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Couverture de 'La france de vichy 1940 1944'

La France de Vichy 1940-1944

Robert Paxton

L'histoire sombre de la France pendant la Seconde Guerre mondiale

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Description

L’épée et le bouclier. Telle est la formule qui a souvent été utilisée pour caractériser le rôle du maréchal Pétain vis-à-vis des Français pendant la Seconde Guerre mondiale et pendant l’occupation de la France par l’Allemagne nazie qui lui a immédiatement succédé. Cette thèse est celle qui prévalait dans l’historiographie française sur la période jusqu’à la parution de l’ouvrage fondateur et choc de Robert Paxton. Loin des visions manichéennes, Paxton est le premier a démontré avec brio que, si Pétain pouvait bien avoir été l’épée de la France pendant le second conflit mondial, il n’avait en rien été son bouclier pendant les années noires de l’Occupation.

Publié en 1973, cet ouvrage a marqué un tournant historiographique, en levant de nombreux tabous sur le régime de Vichy et la responsabilité de l'État français dans la déportation des Juifs. Un livre essentiel pour comprendre cette période sombre.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Lorsque l’ouvrage paraît en France, en 1973, le pays sort à peine d’une longue crise d’amnésie. Jusqu’alors en effet le passé collaborateur de la France avait été en grande partie occulté, le régime de Vichy passant pour un épisode qui, malgré tout, avait réussi à préserver l’essentiel : l’indépendance du pays, si fictive fut-elle. La Shoah, notamment, c’est-à-dire la tentative d’extermination du peuple juif, était un sujet que l’on n’abordait pas, et qui était considéré comme secondaire dans l’ensemble de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale.

L’ouvrage de Paxton change profondément la donne. Pour la première fois, il donne du maréchal Pétain une image autre que celle du « vieillard au regard marmoréen » proférant des formules aussi emphatiques que creuses : « Je tiens les promesses, même celles des autres », ou encore « Je hais ces mensonges qui vous ont fait tant de mal ». Paxton ne dédouane donc pas Pétain de ses responsabilités écrasantes, et nie qu’il ait été proche du gâtisme pendant ses quatre années passées au pouvoir.

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02

Vichy n’a pas empêché la déportation et l’ex­ter­mi­na­tion de Juifs français ou étrangers

Si 92 % des Juifs autochtones qui habitaient en Allemagne, en Autriche, en Tchécoslovaquie, en Belgique, au Luxembourg, aux Pays-Bas, en Pologne, en Grèce et en Yougoslavie ont été exterminés pendant la Seconde Guerre mondiale, 95 % des Juifs français ont survécu. La France est le seul et unique pays occupé par l’Allemagne nazie à avoir atteint un tel taux de « survie », s’il est possible de s’exprimer ainsi.

Mais ce résultat est-il dû à la politique suivie par Vichy, à une volonté délibérée de sauver les Juifs de France ? Il est très sérieusement permis d’en douter. Certes, Pierre Laval, vice-président du Conseil de juillet à décembre 1940 puis chef du gouvernement de 1942 à 1944, refusera en 1942 de livrer à l’Allemagne les Juifs de nationalité française. Mais c’était au nom d’un idéal de souveraineté nationale et non pas par souci de sauver d’une extermination que l’on savait certaine des victimes potentielles.

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03

La politique de Vichy fut un échec complet sur le plan territorial

La fiction de souveraineté nationale soigneusement entretenue par le régime de Vichy a-t-elle apporté des gains territoriaux à la France pendant l’Occupation, ou du moins permis un moindre assujettissement ? La réponse est clairement non.

Tout d’abord, en dépit de toutes les concessions, l’annexion pure et simple de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine (le département de la Moselle) ne fut jamais remise en cause par L’Allemagne nazie. De même, l’annexion de facto du nord-est du pays, administré par le gouvernement militaire allemand de Bruxelles, resta-t-elle inchangée pendant toute l’Occupation.

Inutile bien entendu de parler de la zone occupée (une petite moitié nord du pays et tout le littoral Atlantique) et de la zone libre, puisque cette dernière cessera de l’être en novembre 1942 : en fait de gains territoriaux, c’est à une occupation de l’ensemble du territoire que le régime de Vichy dut se résoudre.

Reste l’occupation de l’Empire, la seule carte avec sa marine militaire que le régime de Vichy pouvait jouer face à l’Allemagne, et qu’il se refusa toujours à jouer, sans doute parce qu’il avait trop à perdre en heurtant de front les autorités allemandes d’occupation, sachant ou pressentant qu’une majorité de Français ne l’aurait pas soutenu en s’engageant dans un vaste mouvement de résistance s’apparentant à une sorte de guérilla.

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04

En matière de ra­vi­taille­ment, la France de Vichy se trouvait dans le peloton de queue des pays européens occupés par l’Allemagne

Le régime de Pétain a-t-il évité le pire aux Français en matière de conditions matérielles de vie ? Il est permis d’en douter, pour pratiquer l’art de l’euphémisme.

En matière de ravitaillement alimentaire par exemple, la France était le pays où la ration quotidienne de calories était la plus faible de toute l’Europe occidentale, Italie exceptée. Avec 1 500 calories par personne et par jour en moyenne (chiffre atteint seulement si l’on pouvait s’approvisionner, en partie du moins, au marché noir), la France avait une ration inférieure à celle qui était constatée en Roumanie, en Bulgarie, en Hongrie ou encore dans le protectorat de Bohême-Moravie.

Si l’on ne pouvait pas se ravitailler au marché noir, ce qui était le cas de la plupart des citadins, soit par manque de moyens, soit par manque de relations à la campagne, ce chiffre de 1 500 calories par jour n’était pas atteint.

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05

Le régime de Vichy a connu ses « gagnants » et ses « perdants »

Au sein du régime d’exception qu’était Vichy, tous ne subissaient pas le même sort. Aussi existe-t-il des « gagnants » et des « perdants » de Vichy.

Au premier chapitre, les paysans. En 1940, la France demeurait un pays de petites ou moyennes exploitations agricoles. Pour peu qu’il n’ait pas eu un fils prisonnier de guerre en Allemagne, et qu’il ait disposé de quelques bêtes de trait, le manque de carburant rendant vaine toute tentative de mécanisation, l’agriculteur, même modeste, était l’un des personnages les mieux lotis du régime. Il produisait en effet la denrée rare entre toutes : les produits alimentaires.

De la même manière, le commerçant était lui aussi un privilégié du régime de Vichy. Parce qu’il organisait la pénurie, il exerçait un réel pouvoir sur le ravitaillement et sur l’approvisionnement des Français, pouvoir qui permettra à beaucoup d’entre eux de bâtir des fortunes insolentes pendant l’Occupation.

Le patronat enfin. Débarrassé des syndicats, interdits par Vichy, ainsi que de la concurrence réelle par la cartellisation mise en place par le régime, organisant toutes les industries par branches et par secteurs, sans concurrence véritable entre les entreprises, le patronat bénéficia également des institutions du corporatisme. Sorte de remise à l’honneur (du moins en théorie) des corporations médiévales, cet ensemble d’institutions tendait à supprimer tout vestige de la lutte des classes d’inspiration marxiste dans les relations professionnelles, au profit d’une coopération qui assurait de fait, comme de droit d’ailleurs, une prééminence absolue au patronat.

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06

Il est possible de dresser un bilan du régime de Vichy

Il faut toujours en revenir à la thèse du bouclier et se poser la question de savoir si le régime du maréchal Pétain a évité le pire à la France occupée. La problématique est assez simple. Dans un premier temps, Vichy ne voulait pas résister à l’Allemagne. Dans un deuxième temps, à partir de 1942, il ne le pouvait plus.

Qu’est-ce que toutes les concessions arrachées par l’Allemagne à la France de Vichy auront apporté au pays occupé ? Très peu de choses. On peut simplement mettre à l’actif de Vichy quelques mesures symboliques, comme la dispense de porter l’étoile jaune pour les Juifs de la zone libre, la « relève » pendant quelques mois au lieu du STO (la « relève » correspondant à un échange sur la base de 3 contre 1 entre travailleurs français partant volontairement pour l’Allemagne et prisonniers de guerre français en Allemagne regagnant leur foyer), ainsi qu’une très légère et, surtout, temporaire diminution des frais d’occupation consentie entre mai 1941 et novembre 1942. C’est bien peu pour tant de couleuvres avalées !

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07

Conclusion

L’État français du maréchal Pétain n’a pas joué de double jeu. Il n’a pas ménagé en apparence la puissance occupante, l’Allemagne nazie, afin de favoriser dans la coulisse les alliés anglo-américains. Il a, sciemment, volontairement, en toute connaissance de cause, favorisé l’occupant et sa politique.

Et ce pour une raison simple : les contraintes de la politique extérieure (s’entendre, à n’importe quel prix, avec la puissance occupante aux termes de la convention d’armistice signée en juin 1940) rencontraient l’objectif principal, sinon unique, de la politique intérieure : les impératifs de la Révolution nationale.

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08

Zone critique

Si novateur que soit La France de Vichy 1940-1944, ce texte n’en présente pas moins certaines faiblesses. La principale réside dans la présence d’un esprit de système qui parfois ne résiste pas à une analyse historique objective, scientifique et dépassionnée.

Ainsi, des historiens aussi différents que Serge Klarsfeld, Alain Michel, Marc Ferro ou Pierre Laborie se sont inscrits en faux contre les thèses de Paxton, les accusant d’être caricaturales. Notamment en ce qui concerne le sort des Juifs de France, où l’action de Pierre Laval, d’après Serge Klarsfeld, a été déterminante pour éviter l’extermination de la majorité des Juifs de nationalité française. En l’espèce, Paxton aurait confondu les responsabilités, et attribué à Pierre Laval des fautes qui, en réalité, étaient plus celles de personnages comme René Bousquet, secrétaire général de la police du régime de Vichy et organisateur principal de la rafle du Vélodrome d'Hiver de juillet 1942 et de celles d'août 1942 en zone sud.

L’historien Alain Michel ajoute qu’il faut établir une distinction essentielle entre Juifs de nationalité française et Juifs étrangers, ce que Paxton ne fait pas suffisamment, et surtout il ajoute que, après examen de leur dossier par les autorités de Vichy, 75 % des Juifs étrangers naturalisés français dans les années 1920 et 1930 se sont vus maintenir la nationalité française par le régime du maréchal Pétain. Un aspect de la question totalement passé sous silence par Paxton.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrages de Robert Paxton

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