
La Géopolitique de l’émotion
La peur, l’humiliation et l’espoir dans les relations internationales
Description
La Géopolitique des émotions est l’aboutissement d’une réflexion amorcée par l’auteur dans la revue américaine Foreign Affairs, en janvier 2007, dans un article intitulé : « The Clash of Emotions ».
Moïsi, politologue et spécialiste des affaires internationales, explore comment la peur, l'humiliation et l'espoir influencent les politiques et les comportements des nations.
L'auteur divise le monde en trois grandes zones émotionnelles : les cultures de la peur, les cultures de l'humiliation et les cultures de l'espoir. Moïsi examine les origines et les conséquences de ces émotions collectives, en montrant comment elles façonnent les identités nationales, les conflits et les alliances.
Sommaire
01Introduction
Dans cet ouvrage qu’il présente comme un « essai sur la mondialisation et sur la nécessité de convoquer les émotions pour comprendre notre monde en transformation », Dominique Moïsi se déclare d’emblée très critique vis-à-vis de ce qu’il appelle « les visions simplifiées du monde ». Les thèses développées à la fin de la guerre froide par Francis Fukuyama, avec ses interrogations sur « la fin de l’Histoire » et par Samuel Huntington avec son analyse à caractère prospectif du « choc des civilisations », sont des « théories totales » qu’il réfute totalement. Il propose, à cet égard, de révéler « les instruments trop grossiers qui tendent à dominer le discours » (p. 21) et qui caractérisent selon lui ces deux approches.

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02La mondialisation et le surgissement des émotions négatives
L’auteur définit la mondialisation comme un processus dynamique et continu qui, dans la période post-guerre froide, se caractérise, par « une intégration inexorable des marchés des États-nations et des technologies à un degré jamais observé » (p. 25), reprenant ainsi la définition du commentateur politique américain, Thomas Friedman. Elle ne se réduit pas à « l’américanisation du monde ». La situation est bien plus complexe : la mondialisation est caractérisée par un paradoxe frappant : la concomitance de l’américanisation culturelle de la planète et de la fin de la domination occidentale.

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03La culture de peur
L’auteur examine l’importance de la peur en tant que « réponse émotionnelle à la perception d’un danger imminent, réel ou exagéré » (pp.148-149). Elle induit un réflexe de défense et devient dangereuse lorsqu’elle est excessive. Cette émotion particulièrement négative est à l’origine de la crise d’identité qui traverse l’Occident.
Si l’élection du président Obama en 2008 a suscité l’espoir aux États-Unis, la défiance manifestée par les États membres de l’Union européenne (UE) face au processus d’intégration européenne, comme en ont témoigné le rejet des Pays-Bas et de la France du Traité constitutionnel en 2005, puis par l’Irlande en 2008, est une manifestation de la peur qui anime cette partie du monde occidental.

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04La carte émotionnelle de l’humiliation
Quant à la culture d’humiliation, son implantation durable dans les esprits serait la cause de l’impuissance de la diplomatie et de l’enlisement des crises. Le sentiment d’humiliation est associé à celui de la dépossession et de la dépendance vis-à-vis d’une autre puissance. Dépassé et maîtrisé, il peut parfois cependant favoriser un certain dynamisme en aiguillonnant l’esprit de compétition chez les individus comme chez les peuples. Sans garde-fous, il déchaîne le désespoir et l’esprit de vengeance, comme en témoigne l’irruption du radicalisme dans le monde musulman. L’humiliation trouve ses fondements dans le sentiment du déclin d’une communauté d’appartenance dans l’Histoire. L’auteur date par exemple la perception de l’islam de sa décomposition à la fin du XVIIe siècle. Il estime que ce sentiment de déclin est à la racine même de la culture arabo-musulmane de l’humiliation. Cette perception a été renforcée par une succession d’événements, dont le plus marquant fut la création d’Israël en 1948. S’ensuivront une instrumentalisation de l’humiliation, une montée de l’intégrisme et l’extension du terrorisme.

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05Qu’est-ce que la culture de l’espoir ?
En contrepoint des émotions extrêmement négatives que sont la peur et l’humiliation, l’espoir constitue une forme de confiance en l’avenir qui nous permet d’accepter l’altérité et les différences culturelles sans crainte excessive.
Au fil des époques, l’auteur remarque qu’il est curieux de constater que l’espoir se serait déplacé du monde majoritairement monothéiste et chrétien vers l’Asie panthéiste. Il ne s’agit plus désormais pour les peuples asiatiques d’attendre l’avènement d’un monde meilleur dans l’au-delà, mais de réaliser, lors de cette existence terrestre, leur émancipation économique et sociale. La confiance en l’avenir et le progrès ont pris le pas sur une sorte d’obscurantisme responsable par le passé de la stagnation des sociétés traditionnelles.

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06Un rêve éveillé : le triomphe de la culture de l’espoir
Dans ce scénario qu’il juge optimiste, l’auteur se projette en 2025. L’intégration européenne est désormais une réalité. L’UE, qui n’avait été qu’une organisation internationale, est finalement devenue une puissance souveraine, comme l’appelaient de leurs vœux les fédéralistes européens (bien que ce terme ne soit pas nommément employé). L’UE dispose désormais d’un président, d’un ministre de la Défense, d’un ministre des Affaires étrangères et d’un corps diplomatique. Cette évolution n’est pas sans conséquences au Conseil de sécurité des Nations-Unies, la France et la Grande-Bretagne ayant renoncé « sans gaieté de cœur, mais prouvant leur sagesse » (p. 237) à lui céder leur siège permanent, que toutes deux occupaient depuis 1946. L’UE siège donc désormais aux côtés des autres membres permanents que sont toujours les États-Unis, la Chine, la Russie, qui ont été rejoints par l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud.

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07Le scénario du pire
Se projetant toujours en 2015, l’auteur entrevoit (si, dans la géopolitique des émotions, la peur venait à l’emporter), le scénario suivant possible mais pas inévitable. Celui-ci pourrait finir par l’emporter sur le « rêve » d’un nouvel ordre mondial susmentionné. Dans une vision géopolitique cauchemardesque, il indique que l’expansion de la menace terroriste engendrerait, à la suite d’attentats biologiques dans les principales capitales de la planète (30 000 morts), la généralisation de la peur et un phénomène qualifié d’« israélisation du monde » (p. 219).
Partout, sont observables des tentatives de repli sur soi qui se concrétisent par la fermeture des frontières, l’essor du nationalisme et des populismes, le refus du multilatéralisme. Les visions offertes au sortir de la guerre froide par des penseurs tels que Paul Kennedy, qui annonça le déclin relatif des États-Unis et Samuel Huntington, qui souleva la possibilité d’un choc des civilisations, notamment entre l’Occident et le monde de l’Islam, sont désormais devenues réalités.

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08Conclusion
Tout comme le penseur Amin Maalouf, Dominique Moïsi suggère la nécessité d’une approche globale, d’une mise en commun des énergies au niveau planétaire pour enrayer les dérèglements et les crispations identitaires qui menacent la survie de l’Occident universel.

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09Zone critique
La géopolitique des émotions constitue une grille de lecture inédite des relations internationales. Bien que la préoccupation de l’auteur pour le conflit israélo-palestinien imprègne l’ensemble de cet ouvrage, force est de constater la validité de cette thèse dans l’analyse des conflits sectaires tels que celui qui oppose catholiques et protestants en Irlande du Nord ou intercommunautaires, tels que le conflit chypriote depuis 1974.

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10Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – La Géopolitique de l’émotion - Comment les cultures de peur, d’humiliation et d’espoir façonnent le monde, Paris, Flammarion, 2008.
Du même auteur – Leçons de Lumières, Paris, Les Éditions de l’Observatoire, 2019. – Le nouveau déséquilibre du monde, Paris, Les Éditions de l’Observatoire, 2017. – La Géopolitique des séries ou le triomphe de la peur, Paris, Stock, 2016. – « The Clash of Civilizations », Foreign Affairs, janvier-février 2007.

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