
La Fin de l’histoire et le dernier homme
Réflexions sur la fin de l'idéologie
Description
Paru en 1992, un an après l’effondrement de l’Union soviétique, le livre de Francis Fukuyama célèbre le triomphe des valeurs occidentales et la perspective d’une paix internationale.
Conforté dans ses convictions par la chute du mur de Berlin, les manifestations en faveur de la démocratie sur la place Tiananmen en Chine et la vague de transitions démocratiques en Europe orientale, l’auteur considère que toutes les sociétés finiront par se rendre à l’évidence que la démocratie libérale constitue la forme ultime d’organisation de la société humaine et que le « marché libre » est un gage incontournable de la prospérité matérielle.
Sommaire
01Introduction
La Fin de l’Histoire et le dernier homme développe une réflexion amorcée par l’auteur dans un article intitulé : « La fin de l’histoire ? », paru en 1989 dans la revue américaine néoconservatrice de relations internationales The National Interest. Le point d’interrogation a donc disparu du titre de l’ouvrage. Cette absence laisse supposer que, trois ans après la chute du mur de Berlin et dans la foulée de l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, l’auteur a jugé que ses prévisions s’avéraient exactes. Pourtant, on notera qu’entre l’été 1989 et l’année 1992, l’auteur a été témoin de deux événements particulièrement marquants de l’immédiat après-guerre froide: le déclenchement de la Première guerre du Golfe en août 1990 et le début des Guerres de Yougoslavie en 1991.

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02Une réflexion basée sur le concept de thymos
Tout comme le philosophe Alexandre Kojève, Fukuyama utilise le concept de thymos, évoqué par Platon dans La République. Le politologue le définit comme « un désir de reconnaissance, en tant que désir humain le plus profondément ancré et le plus fondamental » (p. 340). Le thymos est distinct des deux autres parties de l'âme que sont la raison et l'appétit. La raison est ce qui nous rend humain tandis que nous partageons les appétits avec les animaux. Le thymos se situe entre les deux. Ni bon ni mauvais, il est la partie de l'âme qui aspire à la reconnaissance ou à la dignité.
Le meilleur des régimes, estime Fukuyama, est celui qui comble le mieux les besoins des trois parties de l’âme simultanément. Face aux autres alternatives historiques, la démocratie libérale serait le système qui satisferait au mieux les piliers jumeaux de la reconnaissance et du désir rationnel.

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03Le concept de « mégalothymie »
Les aléas de la fierté thymotique peuvent être la source de troubles portant atteinte au libéralisme politique ou économique. Le besoin d’être reconnu peut et doit être maintenu en équilibre. On parle alors d’« isothymie ».
L’auteur appelle « mégalothymie » l’expression incontrôlée de ce besoin de reconnaissance. Dans les sociétés du passé, la mégalothymie se manifestait par la volonté de conquérir des peuples ou des pays étrangers. Dans les démocraties libérales contemporaines, ces accès de mégalothymie ont baissé en intensité et en nature. L'individu qui souhaite être reconnu comme supérieur sera désormais, par exemple, enclin à conquérir l’Annapurna.

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04Quel rôle pour les États-Unis dans l’environnement de l’après-guerre froide ?
Pour Fukuyama, l’après-guerre froide ne peut être caractérisé que par l’irrépressible désir d’unité des peuples et par l’aspiration générale de la communauté globale à l’instauration d’une paix planétaire. Ces deux tendances supplanteront les clivages, les rivalités et les conflits encore existants. Dans ce « nouvel ordre mondial », concept développé par le président George H.W. Bush dans son discours au Congrès des Etats-Unis, il ne fait aucun doute que l’hyperpuissance américaine, en raison de ses intérêts stratégiques globaux, doit jouer le rôle d’« empire global ».
Se percevant comme une puissance investie d’une mission universelle, les États-Unis ne doivent pas renoncer à l’universalité de leur culture. C’est la raison pour laquelle la thèse de Fukuyama va être utilisée comme base idéologique par les Administrations qui vont se succéder aux États-Unis à compter des années 1990, notamment par les néo-conservateurs favorables au concept de « regime change ». Les chefs de file de ce mouvement néo-conservateur défendent une politique « néo-Reaganienne ».

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05La persistance d’idéologies non libérales dans le nouvel ordre mondial post guerre froide ?
Il n’a pas échappé à Fukuyama que son analyse, consistant à démontrer que la démocratie libérale était une aspiration universelle, pouvait être perçue comme ethnocentriste par des peuples non-occidentaux. C’est le cas de certaines sociétés asiatiques qui pourraient, reconnait-il, rejeter le modèle occidental de démocratie libérale. Un nouvel autoritarisme basé sur l’obéissance volontaire des individus à une autorité suprême pourrait apparaître. Le règne de Lee Kuan Yew (1923-2015), Premier ministre de Singapour pendant 31 ans, en fournit un exemple.

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06Conclusion
Fukuyama considère que « la maturité politique signifie l’acceptation du monde tel qu’il est et non tel que l’on souhaiterait qu’il soit » (p. 41).
Cependant, la multiplicité des conflits meurtriers dans le monde de l’après-guerre froide a certainement remis en question l’optimisme de l’auteur. Elle interroge aussi sur le bien-fondé des stratégies américaines qui s’appuyèrent, dès la fin du monde bipolaire, sur les thèses de l’auteur dans l’élaboration de la politique étrangère des États-Unis. Près de trois décennies après la publication de La Fin de l’histoire, force est de constater que l’environnement international actuel ressemble peu à l’avenir radieux qu’entrevoyait alors le penseur. L'autoritarisme s’est enraciné en Russie, en Chine, en Turquie et dans de nombreux pays.

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07Zone critique
En contrepoint de l’analyse de Francis Fukuyama, la thèse défendue par le politologue américain Samuel Huntington dans son ouvrage-phare Le Choc des civilisations balaye l’illusion du retour de l’harmonie dans les relations internationales après la fin de la guerre froide. Huntington souligne que l’après-guerre froide a donné lieu à d’innombrables conflits sanglants, voire à des génocides.
À la suite de l’effondrement du monde bipolaire de la guerre froide, les civilisations s’entrechoquent dans un environnement mondial caractérisé par un climat d’hostilité perpétuel. Le monde se trouve divisé en une entité occidentale et une multitude d’entités non occidentales. Dans le monde de l’après-guerre froide, la notion d’empire ou de puissance globale est dépassée. Il faut se rendre à l’évidence : aucun État n’a d’intérêts stratégiques globaux et l’idée de communauté globale n’est plus qu’une utopie. À plus long terme, cependant, une nouvelle division de la planète en sphères d’influence finira par voir le jour.

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08Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – La Fin de l’histoire et le dernier homme, Paris, Flammarion, 2018 [1992].
Du même auteur – La Confiance et la puissance, Paris, Plon, 1997. – Le Grand Bouleversement : La nature humaine et la reconstruction de l'ordre social, Paris, La Table Ronde, 2003. – Le Début de l'histoire : Des origines de la politique à nos jours, Éditions Saint-Simon, 2012.

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