
La Chambre claire
L’essence de la photographie selon Roland Barthes
Description
Dans La chambre claire, Roland Barthes essaye de trouver l’essence de la photographie, son « noème », c’est-à-dire ce qui pourrait la caractériser en soi par rapport aux autres images.
La dernière œuvre de Barthes est aussi un livre personnel qui fait suite à la mort de sa mère dont il était très proche : c’est à partir d’une photo de celle-ci que l’auteur développe ses réflexions et s’engage dans la recherche du « “génie” propre » (p. 14) de la photographie.
Sommaire
01Introduction
Les études sur la photographie sont très rares à l’époque de la parution de cet ouvrage : les seuls titres déjà parus sont cités par Barthes mais ne peuvent servir de « guide » (p. 15) car ce type de réflexion est encore embryonnaire. C’est à partir de ce déficit de matière théorique sur la Photo que Barthes, « seul et démuni » (p. 20), va trouver une autre voie et tracer un chemin singulier.
Si La chambre claire est, en apparence, un ouvrage académique classique, derrière cette organisation méthodique et structurée, en deçà du désir de trouver l’essence de la photographie, il y a une part importante d’intimité. À la suite de la mort de sa mère, dont Barthes était très proche, il se met à écrire des notes (publiées en 2009 sous la forme d’un Journal de Deuil). C’est au cours de cette écriture pour faire face au deuil que La chambre claire est rédigé entre le 15 avril et le 3 juin 1979. C’est donc une « note sur la photographie » (cf. le sous-titre) qui répond à des notes sur le deuil. Cette précision biographique est importante, car le livre entier est hanté par la mort : celle de sa mère, mais aussi celle présente dans chaque photo, selon l’auteur (cf. p. 144).

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02Entre
La chambre claire est un livre important de l’histoire de la photographie. Sans avoir une écriture trop universitaire, c’est un bon moyen d’entrer à la fois dans les réflexions sur la photographie, et à la fois dans l’œuvre de Roland Barthes – bien qu’il s’agisse de son dernier livre. Même s’il l’a déjà traitée auparavant, Barthes entre lui aussi, d’une certaine façon, dans la photographie en tant qu’objet d’étude : ce livre est une tentative de découvrir la nature même de cet Art.
On pourrait définir La chambre claire comme un livre composite, un livre « entre ». Entre, à entendre comme l’impératif du verbe « entrer » qui provient de intrare et qui signifie « pénétrer dedans, à l’intérieur » ; mais aussi « entre » comme la préposition issue du latin inter : être « entre », c’est être « à l’intérieur de deux ». En effet, La chambre claire se situe entre le cinéma et la photographie, entre la phénoménologie et le journal intime, entre le plaisir et le deuil.

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03Une approche singulière
Barthes fait face à un questionnement préliminaire et à priori irréductible : comment et par où aborder l’art photographique ? À partir des photos elles-mêmes, suggère Barthes, mais alors de quelles photos parler, comment les classer ? C’est pourquoi, très vite, il constate qu’il est possible de « parler d’une photo, mais (…) improbable de parler de la Photographie. » (p. 16). Face à cette « impasse » (p. 20) il décide d’interroger les photos qu’il aime, qu’il apprécie sans raison évidente.
Ainsi, de ces photos en particulier qui n’existe que pour lui, il peut former une « science nouvelle » (p. 21) : ce qu’il appelle une « Mathesis singularis » – à distinguer d’une mathesis universalis qui est une science générale, en l’occurrence sur la photographie. En l’absence de guide théorique et de classification de l’objet étudié, Barthes, « à partir de quelques mouvements personnels » (p. 22), se fait le médiateur de toute la photographie. Partir du singulier pour aller vers l’universel, voilà comment il parvient à sortir de l’impasse théorique dans laquelle il se trouvait.

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04Punctum
Le studium relève d’un « affect moyen » (p. 48), c’est un certain goût pour les choses qu’on apprécie, sans atteindre la passion : « le studium est de l’ordre du to like, et non du to love » (p. 50). Cela désigne un investissement du Spectator, c’est une éducation qui permet de retrouver l’intention, la visée de l’Operator. Barthes dénombre cinq fonctions du studium : informer, représenter, surprendre, faire signifier, donner envie. En effet, une photo donne des informations sur les manières de s’habiller, de manger, sur l’architecture d’une époque, sur des lieux, des personnages historiques, etc., à la manière des peintures. La même intention anime les deux types d’images : un désir de représentation du monde, un moyen de le peindre et d’en garder une trace. La photo peut être surprenante, dans le sens où le photographe doit « défier » (p. 60) les lois de l’intéressant : la photo peut révéler ce qui est invisible à l’œil nu (Barthes cite, par exemple, la goutte de lait de Edgerton), elle permet aussi, à travers un certain cadrage, d’associer des éléments improbables. Elle se doit d’être originale et extraordinaire.

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05Ça-a-été
De quoi s’agit-il dans cette seconde partie ? Barthes ne va plus partir des « images publiques » (p. 95) pour aboutir à une définition de ce qu’est la photographie, mais il va partir d’une photo privée : celle de sa mère enfant, à l’âge de cinq ans, dans un Jardin d’Hiver. Cette image est simplement décrite, car « elle n’existe que pour (Barthes) », pour nous Spectator, elle est une photo indifférente, quelconque (p. 115). C’est pour cela que l’auteur refuse de l’ajouter, malgré le nombre important d’illustrations. La seconde partie du livre est hantée par la présence de cette photo que nous ne verrons jamais, elle devient l’image manquante que Barthes recherche. Pourquoi s’attarder sur la photo du Jardin d’Hiver ? Barthes écrit La chambre claire quelques mois après la mort de sa mère avec qui il était extrêmement proche (voir également son Journal de deuil qui est d’une certaine manière l’ébauche de La chambre claire). Ce livre est donc le fruit d’un travail de deuil important qui s’est fait, entre autres, par l’observation des photos trouvées dans l’appartement de sa mère : « Remontant peu à peu le temps avec elle, cherchant la vérité du visage que j’avais aimé » écrit-il (p. 106). De manière paradoxale, c’est avec la photo du Jardin d’Hiver que Barthes a retrouvé « tout ce qui constituait l’être de (sa) mère (…) sa “vérité” » (p. 110) ; il est pourtant impossible que Barthes ait connu sa mère à cet âge-là, et c’est cette contradiction qui va animer la seconde partie du livre : « J’observai la petite fille et je retrouvai enfin ma mère » (p. 107).

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06Conclusion
Certaines photographies ressemblent à des « hallucinations » (p. 177) car c’est à la fois l’absence d’une chose et la preuve de sa présence. Cette « vérité folle » (p. 176) fait de la photographie un objet « intraitable ». (p. 120). Néanmoins, Barthes remarque à la fin de son livre que la société s’emploie à « assagir » la photographie à travers deux moyens. Le premier est d’en faire un art, c’est ce qui va se développer à partir des années 80 par le biais d’une institutionnalisation et d’une reconnaissance intellectuelle. L’autre moyen est de la généraliser, de la « banaliser » (p. 181) : les « sociétés consomment des images, et non plus, comme celles d’autrefois, des croyances » (p. 182).

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07Zone critique
Le livre à sa sortie reçut un accueil mitigé qui déçut Barthes puisqu’il s’agit, nous l’avons vu, d’un livre très personnel. Les années 80 marquent un vrai changement dans l’histoire théorique de la photographie : outre la parution de nombreux livres, il y a la création des Cahiers de la Photographie (en référence aux Cahiers du Cinéma).
Elle devient un objet d’étude sérieux et obtient enfin une reconnaissance institutionnelle. La chambre claire participe à cette exaltation autour de l’image photographique, mais, en tant que livre pionnier, il est voué à être dépassé. En outre, Barthes n’étant pas un « spécialiste », les détracteurs attaquent l’aspect trop personnel du livre, en lui reprochant une absence de structure théorique et un défaut de rigueur.

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08Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – La chambre claire. Note sur la photographie, Paris, Cahiers du Cinéma/Gallimard/Seuil, 1980.
Du même auteir – Mythologies, Paris, Seuil, 1957. – Roland Barthes par Roland Barthes, Paris, Seuil, 1975. – Fragments d’un discours amoureux, Paris, Seuil, 1977 – Journal de deuil, Paris, Seuil, 2009.

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