Télécharger l'app

Scanne. C'est dans ta poche.

QR Code — Dygest

Ouvre l'app Appareil photo, pointe sur le code. C'est gratuit à l'essai.

Couverture de 'Juger un chef d etat'

Juger un chef d'État

Mission impossible ?

Écouter l'extrait du podcast :
0:00 --:--

Description

En mars 2023, la Cour pénale internationale de La Haye émet un mandat d'arrêt contre Vladimir Poutine, président en exercice d'une puissance nucléaire dotée d'un siège permanent au Conseil de sécurité. Le motif : la déportation d'enfants ukrainiens vers la Russie. C'est la première fois qu'un chef d'État d'un pays de ce poids est visé pendant qu'il dirige encore. En théorie, les 124 États qui ont ratifié le Statut de Rome devraient l'arrêter s'il pose le pied chez eux. En pratique, il a continué à voyager, à serrer des mains, à recevoir des tapis rouges.

Le décalage est vertigineux. D'un côté, un document juridique solennel, signé par des juges, qui dit qu'un homme doit répondre de crimes. De l'autre, un homme qui dirige une armée, un trésor, une diplomatie — et que personne ne va menotter à la descente d'avion. La même scène s'est rejouée en 2024 avec le mandat visant Benjamin Netanyahou. Entre le geste du droit et son exécution, il y a un gouffre que rien ne semble combler.

Et pourtant, l'histoire récente montre aussi des chefs d'État derrière les barreaux, condamnés, parfois à perpétuité. Le tableau n'est ni tout noir ni tout blanc. On a passé des siècles à considérer celui qui gouverne comme intouchable, puis quelques décennies à fabriquer des outils pour le rattraper. Reste à savoir s'ils mordent.

La question que l’on se pose : Peut-on vraiment juger un chef d'État, ou bien le droit s'arrête-t-il toujours là où commence le rapport de force ?Ce que l’on va voir : Comment on est passé d'un pouvoir intouchable à des présidents en cellule — et pourquoi le résultat reste si inégal selon qui l'on vise.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un monde où le trône protégeait du tribunal

Pendant l'essentiel de l'histoire, l'idée même de juger celui qui gouverne était une contradiction dans les termes. Le souverain était la source du droit, pas son justiciable. En Europe monarchique, le roi tenait son pouvoir de Dieu ; le poursuivre revenait à scier la branche sur laquelle reposait toute la légitimité. La formule anglaise résumait l'affaire : the king can do no wrong, le roi ne peut mal faire. Pas parce qu'il est parfait, mais parce qu'aucun tribunal n'a autorité au-dessus de lui.

De cette intuition ancienne sont nés des principes qui survivent encore. La souveraineté, d'abord : un État ne reconnaît aucun juge supérieur à lui sur son propre territoire. La raison d'État, ensuite, qui justifie qu'un dirigeant fasse au nom de la sûreté collective ce qui serait un crime pour un particulier. Et surtout l'immunité, qui met le chef d'État à l'abri des poursuites tant qu'il exerce.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

02

Chapitre 2 — Les outils qu'on s'est donnés pour atteindre le sommet

Nuremberg restait une justice montée par les vainqueurs pour un moment précis, et il a fallu un demi-siècle pour transformer ce principe en machinerie permanente. Entre-temps, les juristes ont affûté plusieurs outils, certains nationaux, d'autres internationaux, qui se complètent et parfois se concurrencent.

Au niveau des États, chaque pays décide lui-même de l'étendue de l'immunité de ses dirigeants. La France a longtemps protégé son président pendant le mandat, tout en autorisant les poursuites après. C'est ce qui a permis de condamner Jacques Chirac en 2011, pour des emplois fictifs de la mairie de Paris — la première condamnation pénale d'un ancien président sous la Ve République. La même mécanique a rattrapé Nicolas Sarkozy, condamné à plusieurs reprises dans les années suivantes. D'autres pays vont plus loin : un président en exercice peut y être destitué puis jugé, comme Park Geun-hye en Corée du Sud.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

03

Chapitre 3 — Ceux qu'on a vraiment jugés, et ceux qui ont filé

Le bilan, quand on le regarde de près, oscille entre la démonstration de force et l'aveu d'impuissance. Du côté des réussites, la liste est plus longue qu'on ne croit. Charles Taylor, ancien président du Liberia, a écopé de cinquante ans de prison en 2012 devant le Tribunal spécial pour la Sierra Leone, pour son soutien à des miliciens coupables d'atrocités. Alberto Fujimori, au Pérou, a été reconnu coupable à l'issue de plusieurs procès, dont celui de 2009 qui lui a valu vingt-cinq ans pour des crimes contre l'humanité commis sous son mandat. Et Habré, déjà cité, a fini ses jours en détention au Sénégal.

Certains procès, eux, n'ont jamais atteint leur terme. Slobodan Milošević, l'ancien dirigeant serbe, a été remis au Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie et jugé pendant des années à La Haye — mais il est mort en détention en 2006, avant tout verdict. Son cas reste cité comme la preuve qu'on peut amener un homme jusque dans le box, et comme le rappel que la justice lente laisse parfois la mort trancher à sa place.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

04

Chapitre 4 — Quand la justice et le pouvoir refusent de divorcer

Le constat qui remonte de tous ces dossiers n'est pas qu'il manque des textes. Les textes existent, ils sont précis, ils ont été ratifiés. Ce qui manque, c'est une force d'exécution. La CPI n'a pas de police. Elle ne peut arrêter personne elle-même : elle dépend entièrement de la coopération des États, c'est-à-dire de la bonne volonté de gouvernements qui calculent chacun leur intérêt avant de livrer un homme puissant. Le droit prononce, la politique exécute — ou n'exécute pas.

De là vient la critique la plus dure, celle qui hante toute justice des sommets : ne serait-elle que la vengeance des vainqueurs déguisée en procès ? L'argument n'est pas absurde. Les grandes puissances — les États-Unis, la Russie, la Chine, Israël — ne reconnaissent pas la compétence de la CPI sur leurs propres ressortissants. La Cour peut donc beaucoup contre un ancien dirigeant africain ou serbe, et presque rien contre le chef d'un État qui pèse assez lourd pour ignorer le mandat. La justice frappe vers le bas et vers les vaincus, rarement vers le haut et vers les forts.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

05

Conclusion

Le mandat contre Poutine ne l'a pas mis en prison, et il ne le mettra probablement pas. Mais il a fait quelque chose : il a inscrit son nom sur la même liste que Milošević, Taylor ou Habré, et changé la nature de chacun de ses déplacements à l'étranger. Le droit, ici, ne menotte pas un dirigeant — il le transforme en accusé qui doit calculer ses voyages, et c'est déjà une rupture avec les siècles où le trône effaçait tout.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !