
La Civilisation des mœurs
Évolution des comportements sociaux
Description
Dans cet ouvrage, Norbert Elias propose une étude historique des grands phénomènes de transformation des sociétés occidentales, à partir de l'étude de la société de cour.
Par une perspective historique remontant au Moyen Âge et insistant sur le XVIIIe siècle, Elias montre que les comportements sont en réalité la traduction des rapports sociaux progressivement intériorisés.
Sa thèse propose, au rythme d’une démonstration ponctuée de sources aussi savoureuses qu’inédites, une explication du processus de civilisation à travers la structuration des hiérarchies sociales du monde occidental.
Sommaire
01Introduction
Écrit à la fin des années 1930, en plein époque hitlérienne, le tome I, La civilisation des mœurs, est réédité en 1969 puis paraît en français en 1973. Il ne doit pas être dissocié du tome II, La dynamique de l’Occident.
La Civilisation des mœurs est un livre qui a fait date. Norbert Elias explique, en deux parties de longueur inégale, comment en cinq siècles, les individus sont parvenus à adopter des comportements qu'ils ont incorporés au point qu'ils nous paraissent aujourd’hui naturels. Cependant, manger, dormir, parler, ou notre rapport au corps, diffèrent dans l’espace et dans le temps. Il expose ainsi la manière dont les individus des sociétés occidentales se sont progressivement « civilisés ». En mobilisant pour l’étude diverses sources documentaires ou iconographiques, Elias montre également comment se produit la domestication de la violence à partir d'une société de cour. Des chevaliers, en passant par les nobles de cour aristocratique réunis autour d’un roi, des normes sociales se sont diffusées à l’ensemble des groupes sociaux, parvenant, pour certaines, jusqu'à nos jours.

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02Culture et civilisation en Allemagne et en France
Du temps de Frédéric II de Prusse ou à la cour royale de France, sans oublier la société anglaise, la bourgeoisie se structure par rapport à l’aristocratie. L’opposition entre deux termes, Kultur pour l'Allemagne et civilisation pour la France, par l’étude de leur genèse sociale permet d'expliquer la structuration des classes bourgeoises et le développement des sociétés qui les ont vues naître.
Le peuple allemand, par rapport aux autres peuples européens, « a accédé très tard à l’unification et à la consolidation politiques » (p. 14). La bourgeoisie allemande, dispersée sur le territoire, est plus érudite que le peuple, mais appauvrie par la guerre des Trente Ans. Elle se sent éloignée de l'aristocratie qu'elle méprise et qu'elle juge superficielle. Cette bourgeoisie est en partie cultivée – en général des pasteurs ou des « serviteurs de l’État » s’exprimant en allemand – et se trouve écartée de l’activité politique.
À la superficialité d’une civilisation de la noblesse qui « veut faire fortune » (p. 20) en imitant les mœurs françaises et en parlant le français, les intellectuels allemands – l'intelligentsia dont le creuset est l’université – veulent opposer une authenticité, une sincérité et une exaltation des « sentiments vrais », tel que cela ressort de leurs œuvres littéraires écrites en allemand. Il s’agit de ce qu’Elias nomme une « économie affective » (p. 57) : un « halo émotif » entoure le terme allemand de Kultur qui désigne la culture authentique allemande. La rupture entre bourgeois et aristocrates est évidente.

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03La diffusion des normes de bonne conduite par les traités de civilité
Les normes sociales évoluent par la diffusion des écrits. Après avoir expliqué la genèse sociale de la notion de civilisation, Elias remonte de nouveau le temps et mobilise des sources documentaires de première main afin d'expliquer comment s'est installée une certaine forme de contrôle sur les corps : la civilité.
Au Moyen Âge, des témoignages de « clercs savants » du XIIe et XIIIe siècles illustrent les usages de cour, la courtoisie, notamment lors des banquets. Ces usages étaient diffusés oralement par des poèmes didactiques mémorisés. Mais, si des textes « courtois » véhiculent des normes sociales et des signes de distinction sociale, au crépuscule de la société chevaleresque s'impose donc une notion centrale, la civilité, terme qui perdurera et se répandra. En effet, les peuples commencent à s'exprimer en leurs langues propres et les auteurs désormais identifiés remplacent une tradition orale.

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04L’intériorisation des normes sociales par les « instruments de civilisation »
À la cour se répand progressivement l'usage de certains objets. Le mouchoir, le vêtement de nuit, la fourchette, le crachoir constituent autant d’« instruments de civilisation » voués à discipliner le corps et permettant d'abord aux nobles, jusqu’au XVIIe siècle, de raffiner leurs conduites vis-à-vis des autres couches sociales.
À une époque où le « petit peuple » se mouche avec la main, les nobles portent un objet précieux – le mouchoir qui, progressivement, prendra le nom de « mouchoir de poche », en dissimulant ainsi dans son intitulé sa fonction. En société, le port de cet objet précieux, décoré, sublimé, renseignera sur le rang social de son possesseur.
La gêne, la pudeur, voire l’angoisse que suscitent les gestes liés à des fonctions corporelles se retrouvent également à table. À une époque où l’on mange avec les mains, en se servant directement dans le plat, l’usage de la fourchette apparue à la fin du Moyen Âge pour se servir des morceaux du plat central, confère, lors de ces rituels et à ceux qui s’en servent, du prestige social. On ne crache pas sur la table, de même que l’on ne se mouche sur la nappe.

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05Du naturel de la vie de chevalier à la pacification des mœurs
Le livre se clôt sur une scène de la vie chevaleresque. L'iconographie médiévale montre un tableau au sein duquel les rapports de domination sont absents, mais le naturel de la violence est en revanche très présent. L’existence d’un chevalier se présente, dans un des rares livres d'images du XVe siècle comme une existence libre. Dans un « bref tableau de la vie d’un chevalier », image peinte datant des années 1475-1480 et mobilisée par Elias en guise de conclusion, on perçoit un paysage où valets, paysans, nobles se côtoient dans un décor où le naturel est fait de contrastes : potences et condamnés, amours et travaux des champs, duels et chasse constituent autant de faits anodins d’un quotidien qui ne connaît pas encore la pudeur. Pour autant, le tableau n’est pas neutre : on y aperçoit les dominants et les dominés. La manière de parler et de présenter les pulsions est simplement différente. Autrement dit, l’économie pulsionnelle est toute autre. Ainsi l’agressivité fait partie des nécessités de l’existence chevaleresque, voire elle suscite un certain plaisir (des nobles) de mutiler les « petites gens », les « innocents ». Le plaisir et la peur constituent les deux traits fondamentaux de ces sociétés, d’où l’omniprésence du combat. Le chevalier apprend jeune à se battre et continue à le faire jusqu’à sa mort, l’insécurité est la condition même de son existence. L’étude de cette condition révèle l’interdépendance entre individus et une violence inscrite dans la structure sociale. Une « même structure émotionnelle » caractérise cette époque où tout s’exprime plus librement, plus fort. La religion n’a pas d’effet de civilisation a cette époque.

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06Conclusion
Histoire des mots, histoire des mœurs, l’œuvre de Norbert Elias est une sociologie de la genèse des rapports sociaux où l'auteur dévoile la trajectoire de l’incorporation du social dans les individus .

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07Zone critique
L’œuvre de Norbert Elias s’étend sur plus d’un demi-siècle. Psychologue fin des relations sociales, sociologue par vocation, historien, Elias est le penseur de l’universalité des rapports humains, des contraintes intériorisées et par là, des formes de domination. Il peut sembler étonnant, lorsque l'on sait que Norbert Elias était fin connaisseur de l’œuvre de Max Weber, qu'il ait omis les références à son œuvre quand il parle de la domination.

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08Pour aller plus loin
Ouvrage recensé
– La Civilisation des Mœurs, Paris, Pocket, coll. « Évolution », 2003.
Du même auteur
– La Société de cour, Paris, Flammarion, Coll. « Champs Essais », 2008, (thèse d’habilitation rédigée en 1933 ; première publication en Allemagne en 1969). – La Dynamique de l’Occident, Paris, Pocket, coll. « Évolution », 2003. – La Société des Individus, Paris, Pocket, coll. « Évolution », 1998. – Qu’est-ce que la sociologie ?, Paris, Pocket, 1993.

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