle sociologie, fondée sur plusieurs problématiques inhérentes à la globalisation. Celle qui est sans doute la plus importante interroge les dimensions propres au national et au global, qui, comme nous l’avons vu, ne sont pas des espaces exclusifs mais qui se construisent parallèlement. Il convient d’étudier les différentes échelles présentes au sein de l’espace national, de voir quelles sont les nouvelles localisations du global, et comment certains processus ont pu être dénationalisés, tout en demeurant dépendant, en dernier ressort, de l’État. Il s’avère aussi nécessaire de repenser l’infranational et le local, qui avait pour attribut général la proximité physique : nous avons vu qu’aujourd’hui les actions et processus locaux opèrent sur plusieurs échelles à la fois, et peuvent même être davantage reliés au reste du monde (exemple des villes globales) que d’autres espaces plus importants de l’État.

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06

Conclusion

On l’aura compris, l’époque de l’État-nation moderne telle qu’on le connaît touche à sa fin. Mais au lieu d’interpréter cela comme un déclin inéluctable de l’État face aux nouvelles institutions supranationales et à l’économie globale libéralisée, l’auteure nous montre que celui-ci reste toujours une variable essentielle de la globalisation et qu’il s’investit positivement dans cette tendance.

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07

Zone critique

L’approche de Saskia Sassen est intéressante, dans la mesure où elle ne concentre pas son attention sur les institutions globales, les flux et les mécanismes de libéralisation de l’économie – prisme souvent utilisé dans les travaux sur la globalisation –, mais plutôt sur l’espace national, observé à travers le regard de la sociologue. Après avoir forgé le concept de « ville globale », celui de « dénationalisation » qu’elle propose désormais dans cet ouvrage pour caractériser les processus étatiques récents s’avère très utile, et permet de reconsidérer le rôle de l’État et des espaces infranationaux.

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08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – La globalisation. Une sociologie, Paris, Gallimard – NRF Essais, 2009.

De la même auteure – La ville globale. New York, Londres, Tokyo, Paris, Descartes and Cie, 1996 (ed. originale 1991). – Denationalization : Economy and Polity in a Global Digital Age, Princeton, Princeton University Press, 2003. – « When Territory Deborders Territoriality », revue Territory, Politics, Governance, volume 1, numéro 1, pp. 21-45, mars 2013.

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