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Couverture de 'La crise de la culture'

La Crise de la culture

Hannah Arendt

Comment penser en notre époque

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Description

"La Crise de la culture" de Hannah Arendt est un recueil d'essais qui aborde des thèmes variés tels que la tradition, l'autorité, l'éducation, et la politique. Arendt y analyse les crises culturelles et intellectuelles de la modernité, en particulier la perte de repères traditionnels et l'émergence de nouvelles formes de pensée politique. Elle s'intéresse à la manière dont les concepts modernes d'histoire, d'autorité et de liberté ont évolué et aux défis que cela pose pour la compréhension et la gestion de la vie politique contemporaine.

L'ouvrage comprend des réflexions sur la nature de l'autorité et son déclin dans le monde moderne, la relation entre vérité et politique, et les problèmes de l'éducation dans une société en mutation.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Dans sa préface, Arendt présente l’esprit qui gouverne les six essais réunis sous le titre La Crise de la culture, écrits entre 1954 et 1968 et publiés aux États-Unis sous le titre Between past and future. Elle s’ouvre sur l’aphorisme de René Char « Notre héritage n’est précédé d’aucun testament ». Le poète évoque l’expérience des hommes de la résistance dont il a été : ils ont connu la liberté dans l’agir-en-commun mais, en l’absence d’une instruction qui « assigne un passé à l’avenir », l’expérience a été perdue pour les générations futures.

La tradition, qui nomme, transmet et éclaire, manque. Cette situation caractérise la modernité : le fil de la tradition a été rompu et ce sort, partagé par tous, devient une expérience politique. Cette rupture dans le temps ininterrompu est, plus qu’un événement historique, un événement de pensée : la brèche signale ce « petit tracé de non-temps », territoire de la pensée où tout être humain doit trouver à s’établir pour commencer quelque chose de nouveau. C’est là qu’il fait l’expérience d’être libre. La brèche, indissociable de l’expérience de l’homme sur la terre, est la possibilité de la pensée et de l’action.

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02

L’histoire interrogée

L’histoire désigne l’ensemble des actions humaines inscrites dans les mémoires. Hérodote a été le premier à vouloir sauver les événements de l’oubli. Pour l’histoire grecque et romaine, tout événement tire son sens de lui-même. D’après saint Augustin, l’histoire n’est qu’une galerie d’exemples qui ne sont porteurs d’aucune vérité.

Mais, avec la modernité, la notion de processus s’impose dans le domaine de la nature comme dans celui de l’histoire. Cette conception sépare comme aucune autre la vision moderne de l’histoire de celle du passé. La continuité temporelle acquiert une importance inédite et, avec elle, la notion de causalité.

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03

Avec la perte de la tradition, la crise de l’autorité

La tradition sanctifie le passé en transmettant le témoignage des ancêtres. Tant que la tradition reste ininterrompue, « l’autorité demeure inviolée ». Dans la trinité romaine, religion, autorité et tradition se soutiennent mutuellement. Que l’une soit éliminée, les deux autres sont fragilisées. C’est à tort que les humanistes ont pensé que la tradition résisterait à la disparition de la religion et de l’autorité.

La rupture avec la tradition est un fait accompli. Son autorité ne pourra jamais être restaurée. Toutefois, cette perte ne signifie pas l’oubli du passé, mais seulement que le fil qui nous relie à lui s’est perdu. Le passé peut être envisagé sans qu’aucune tradition ne distraie de lui. L’absence de tradition délivre d’un fardeau et rend libre d’initier de nouveaux commencements dans l’action.

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04

La crise de l’éducation

L’éducation en Amérique connaît une crise profonde que les responsables politiques ont tenté d’endiguer sans succès. Elle se traduit par une baisse de niveau généralisée. L’enthousiasme de l’Amérique pour tout ce qui est nouveau n’est pas sans conséquences. Loin de rester à l’état expérimental comme en Europe, le bouleversement de l’enseignement traditionnel a pris un tour si radical qu’il est un défi au sens commun. La passion pour l’égalité a entraîné un nivellement qui s’est produit aux dépens de l’autorité du professeur.

Avec la priorité accordée à la pédagogie, la façon d’enseigner importe plus que le contenu. L’autorité du professeur est fragilisée lorsque la discipline qui en est la source passe au second plan. Plutôt que de transmettre un savoir inerte, l’enseignant doit montrer comment l’acquérir. Mettre l’enfant en position de faire est censé lui permettre de comprendre. Plus proche de la spontanéité de l’enfant, le jeu est substitué au travail comme le faire à l’apprendre.

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05

La crise de la culture

La société de masse se distingue de la société qui l’a précédée par la place spécifique qu’y occupe la culture. Celle-ci est devenue un bien de consommation comme un autre. La société de consommation se caractérise par l’alignement de toutes les activités sur les nécessités vitales. L’homme de masse ne recherche pas la culture mais les loisirs.

Alors que le travail n’épuise plus toute son énergie disponible, il dispose d’un temps libre qui n’est pas celui de l’oisiveté antique libéré de toute nécessité. « C’est seulement là où une telle subsistance est assurée que nous parlons de culture. » (p. 269) Le temps libéré est au contraire accaparé par les loisirs qui restent un temps contraint. Ils sont absorbés dans la reproduction de la vie et n’ont pas la permanence des œuvres.

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06

La liberté par l’action

Pour Arendt, comme pour l’antiquité grecque et romaine, la liberté appartient à la politique, qui trouve son sens par elle. Elle est d’abord une expérience, celle de l’action, et un statut, celui des hommes libres. La philosophe met en garde contre les dérives auxquelles a conduit l’usage du mot. Les philosophes ont imposé une définition de la liberté comme commerce avec soi-même, qui a eu pour résultat d’écarter la liberté du champ de la politique. Elle devient un sentiment intérieur dépourvu de toute traduction dans le monde.

À la limite, elle ne doit rien aux conditions de vie qui peuvent être celles de l’esclave. Cette représentation est défendue par le stoïcien Épictète. Elle s’accompagne de la conviction que la liberté n’est jamais aussi absolue que loin des affaires humaines, et qu’elle s’épanouit dans le dialogue intérieur. Elle est alors un attribut de la volonté et de la pensée, non de l’action. Si la liberté est assimilée à un exercice de la volonté par lequel on se domine, elle se confond avec la souveraineté qui consiste à avoir de l’empire sur soi mais aussi sur les autres. Mais faire de la souveraineté la condition de la liberté n’est pas sans danger.

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07

Vérité et politique

La vérité n’a jamais été tenue pour aussi essentielle que d’autres valeurs telles que la liberté ou la justice. Des philosophes comme Platon ou Hobbes ne se sont guère fait d’illusion sur la considération que lui portaient les politiques. Platon distinguait vérité des philosophes et opinion des citoyens. Déconsidérée en raison de son caractère versatile et illusoire, l’opinion fut donnée pour le contraire de la vérité.

La distinction entre vérité et opinion doit plus que jamais être défendue dans nos sociétés modernes. Selon une constante anthropologique, c’est à la vérité que les politiques font la guerre. En effet, la vérité les contraint, ils doivent s’incliner devant elle. Leurs offensives contre les vérités de fait, qui, contrairement aux vérités rationnelles, peuvent être falsifiées, sont les plus obstinées. Leur poids politique en est d’autant plus fort.

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08

Le divorce entre le profane et le savant

Arendt anticipe ici d’un an les premiers pas de l’homme sur la lune. Cette prouesse apparaît comme l’aboutissement de la modernité, puisqu’elle donne à l’homme un point de vue extérieur à la terre. Dans la même logique, la philosophe s’inquiète du clivage irréconciliable entre deux perceptions, celle du profane, associée aux sens, et celle du savant qui, dans l’exercice de sa science, s’en est affranchie. Ce dernier a accès à une vérité demeure inaccessible comme elle est, intraduisible dans le langage commun.

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09

Conclusion

Avec ces exercices de pensée, Arendt a l’ambition d’inviter ses lecteurs à penser ce qui arrive. Surtout, ils sont une incitation à inventer de nouvelles réponses en empruntant des chemins de pensée inédits. La crise est une incitation à renouveler le questionnement. Les réponses qui lui sont données doivent pouvoir s’écarter des schémas antérieurs de pensée.

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10

Zone critique

Penser, c’est comprendre ; la compréhension consiste à ressaisir le sens du monde que l’événement a ébranlé. Arendt a consacré sa vie à cette passion. L’événement totalitaire a été pour elle le défi qu’il lui a fallu relever, révélant la destruction de nos catégories de pensée et de nos critères de jugement. Les catégories politiques définies avant son surgissement doivent être abandonnées. Plus qu’une forme de gouvernement, le totalitarisme s’est présenté comme le règne du non-sens. Afin qu’un monde qui l’a laissé se déployer ait encore un sens, la compréhension doit primer sur l’explication.

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11

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – La Crise de la culture. Huit exercices de pensée politique, Paris, Gallimard, coll. « Folio essais », 1989 [1972]. De la même auteure – Condition de l’homme moderne, traduction de l’anglais par Georges Fradier. Paris, Pocket, coll. « Agora », 2002. – Les Origines du totalitarisme, Eichmann à Jérusalem, Paris, Gallimard, coll. « Quarto », 2002. – Vies politiques, Paris, Gallimard, coll. « Tel », 1986.

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