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Couverture de 'La gauche en france depuis 1900'

La Gauche en France depuis 1900

Jean Touchard

La grande famille de la gauche

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Description

En France, tout le monde est « de gauche » ou se prétend tel. Très peu nombreux en effet sont ceux qui se réclament de la droite et l’assument. Dans les années 1930, ce tropisme politique portait le beau nom de « sinistrisme ». Mais encore faut-il savoir ce qu’est la gauche, et si l’on peut utiliser ce vocable au singulier.

N’y aurait-il pas en effet des gauches, plutôt qu’une gauche ? C’est ce qu’avance Jean Touchard dans cet ouvrage où il présente la famille nombreuse de la gauche depuis les années 1880, en dépit du titre. Une famille dont les enfants sont extrêmement querelleurs.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Ce livre a une histoire : celui d’un cours professé à l’IEP de Paris (Sciences Po) pendant l’année universitaire 1967-1968. Une année riche en événements pour la gauche française…

Au début des années 1960, en effet, Jean Touchard avait créé à Sciences Po un sujet d’étude tout à fait novateur pour l’époque : un enseignement annuel consacré au mouvement des idées politiques au cours duquel, année après année, il passait en revue les principaux courants et faisait le point sur leur évolution. À l’époque, ce type de pratique de la discipline n’existait nulle part ailleurs en France.

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02

Les références de la gauche

La gauche française dispose d’un certain nombre de références obligées, qui sont autant de marqueurs pour son identité sur le long terme. Parmi ces thèmes, il est essentiel pour Jean Touchard de retenir les deux suivantes :

Tout d’abord, l’héritage du XVIIIe siècle français. Il s’agit bien entendu de l’héritage de la philosophie des Lumières, Voltaire étant d’ailleurs plus invoqué et revendiqué par la gauche française que Rousseau. Ainsi la ville de Paris a-t-elle consacré un boulevard et un quai au premier , alors qu’aucune artère ne porte le nom du second. On pourrait en dire autant des lycées, puisque si la capitale de la France compte un lycée Voltaire, elle ne possède pas de lycée Rousseau.

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03

La gauche française dans les années 1880 et 1890

La gauche française des années 1880 et 1890 s’organise pour Jean Touchard autour de ce qu’il est convenu de dénommer la « tradition républicaine ».

Cette dernière s’est fixée de manière à peu près définitive par l’intermédiaire de l’école laïque, gratuite et obligatoire et des manuels scolaires qu’on y utilisait. Elle comporte pour ainsi dire quatre strates distinctes.

La première, c’est la haine du bonapartisme et du Second Empire, le mépris pour Napoléon III, surnommé « Badinguet » et responsable du désastre de Sedan et de la défaite cuisante du pays pendant la guerre de 1870 contre la Prusse, puis contre l’Allemagne unie. Un antibonapartisme qui fait la jonction avec l’opposition contemporaine au régime, avec Victor Hugo par exemple exilé à Guernesey.

La deuxième strate, c’est la crise du 16 mai 1877, lorsque le président Mac Mahon a voulu imposer sa volonté à l’opposition. En quelque sorte, tous les républicains contre tous les adversaires de la République. Le maréchal de Mac Mahon, en effet, duc de Magenta, était le représentant patenté du « parti de l’ordre », de la « République des ducs » (le duc de Broglie, le duc Decazes et le duc d’Audiffret-Pasquier, en plus de Mac Mahon lui-même) menant la politique ultracléricale de « l’ordre moral ». La forme républicaine de gouvernement n’était pas alors bien assurée et beaucoup redoutaient la restauration sur le trône de Charles X du petit-fils de ce dernier, le comte de Chambord, le roi Henri V des légitimistes. Ou à défaut du comte de Paris, le petit-fils de Louis-Philippe Ier et prétendant orléaniste au trône de France.

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04

La gauche des années 1900-1914

La gauche française de l’avant Première Guerre mondiale s’organise pour Jean Touchard autour de quatre thèmes. Ce sont ces thèmes qui lui insuffleront la vie nécessaire pour traverser la période et, surtout, pour passer l’épreuve de la Grande Guerre puis renaître après.

Le premier de ces thèmes est une certaine idée de la République. Il s’agit en l’espèce d’une fidélité qui trouve sa source dans les grands principes de la Révolution de 1789. Grands principes et défense républicaine, telles peuvent être les deux fondements de cet idéal. C’est la lutte rituelle, et toujours recommencée, contre la « réaction » et le péril clérical, le « sabre et le goupillon », pour reprendre l’expression forgée par Clemenceau au moment de l’affaire Dreyfus, dans un article de janvier 1898, stigmatisant l’alliance de l’Église et de l’armée dans la défense d’un nationalisme intransigeant. L’école républicaine enfin, qui a vingt ans en 1900, constitue le dernier élément de cette certaine idée de la République.

Le deuxième de ces thèmes est une certaine idée de la démocratie. Il faut distinguer ici, d’emblée, entre démocratie politique et démocratie sociale. La démocratie politique, c’est le régime représentatif et le parlementarisme. Pour la gauche des années 1900-1914, il s’agit de l’horizon indépassable des institutions : tout opposant à ce système est considéré comme un dangereux asocial. Le régime parlementaire représentatif fait donc l’objet d’une sorte d’article de foi. La démocratie sociale en revanche n’est réclamée par presque personne au sein de la gauche. Seuls les syndicalistes révolutionnaires, qui sont d’ailleurs le seul courant de la gauche à s’opposer à la démocratie parlementaire, la réclament. Mais ils sont ultra-minoritaires, et font figure de moutons noirs pour la gauche « établie » de l’époque : républicains modérés, dits également « opportunistes », républicains radicaux dits aussi « radicaux » tout court et socialistes. Même ces derniers sont extrêmement réticents devant la démocratie sociale, en dépit d’un certain discours. Pour eux, c’est clair, la démocratie politique prime sur la démocratie sociale et, si l’une doit céder du terrain devant l’autre, il est manifeste que c’est la démocratie sociale qui doit s’effacer devant la démocratie politique.

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05

La gauche des années 1930

La gauche des années 1930 s’organise autour de trois grands partis : le parti radical, qui à la fin du XIXe siècle représentait l’extrême gauche française et qui dans les années 1930 fait figure de droite de la gauche, la SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière), nom que portait alors le Parti socialiste, et le PCF, Parti communiste français, le plus récent des partis de gauche français.

Pendant la décennie qui va de 1930 à 1939, la SFIO et le parti radical font jeu égal en termes de voix jusqu’en 1936. Cette année-là en effet, à l’occasion des élections législatives qui verront la victoire du Front populaire, qui regroupe toutes les forces politiques de la gauche de l’époque représentées au Parlement, la SFIO dépasse légèrement, pour la première fois, la famille radicale. Puisqu’aux candidats du parti radical doivent être ajoutés les candidats « radicalisants », appartenant de fait au radicalisme politique, même s’ils ne sont pas encartés au parti radical.

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06

La victoire de la gauche en 1981

La victoire du PS (Parti socialiste) de François Mitterrand en 1981 constitue une double surprise.

En effet, partout, en Europe et dans le monde, à la même époque, la social-démocratie reflue. En Suède les socialistes perdent en 1976 un pouvoir qu’ils détenaient depuis 40 ans, et en 1979 le Parti travailliste britannique subit une cuisante défaite face aux conservateurs de Margaret Thatcher. Aux États-Unis enfin le triomphe de Ronald Reagan et de sa « révolution conservatrice » en 1980 semble marquer pour la droite le début d’un nouvel âge d’or.

Le deuxième motif de surprise est la désunion de la gauche française à l’époque. En effet, depuis septembre 1977, la rupture de l’union de la gauche entre PS et PCF était un fait acquis, et un fait qui ne pouvait qu’entraver la victoire électorale de la gauche à l’élection présidentielle comme aux élections législatives.

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07

Conclusion

La gauche française depuis 1900 est marquée par la désunion, par la division. C’est la principale caractéristique qu’en retient Jean Touchard. Aussi, lorsque la gauche, de manière tout à fait inattendue, parvient – très temporairement d’ailleurs – à s’unir, est-il particulièrement symptomatique que l’on parle des gauches, et non pas de la gauche. Ainsi du Bloc des gauches en 1899, ou du Cartel des gauches en 1924 ou encore, en 1932, de la Délégation des gauches. En 1936 par ailleurs on ne parlera pas de Front de gauche, mais de Rassemblement populaire, puis de Front populaire.

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08

Zone critique

Le principal reproche adressé à l’ouvrage est qu’il s’agit de la retranscription à peine retravaillée d’un cours professé

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé

– La Gauche en France depuis 1900, Paris, Le Seuil, 1982.

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