
La Folie privée
Psychanalyse des cas-limites
Description
Cet ouvrage, constitué par un recueil d’études, tente de définir le champ clinique des « cas-limites ». L’auteur met en discussion les techniques de l’analyse classique, élaborées notamment pour la cure des névroses ; la problématique des « cas-limites » se situant au carrefour entre névrose et psychose.
Le recours aux élaborations théorico-cliniques de l’« école psychanalytique anglaise » est central, afin de développer une théorie et une pratique plus adaptées à des sujets ne correspondant plus aux paradigmes issus du modèle freudien, sujets mettant souvent en échec la « cure-type ».
Sommaire
01Introduction
La problématique des « cas-limites » (ou « états-limites ») permet de réfléchir sur certains points de butée de la théorie psychanalytique freudienne. Diagnostic qui reste dans le flou, aux yeux de certains psychanalystes, notamment d’orientation lacanienne, qui préfèrent de ce fait s’en tenir aux trois structures psychiques classiques (névrose, psychose et perversion) ; diagnostic qui, en revanche, a trouvé un terrain fécond au sein de l’« école psychanalytique anglaise ».L’auteur s’appuie en ce sens sur les travaux de Melanie Klein, Wilfred Bion et Donald Winnicott (cas-limite correspond à borderline dans sa traduction anglaise).
La psychanalyse freudienne a fondé sa théorie à partir du paradigme de la névrose, dans lequel nous retrouvons comme modalité de défense principale le refoulement, opération consistant à repousser (ou maintenir) dans l’inconscient un souvenir lié à une pulsion. La pratique analytique permet, en ce sens, de faire remonter ce genre de souvenirs, à travers l’analyse des liens qui s’opèrent dans l’« association libre » et leur interprétation. André Green pointe cet aspect, en mettant en évidence aussi ses limites, notamment lorsque l’analyste est confronté à des sujets présentant des inhibitions de pensées qui leur rendent difficile la représentation mentale de ce qui les affecte.

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02Difficultés rencontrées dans l’analyse des cas-limites
La difficulté majeure dans la reconnaissance d’un « cas-limite » réside dans la désorganisation des repères susceptibles de définir un tableau clinique, tout comme dans le « polymorphisme des symptômes ». Il est toutefois possible de réunir des éléments récurrents de l’expérience clinique.
L’auteur relève à ce propos la mise en échec de l’analyse des rêves avec ce genre de patients ; pour les cas-limites, le rêve aurait une fonction d’évacuation d’une partie de la réalité psychique, qui serait donc inanalysable car expulsée. Or la fonction classique du rêve est l’accomplissement d’un désir inconscient, désir susceptible d’être interprété. On retrouve une difficulté similaire dans l’interprétation de l’« association libre ». À ce propos, Green relève chez ces patients un discours très fragmenté : « Le discours du cas-limite n’est pas une chaîne de mots, de représentations ou d’affects – mais il ressemble bien plutôt à un collier, dont le fil se serait rompu » (p.156).

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03Définir les « cas-limites »
L’auteur précise qu’il s’agit de définir un tableau clinique non pas en opposition à d’autres variétés cliniques, mais plutôt susceptible de regrouper un ensemble d’aspects qui ne permet pas de poser un diagnostic précis, qu’il soit du côté de la névrose, ou bien du côté de la psychose.
Il remarque, par ailleurs, qu’il peut s’agir aussi de cas où la cure-type se heurte à ses propres limites. Le terme de « cas-limite », en psychanalyse, renvoie au sujet qui « frise la folie » (p.123). André Green reprend, d’ailleurs, un extrait d’Analyse avec fin et sans fin, où Freud constate que la transition d’une structure psychique à l’autre est bien plus fréquente que les « états » bien délimités chez un sujet.

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04Une folie essentielle du Moi
André Green le précise à plusieurs reprises : les études qu’il mène permettent de repenser des aspects de la psychanalyse (bâtie à partir de l’étude de la névrose) à travers un autre prisme, plus proche de la psychose. L’école anglaise, s’étant beaucoup plus centrée sur l’analyse de sujets psychotiques, a postulé l’existence d’un « noyau psychotique » susceptible de se manifester chez tout sujet. C’est dans ce sens que Green poursuit son travail sur les cas-limites, en soutenant l’idée que la « folie privée » désigne ce noyau, susceptible de se révéler dans le transfert entre analyste-analysant.
Plus précisément, selon l’auteur, la psychanalyse paye aujourd’hui les effets de deux erreurs commises à ses débuts : la première concerne le choix de fonder une métapsychologie, notamment à partir de la névrose ; la seconde est relative à l’extension démesurée du champ des psychoses, à la fois pour les malades psychiatriques internés et pour les patients en analyse.

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05L’apport de Winnicott
André Green préfère concevoir le Moi comme l’instance psychique ayant tendance à revenir au degré zéro de l’excitation (tendance qui implique aussi une désorganisation subjective), plutôt que de lui attribuer une fonction de « cohésion identitaire ». Il s’agit d’un autre élément susceptible de renforcer sa thèse concevant une folie intrinsèque au Moi.
Il s’appuie sur la théorie du narcissisme de D. W. Winnicott, qui a introduit les notions de « faux-self » et « vrai-self » : le faux-self désigne l’image que le sujet se fait de lui-même et qui ne correspond pas à la réalité, mais plutôt à un idéal d’image le plus adaptable à un contexte donné ; tandis que le vrai-self désigne l’image de soi se rapprochant le plus de l’identité du sujet. Le « vrai-self » se caractériserait aussi par un état de « non-communication permanente » (p.112).

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06Le concept de « passion »
André Green estime qu’une bonne partie des théories psychanalytiques ne s’est pas véritablement intéressée au concept de « passion », privilégiant largement celui de « pulsion », qui est d’ailleurs un des vecteurs principaux de la théorie freudienne. Si Freud dit que la pulsion se situe à la limite entre le soma et la psychè, Green reprend cette hypothèse à propos du concept de « passion », comme étant ce qui se situe à la limite entre le corps et l’âme.
Les deux concepts partageraient le fait de « pâtir » de quelque chose. Le sujet, dans les deux cas, n’est pas l’agent, mais plutôt le patient, de ses pulsions, de ses passions. Ainsi, l’auteur ne fait que substituer le concept de passion à celui de pulsion, dans le but de renforcer sa thèse renvoyant à l’idée que la folie réside chez tous les humains ; car, dans sa signification courante, pré-psychiatrique, la folie se retrouve plus souvent associée à la passion et à l’amour.

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07Conclusion
Le travail analytique, qui pendant longtemps a essayé de penser et d’interpréter le désir inconscient, est ici réélaboré en prenant en considération l’existence d’une folie constitutive du conscient, du Moi. André Green tente de le démontrer à travers l’analyse des « cas-limites ». Variété clinique qui, d’une part, frise la folie, de l’autre, peut être un aménagement psychique conçu comme une sorte de « garde-fou » vis-à-vis d’un débordement pathologique.

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08Zone critique
Concevoir une « folie privée » chez tout être humain est un positionnement éthique tout à fait essentiel. L’étude des « cas-limites » est une voie d’entrée très opérante afin de repenser le cadre analytique classique.

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – André Green, La Folie privée. Psychanalyse des cas-limites, Paris, Gallimard, coll. « Folio essais », 1990.

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