Télécharger l'app

Scanne. C'est dans ta poche.

QR Code — Dygest

Ouvre l'app Appareil photo, pointe sur le code. C'est gratuit à l'essai.

Couverture de 'La fin des societes'

La Fin des sociétés

Alain Touraine

Réflexion sur les transformations sociales

Écouter l'extrait du podcast :
0:00 --:--

Description

La fin des sociétés est à la fois un essai sociologique et un guide pour les chercheurs en sciences sociales. Cet ouvrage nous met face à un constat brûlant, selon lequel le monde contemporain ne ressemble plus à ce que nous avons pris l’habitude de nommer société. Alain Touraine explique que nous sommes dans une période de changements sans précédent, dans laquelle la société, définie par les institutions et un système économique et culturel, ne façonne plus les individus que nous sommes. Bien au contraire, ce sont les individus (seuls ou en groupe), qui transforment l’organisation et les dynamiques du monde contemporain.

Il s’opère alors ce que l’auteur désigne comme un processus de subjectivation, soit une prise de conscience de l’individu qu’il est un sujet, c’est-à-dire qu’il est capable de s’auto-transformer.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

La crise financière de 2007 a transformé nos sociétés : l’économie s’est séparée du reste de la société, sans réussir à la maitriser. La rupture du capitalisme avec de nouvelles formes d’activités économiques nous oblige à mettre en avant des valeurs culturelles et éthiques contre la domination financière spéculative. Le modèle de société du début du XXIe siècle combinait la modernisation économique et technologique, les interventions de l’État et le progrès de la justice sociale. Mais ce modèle semble épuisé, car nous sommes aujourd’hui selon toute vraisemblance au début d’une nouvelle ère. Les mouvements de libération, le pouvoir et les projets de réforme ne peuvent plus être politiques, comme ils l’ont été au XIXe siècle, ni sociaux, comme ils l’ont été au XXe siècle.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

02

Quand l’individu devient sujet

La société ne pouvant plus être au centre de l’analyse, elle laisse place à l’idée de sujet, qui doit être comprise comme une façon de vivre sa propre individualité. « Le sujet, c’est n’importe qui, en tant qu’individu conscient d’être porteur de droits et reconnu comme tel, au-delà de toute justification et de toute appartenance à une catégorie » (p. 382). L’ère post-sociale marque l’émergence d’un sujet en dehors de tout cadre et de toute appartenance sociale. Il n’a de sens qu’au-delà de toute expression culturelle et socialisée, au-delà des institutions et de toute religion. Le terme sujet désigne l’être humain comme créateur, qui possède des droits universels. Le fait de devenir un sujet, processus qu’on appelle la subjectivation, implique un travail sur soi et un engagement, et se manifeste dès lors que nous voyons en nous-mêmes et dans les autres une forme d’universalisme.

Touraine estime que nous ne devons plus en appeler à la loi, mais à la conscience de nous-mêmes : le sujet est présent dans chaque individu « comme exigence universelle de liberté et d’égalité » (p. 24). Il est porteur de droits universels pour l’individu ou pour le groupe, placés au-dessus du système et des lois. L’acteur social cherche à faire reconnaître ses droits, face à une société qui veut les transformer en devoirs, qu’ils soient imposés à des travailleurs, à des citoyens ou à des minorités. Les individus recherchent l’affirmation de leurs droits, qui leur donnent en tant que sujets une légitimité supérieure à celles des institutions. Dans la situation sociale contemporaine, « les droits occupent une place supérieure à celle des lois, car les droits ont un fondement universel, tandis que les lois sont définies par référence aux fonctions nécessaires à la survie et à l’adaptation de systèmes sociaux particuliers » (p. 92). La subjectivation donne des droits de nature universelle au groupe ou à l’individu, et fait d’eux des acteurs et des résistants à l’arbitraire. Touraine utilise le concept d’éthique, qui représente l’exigence à l’égard de soi-même en tant que sujet porteur de droits universels. La conscience éthique devrait remplacer la morale sociale et la justice telle qu’elle est promulguée par nos lois, car elle est ce qui permet à l’individu d’atteindre le plus haut niveau de son autocréation.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

03

La modernité

Nous sommes donc des sujets capables de subjectivation, détachés de toute institution. Plus les individus qui composent une société sont capables de formuler des jugements de valeur et de réfléchir à leur condition, plus ils pourront transformer la société dans laquelle ils vivent. Selon Touraine, plus ses membres pourront développer une autonomie et une créativité, malgré des déterminants sociaux, culturels, et économiques, plus une société sera créatrice et réflexive. L’historicité d’une société s’entend comme la capacité de celle-ci à se produire et à se transformer.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

04

Quelle glo­ba­li­sa­tion voulons-nous ?

Les nouveaux acteurs sont définitivement globaux, en ce sens qu’ils s’élèvent au-dessus de tout champ social particulier. Selon Touraine, l’unité du monde existe, et elle n’est pas uniquement portée par la globalisation de l’économie. C’est bien plutôt l’idée de démocratie et de droits humains qui s’universalise, si bien qu’il faut situer notre analyse au niveau global.

Un des enjeux majeurs de notre temps est de parvenir à combiner le respect des droits universels et la diversité des différences culturelles, car « nous pouvons, si nous le voulons, vivre tous ensemble, égaux et différents, respectueux des autres » (p. 18). Tous les pays doivent garantir la diversité des cultures, ainsi que la participation de tous les individus à la création d’une citoyenneté commune, afin de garantir les droits fondamentaux de chacun.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

05

Nouveaux enjeux, nouveaux espoirs

Ce qui résoudra les problèmes de notre monde actuel, ce n’est pas de réduire notre consommation, mais bien de prendre conscience de notre volonté et de notre capacité d’action, en nous sentant responsables de notre propre destin.

Il faut comprendre les liens entre les individus de manière nouvelle : ils ne sont pas fondamentalement sociaux, mais ils reposent sur la reconnaissance de l’autre en tant que sujet. Le lien social, qui était jusqu’à maintenant plus ou moins institutionnalisé, laisse place à une multiplicité d’expressions individuelles, qu’elles soient de l’ordre du désir ou du rejet.

Le sociologue doit se demander quelle est la dimension de la vie sociale qui va désormais occuper la place centrale : il s’agira des domaines dans lesquels nous sommes le plus conscients des conflits et dans lesquels nous nous engageons pour la défense de nos droits. Il y a deux domaines que Touraine souligne : l’écologie politique et les droits des femmes. Il estime en effet que le mouvement des femmes et les luttes pour de celles que l’on désigne comme minorités sexuelles occupent une place primordiale dans l’ère post-sociale. Le droit d’agir sur son corps est typique de la volonté d’agir selon des droits universels plutôt que selon des lois. C’est par exemple le cas des revendications LGBT ou de la lutte pour l’avortement.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

06

Comment faire de la sociologie à présent ?

On peut s’interroger sur le rôle de la sociologie si on rejette l’idée de société comme outil d’analyse : le sociologue doit introduire l’idée de sujet à la base de toutes ses analyses. « C’est au David sociologue qu’il appartient d’élever la voix contre le Goliath qui dirige les marchés, non pas pour résoudre lui-même les problèmes, mais pour aider à la prise de conscience et à la formation de nouveaux acteurs politiques et sociaux » (p. 120).

Nous devons désormais construire une sociologie qui observe les conduites individuelles pour comprendre la logique dominante d’une économie globalisée. Touraine propose de s’éloigner d’une sociologie des systèmes, à tendance fonctionnaliste, pour aller vers une sociologie des acteurs, qui n’analyse pas les phénomènes à partir d’explications économiques, politiques ou religieuses. Selon lui, « l’analyse proprement sociologique est celle qui porte sur des jugements de valeurs, des orientations culturelles ou des jugements sur le caractère rationnel ou non des choix sociaux » (p.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

07

Conclusion

La Fin des sociétés propose une analyse très actuelle du monde dans lequel nous vivons, globalisé et en crise. Alain Touraine propose une réinterprétation des crises économiques en mettant l’accent sur des préoccupations qui les dépassent : nous vivons dans un monde globalisé, où tous les individus sont porteurs de la même recherche de reconnaissance de leurs droits. Dans nos différences, nous sommes unis par la possibilité de défendre nos droits universels, par le processus conscient de subjectivation et par nos possibilités d’action, ainsi que par le sens que nous donnons à notre individualité d’une part et aux interactions avec nos semblables d’autre part.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

08

Zone critique

Alain Touraine est le chef de file de la sociologie de l’action, et il est un penseur très actif de notre époque, qui nous apporte son éclairage sur des problèmes contemporains et complexes. Il propose une analyse subtile et détaillée de phénomènes qui nous concernent dans notre immédiateté, tout en ouvrant notre perspective à des problématiques universelles et globales. C’est là toute la force de son analyse.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – La fin des sociétés, Paris, Éditions du Seuil, 2013.

Ouvrage du même auteur – Sociologie de l’action, Paris, Éditions du Seuil, 1965. – « Le retour de l'acteur », Cahiers internationaux de Sociologie (1981) : 243-255. – Le monde des femmes, Paris, Fayard, 2006. – Après la crise, Paris, Éditions du Seuil, 2010.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !