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Couverture de 'La democratie a t elle besoin de la science'

La démocratie a-t-elle besoin de la science ?

Pierre Papon

Le rôle de la science dans la démocratie

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Description

Dans l'ouvrage "La démocratie a-t-elle besoin de la science ?", le professeur Pierre Papon s'interroge sur les relations entre la science et la démocratie. Il montre que ces deux sphères, loin d'être étrangères l'une à l'autre, entretiennent des liens étroits et complexes.

Papon explique que la science a profondément transformé notre vision du monde, grâce à des découvertes révolutionnaires comme la théorie de l'évolution ou la relativité. Mais elle a aussi joué un rôle croissant dans l'élaboration des politiques publiques, dans des domaines comme la santé, l'énergie ou les transports.À l’heure où les populismes assimilent opinion et vérité scientifique, il faut renouveler la relation que nos sociétés entretiennent avec le monde savant et, parfois repenser notre rapport à la connaissance.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

OGM, néonicotinoïdes, Covid-19… L’expertise est devenue un élément incontournable de la décision publique. Troisième homme, entre le chercheur et le politique, l’expert bénéficie d’une expérience et d’une compétence reconnues. Sa tâche, établir un diagnostic, est parfois difficile, comme l’a démontré la « maladie de la vache folle ». Son rôle peut également déranger le pouvoir en place. Inutile, ici, de remonter à Galilée : Li Wenliang, le médecin chinois qui a lancé l’alerte au coronavirus a été accusé de propager de fausses rumeurs et condamné par la justice.

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02

L’expertise au cœur du débat

L’expertise a pourtant mauvaise presse. L’affaire du Médiator a mis en lumière un grave manquement dans l’évaluation des risques. Le glyphosate a révélé des conflits d’intérêt. Sur les sujets à forts enjeux économiques ou les questions associées au pouvoir politique, les Français se déclarent donc méfiants vis-à-vis des scientifiques.

Par ses formes de consultation et ses dimensions (scientifique, technique, économique, territoriale, politique), le débat sur le stockage des déchets nucléaires est ainsi devenu un cas d’école. D’autant que les déchets à haute activité dont il s’agissait de débattre proviennent de réacteurs dont la construction a été décidée en quelques semaines et en petit comité après la « crise du pétrole » de 1973. Et que l’expertise concernant le nucléaire a longtemps été le monopole d’EDF et du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), dépendants de l’État.

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03

La science et ses vérités

La science est une activité sociale qui a ses institutions (les Académies, etc.). Elle fédère une communauté répartie en une vingtaine de grandes disciplines, avec plusieurs centaines de sous-disciplines associées à un périodique spécialisé. Pour sa part, le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) compte 41 sections dont une dizaine pour les sciences de la vie. Comme ailleurs, ce n’est pas une majorité qui impose une vérité, mais un consensus que les pratiques ont fini par codifier : explication du protocole, reproductibilité de l’expérience, contrôle par des pairs, publication selon des normes universelles, etc. Pour produire un savoir objectivement prouvé, ce qui est son but, la science a des méthodes qui lui sont propres.

Sur le plan théorique, le caractère scientifique d’une théorie s’appuie sur de nombreux travaux. Le XIXe siècle a ainsi jeté les bases de la méthode expérimentale. Au XXe siècle, Karl Popper a introduit le concept de falsifiabilité. Est considérée comme scientifique une théorie qui peut être falsifiée, c’est-à-dire soumise à un test qui peut la confirmer ou la réfuter. Ce n’est pas toujours le cas, en particulier dans les sciences humaines. Et certaines démonstrations demandent du temps. Énoncé en 1621, le théorème de Fermat n’a ainsi été démontré qu’en 1994.

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04

Pour une culture scien­ti­fique

Les controverses scientifiques jouent un rôle fondamental dans la production des connaissances. Pour Thomas Kuhn, l’histoire des sciences est marquée par des révolutions scientifiques, c’est-à-dire de grands bouleversements, sources de nouveaux paradigmes qui portent une nouvelle vision du monde. Quand Copernic a publié sa théorie héliocentrique (1543), l’idée que la terre tourne autour du soleil est apparue comme scandaleuse aux yeux de l’Église.

Comme l’ont souligné les sociologues, les scientifiques sont sujets à des relations de pouvoir. Leurs conceptions idéologiques peuvent influer sur leurs travaux. Il en est de même pour l’instrumentation scientifique. Au point que le physicien Freeman Dyson a pu s’interroger : « La Science est-elle pilotée par des idées ou par des outils » ?

Certains vont plus loin, considérant que le fait scientifique n’est pas un fait brut, mais un fait socialement construit, qui renvoie au contexte socio-culturel : la collusion entre la recherche et les intérêts militaro-industriels par exemple. Position que dénonce l’auteur, qui attribue aux sociologues des sciences une responsabilité dans le relativisme scientifique qui a émergé au cours de la période 1970-1990, et donc dans l’attitude qui consiste aujourd’hui à considérer les connaissances scientifiques comme une « opinion ». Ce relativisme est dangereux, insiste l’auteur, car il fait apparaître une « post-vérité » affranchie des faits ou de leur interprétation. Il instille le doute et affaiblit le rôle que peut jouer la science dans le débat public, comme l’illustre le message climato-sceptique. Il est vrai que les travaux du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) dérangent fortement les milieux industriels liés à l’énergie carbonée.

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05

Un savoir sous tension

Les technologies numériques (intelligence artificielle, imagerie, Big data, etc.) modifient le travail des chercheurs, tout particulièrement en génétique, en physique et en astronomie, disciplines qui bénéficient pleinement du traitement automatisé des données. Elles autorisent de nouvelles avancées tout en suscitant des inquiétudes.

Par ailleurs, « la dimension théorique n’est plus le moteur de la production du savoir » (p. 130). Comme l’indique le terme même de « technoscience », les horizons de la recherche sont de plus en plus pragmatiques et les motivations économiques y jouent un rôle croissant. Dans les années 1950, Jonas Salk a mis le vaccin contre la poliomyélite dans le domaine public. Aujourd’hui, les chercheurs tentent d’atteindre leurs objectifs avant leurs concurrents potentiels. Le vivant fait l’objet de brevets et les travaux sur la génétique laissent augurer d’énormes retombées financières. Le savoir est « sous tension ».

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06

L’innovation sociale

Les sciences humaines se sont pas épargnées, d’autant que la « vérité » y est plus difficile à établir que dans les sciences dites « dures ». L’expérimentation n’est pas toujours possible. D’où l’appel à des modèles, en particulier chez les économistes. Or, comme la crise financière de 2008 nous le rappelle, les modèles ne remplacent pas les théories.

Les scientifiques, psychologues et historiens compris, vivent en outre dans la société qu’ils sont chargés d’étudier, ce qui peut conduire à un « exercice d’équilibre difficile » (p. 93). Malgré tout, Keynes a établi que la principale cause du chômage dans les années 1930 provenait d’une insuffisance de la demande. Le CNRS a montré que l’impact économique des migrants est positif, quand une partie d’entre eux s’établit de façon permanente. Les savoirs produits par les sciences sociales sont en outre porteurs d’innovations.

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07

Un dialogue à plusieurs voix

Plus généralement, il faut inciter les scientifiques à faire davantage de prospective, et inscrire pleinement les questions scientifiques dans un débat public transparent. Plusieurs institutions jouent ici un rôle qu’il faudrait renforcer : l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (créé en 1983), la Commission nationale du débat public (1995), les conseils scientifiques mis en place par des collectivités comme Paris ou encore la Convention citoyenne pour le climat, qui a inauguré un format de concertation évitant à l’expertise d’être « confisquée ».

Multiplier les opérations de « science citoyenne » irait aussi dans le bons sens. Davantage d’interventions pourraient relever de la « charte française des sciences et des recherches participatives », signée en 2017 par des organismes de recherche et des associations. En particulier, le recueil et la transmission de données, comme l’ont fait les Japonais après l’accident de Fukushima. D’autres initiatives mériteraient d’être développées, comme celles qui consistent à associer soignants et soignés, ou à intégrer le savoir profane de professionnels expérimentés, comme les apiculteurs quand il s’agit d’étudier la mortalité des abeilles.

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08

Conclusion

Si le politique définit le souhaitable, la science dit le possible. Mais « la science ne fait pas encore partie de la culture politique » (p. 284).

Au-delà des discours incantatoires, la France peine d’ailleurs à mettre en œuvre le programme que les Lumières avaient déjà affiché : faire du savoir un fondement du progrès social. Avec 2,2 % du PIB consacré à la recherche publique (17,5 milliards) et privée, notre pays est loin de l’objectif européen fixé en 2000 : 3 % du PIB. Par ailleurs, « le ministère chargé de la Recherche a toujours eu le plus grand mal à définir une stratégie nationale » (p. 257). La messe est dite.

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09

Zone critique

Pierre Papon ne dit pas qu’avec un niveau Bac +10, un chercheur entre au CNRS avec un salaire qui atteint à peine deux fois le SMIC… Même s’ils invitent à lire entre les lignes, ses propos sont généraux et mesurés. Ils émanent d’un expert qui a longtemps côtoyé les politiques et cherche à convaincre plus qu’à dénoncer.

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10

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Pierre Papon, La démocratie a-t-elle besoin de la science ?, Paris, CNRS éditions, 2020.

Du même auteur – La République a-t-elle besoin de savants ?, Paris, PUF, 1998. – Le blog de l’auteur : http://pierrepapon.fr/

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