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Couverture de 'La bio'

La Bio

Philippe Baqué

Entre business et projet de société

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Description

La bio est-elle une simple affaire de produits sains c’est-à-dire de consommateurs ? Ou est-elle porteuse d’une démarche politiquement responsable ?

Les auteurs révèlent, analysent et détaillent ce qui se trame sous le label « bio ». Des kibboutz israéliens aux immenses plantations sud-américaines, le bio-business fait appel à une main-d’œuvre jetable, et il se soucie peu de la forêt. Mais la bio suscite aussi des initiatives : de la coopérative de Brooklyn (Park Slope) au groupement Choux-fleurs et Pissenlits d’Uzès. Toutes s’organisent autour de producteurs qui revendiquent une autre forme d’agriculture.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Les scandales sanitaires ne sont pas étrangers au développement de la bio. En Europe (poulet à la dioxine, vache folle, steaks à la viande de cheval, etc.), comme aux États-Unis, où les crises régulières (épinards porteurs de la bactérie E. coli, œufs touchés par la salmonelle, etc.) feraient 5000 victimes par an, selon le Centre national de contrôle et de prévention des maladies.

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02

Pour les pays riches

Outre-Atlantique, elle s’inscrit dans une quête de « souveraineté alimentaire » qui procède autant de la lutte contre la malnutrition que du combat contre l’obésité ou de la justice environnementale. Objectifs qui transcendent aujourd’hui les appartenances partisanes, et se déclinent sous différentes formes : revendications législatives, programmes de formation ou jardins urbains qui ne sont pas sans rappeler le potager bio de l’université de Berkeley : le fameux People’s park ouvert en 1969.

Cette « révolution des mentalités » est une aubaine pour les producteurs qui savent superposer une couche de pragmatisme à l’idéalisme de leurs aînés. Earthbound Farm, producteur de légumes né d’un jardin de salades, regroupe ainsi 150 producteurs, américains ou mexicains, qui totalisent 14 600 hectares, et vendent leurs produits sur tout le continent. À l’opposé, les producteurs adeptes du circuit court restent soucieux du lien entre agriculteur et consommateur. Que ce dernier soit un simple citoyen, un restaurant ou une boulangerie.

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03

Du bio intensif

Les filières de la transformation et de la distribution ont donc pressuré les producteurs, tout en se tournant vers les pays étrangers. Plus de 35 % des produits labellisés bio consommés en France sont ainsi importés. Non sans conséquences.

En raison de leurs pratiques intensives, les producteurs israéliens et marocains épuisent les nappes phréatiques qui alimentent les villageois. Dans la vallée du Jourdain pour les premiers (dattes, raisins, herbes aromatiques...), dans le Souss (agrumes, primeurs...) pour les seconds, et désormais dans la région de Dakka (concombres, melons poivrons...)., où ils prélèvent déjà 50 % des ressources en eau. Une ponction similaire en Espagne, premier pays bio en Europe, inquiète le WWF.

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04

Des bio-prolétaires

La main-d’œuvre à bas coût est l’autre ressource de ces immenses exploitations. L’intensification fait du personnel la variable d’ajustement pour affronter la concurrence.

En Israël, depuis la seconde Intifada, Thaïlandais, Philippins et Chinois remplacent les journaliers palestiniens. Comme dans les exploitations conventionnelles, ces immigrés coûtent 40 % moins cher, et on les contrôle facilement. Dans les grands domaines espagnols, des pancartes en arabe indiquent l’origine du personnel. Mais les anciennes ressortissantes « de l’est » sont nombreuses. Parlant peu ou pas espagnol, Roumaines, Polonaises, mais aussi Sénégalaises ou Philippines, sont payées 30 euros/jour, quel que soit leur temps de travail, et elles peuvent être renvoyées à tout moment.

Ces auxiliaires de la bio ne bénéficient pas des principes éthiques qui fleurissent sur les emballages. Au Maroc, les exploitations royales sont même des zones de non-droit, et dans les « coopératives », les femmes berbères qui traitent les fruits de l’arganier touchent 30 dirhams (2,8 €) par litre d’huile obtenu, alors que l’huile d’argan, la plus chère du monde, se commercialise 300 dollars. L’huile de palme colombienne, essentiellement produite par le groupe Daabon, illustre les dérives écologiques et sociales de l’agriculture dite biologique. Vendue en Europe (via Biocoop, notamment), et présente dans de nombreux produits cosmétiques, elle est censée respecter la réglementation européenne.

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05

Quelle bio pour quelle planète ?

En Europe comme en Amérique du Sud, les paysans sont finalement conduits à faire un choix entre la concurrence et la coopération. Attitude qui suscite de nombreuses initiatives, détaillées par les auteurs. Dans ce foisonnement, on peut retenir qu’en France, la bio a donné naissance à des coopératives, des plates-formes d’achat, des groupements de producteurs, des réseaux de magasins (Bio monde, Accord bio…), des structures de vente directe, ou encore des Amap. Apparues en 2001, ces associations pour le maintien de l’agriculture paysanne ne sont pas des structures bio.

Mais ces regroupements, proches de la Confédération paysanne, fonctionnent comme un logiciel libre, en faveur d’un « juste prix », d’une relation de confiance, et de produits de qualité, même s’ils n’ont pas le marquage « AB ». Les Amap participent des circuits courts, qui aboutissent parfois à un système de panier, dont le contenu varie selon la saison. Ce bio-militantisme est à mettre en relation avec l’évolution d’un secteur où la trajectoire de Biocoop est symptomatique. Née en 1986 de 45 coopératives et associations de consommateurs, Biocoop regroupait à l’origine des magasins à but... non lucratif.

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06

Ruée vers l’or blanc

L’exemple du lait montre que les producteurs s’organisent, mais ils pèsent peu face à l’agro-industrie. En 2010, plus de 2 000 éleveurs livraient 280 millions de litres de lait bio, soit 2 % de la collecte nationale. Comme en Allemagne, mais loin derrière l’Autriche (13%).

Si des petites laiteries ou des coopératives comme Biolait (800 producteurs dans 53 départements, à l’origine de 150 produits lactés) ou Eurial (regroupement de quatre coopératives) collectent désormais du lait bio, « la transformation a été prise en main par les multinationales comme Unilever, Nestlé et Lactalis (premier groupe laitier mondial), mais aussi Danone, Sodiaal (…), soulignent les auteurs (p. 253). Côté distribution, si les grandes surfaces distribuent 50 % de l’ensemble des produits certifiés bio, leur part de marché est de 80 % en ce qui concerne le lait bio et ses produits dérivés », créateurs de valeur ajoutée.

Avec davantage de vitamine E, de bêta-carotène et d’oméga 3, le lait naturel est plus nourrissant que le lait industriel. Et on y trouve évidemment très peu de pesticides ou d’antibiotiques. Cela suppose des prairies naturelles et plus de travail que dans une ferme hors sol. C’est pourquoi le prix d’achat au producteur est plus élevé, surtout quand il ne transite pas par la case Lactalis ou Besnier.

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07

Conclusion

La certification bio se développe particulièrement en Amérique latine (+26%) et en Asie (+10%), régions où les habitants consomment très peu leurs productions, destinées avant tout aux consommateurs européens et nord-américains.

Localement, au nom d’une « nourriture saine », les mécanismes de certification ne font qu’aggraver la situation des paysans. Comme en Bolivie, où le prix du quinoa a doublé en 5 ans, conduisant les Boliviens à importer du riz de Thaïlande pour remplacer leur nourriture traditionnelle. Tourné vers l’export, sous le couvert d’un label dont la dérive consumériste est de plus en plus claire, le bio intensif, clone du modèle agricole dominant, s’avère une menace pour la bio-diversité et les agricultures traditionnelles.

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08

Zone critique

Les auteurs nous proposent ici une approche de la « bio » dans l’optique du producteur, et plus précisément dans la perspective d’une agriculture paysanne. Ils critiquent les dérives des cultures intensives, qui remettent en cause les fondements mêmes de la bio, telle qu’elle est pensée et pratiquée partout dans le monde, dans le respect de l’homme et de la nature. À leurs yeux, la bio se rapproche davantage d’un mode de vie que d’un simple mode de production. Elle est porteuse d’un projet de société, où manger des fraises en hiver est considéré comme une hérésie. Où le commerce « équitable » ne consiste pas à revendre le café 10 fois son prix d’achat.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – La bio: entre business et projet de société, Marseille, Agone, 2012.

Du même auteur – Homme augmenté, Humanité diminuée : d'Alzheimer au transhumanisme, la science au service d'une idéologie hégémonique et mercantile, Marseille, Agone, 2017.

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