
Jeanne d’Arc
La vie et la légende de la Pucelle d'Orléans
Description
Faire sacrer le roi Charles VII à Reims en bravant l’ennemi anglais et son allié bourguignon : telle fut la mission d’une paysanne, Jeanne d’Arc, dite la « Pucelle », qui affirma obéir en cela à la volonté divine. Certes, les voix célestes qui auraient stimulé la détermination de la jeune fille, improvisée chef d’armée, échappent à l’analyse de l’historien.
Le fait est que Jeanne a atteint son objectif, au prix de paradoxes qui lui valurent le bûcher (30 mai 1431) avant la réhabilitation (1456) et l’honneur tardif des autels, et qui posent question encore aujourd’hui.
Sommaire
01Introduction
Il y a tout juste un siècle, le 16 mai 1920, le pape Benoît XV canonisait Jeanne d’Arc, qui avait contribué à la victoire française sur les Anglais à l’issue de la guerre de Cent Ans (1337-1453). L’événement préludait au rétablissement des relations diplomatiques entre Paris et le Saint-Siège, interrompues depuis 1904, mais surtout, il constituait l’étape finale d’un long processus juridique, initié par monseigneur Félix Dupanloup, évêque d’Orléans (1849-1878).
L’enquête canonique avait d’abord abouti, le 18 avril 1909, à la béatification, par le pape Pie X, de cette jeune fille condamnée au bûcher au terme d’un procès à charge. Par une ironie plutôt cocasse, les catholiques anglais, eux aussi, pouvaient dès lors adresser leurs prières à Jeanne d’Arc.

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02Une paysanne française au XVe siècle
Aux enquêtes dont Jeanne a fait l’objet, confiées aux clercs de l’université de Poitiers à la demande de Charles VII, à ceux que son procès réunit à Rouen pour la condamner, enfin aux experts mandatés pour sa réhabilitation, s’ajoutent de nombreuses pièces. Il faut d’abord mentionner la correspondance de Jeanne – cinq lettres conservées – et les sources historiographiques, parmi lesquelles les chroniques du moine Jean Chartier, du parti de Charles VII, et du laïc Enguerrand de Monstrelet, favorable aux Bourguignons.
Divers témoignages, dont ceux des auteurs anonymes du Journal du siège d’Orléans (1428-1429), en faveur de Charles VII, et du Journal d’un Bourgeois de Paris, plutôt hostile à Jeanne, ou encore les traités du prélat Jacques Gélu et de l’universitaire Jean Gerson, qui concluent en sa faveur, apportent des compléments utiles. L’histoire de Jeanne d’Arc est donc bien documentée.
On peut raisonnablement admettre que Jeanne naquit en 1412, assurément à Domrémy, village dépendant du duché de Bar, sur la rive gauche, champenoise, de la Meuse, mais relevant, sur le plan ecclésiastique, de l’évêché de Toul, situé en Lorraine, dans l’Empire germanique, sur l’autre rive. Jeanne d’Arc a donc grandi dans ce que l’on appelait les Marches de Lorraine, une zone frontalière, menacée, au surplus, par l’influence du duc de Bourgogne qui, allié avec les Anglais, gouvernait un vaste territoire au nord et au sud de cet espace intercalaire.

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03La foi et la pratique : une jeune chrétienne à la fois typique et singulière
Jeanne d’Arc bénéficia d’une éducation religieuse qui imposait la connaissance des prières principales, à savoir le Notre Père (Pater noster), le Je vous salue Marie (Ave Maria) et la profession de foi Je crois en Dieu (le Credo).
Cette formation comprenait aussi l’observance de rites fondamentaux comme la confession et la communion au moins annuelles, à vrai dire plus fréquentes dans le cas de la jeune fille. Plutôt indifférente aux superstitions populaires, Jeanne parut également ignorante de la crise dont l’Église avait été affectée un peu plus tôt, le Grand Schisme (1378-1417), et qui avait vu s’affronter plusieurs papes, élus et soutenus de manière concomitante par des puissances politiques concurrentes.
Jeanne avait donc une foi simple, mais profonde et qui s’affirma même à l’adolescence. Parvenue à cette étape de sa vie, elle devint une puella, une jeune fille à marier, d’où son surnom de « pucelle ». Elle rompit toutefois un engagement pris par ses parents en ce sens, voulant conserver sa virginité dans le cadre d’une consécration privée, admise par l’Église, et qui s’apparentait à celle que prononçaient les béguines, de pieuses femmes laïques aussi appelées « filles-Dieu » (p. 44).

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04Jeanne d’Arc et la guerre
Certes, Charles VII, que Jeanne, sans l’avoir jamais vu, reconnut au milieu des courtisans à Chinon, la reçut (25 février 1429). Mais à la cour, deux partis s’affrontaient : celui du grand chambellan, Georges de la Trémoille, qui suggérait la paix avec Philippe le Bon, duc de Bourgogne, et celui, belliciste, du clan du duc d’Orléans, les Armagnacs.
Charles VII fit jauger la fiabilité de Jeanne par des clercs de Poitiers. Rassuré, il confia à celle-ci une troupe, également commandée par le duc d’Alençon et Gilles de Rais. Or le régent d’Henry VI d’Angleterre, le duc de Bedford, assiégeait Orléans. Le premier grand fait d’armes de Jeanne fut de desserrer l’étau autour de cette ville et de mettre en fuite l’armée ennemie (8 mai 1429). Peu après, les Anglais étaient écrasés à Patay (17 juin 1429). La route de Reims, périlleuse, se dégageait devant Charles VII, qui hésitait pourtant encore à combattre le duc de Bourgogne.
Puis les villes ouvrirent leurs portes les unes après les autres : Auxerre, Saint-Florentin, Troyes, enfin Reims. En présence de Jeanne d’Arc, revêtue de son armure et arborant son étendard, l’archevêque de Reims, Regnault de Chartres, sacra le roi dans la cathédrale (17 juillet 1429). Jeanne avait réussi : « Rarement le destin d’un seul individu aura autant pesé sur un pays entier » (p. 175). Toutefois, elle savait que la victoire passait par la reconquête de Paris, que Charles VII se refusait à prendre par les armes.

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05Le procès et le bûcher
Assurément, l’hostilité de Pierre Cauchon et du promoteur (procureur) Jean d’Estivet à l’égard de Jeanne ainsi que la haine des Anglais contre la « putain » (p. 256) pesèrent lourd dans ce procès à charge.
D’ailleurs, celui-ci fut marqué par plusieurs irrégularités. Ainsi, Jeanne n’eut pas d’avocat. Seuls ses accompagnateurs spirituels, les frères Martin et Ysembart, purent l’approcher, outre ses gardes anglais, qui menacèrent fréquemment de la violer dans sa geôle froide et lugubre. En outre, ce procès étant conduit par l’Église, Jeanne aurait dû être détenue à l’archevêché, ce qui ne lui fut pas accordé, les Anglais voulant la surveiller de près.
Le procès s’ouvrit le 9 janvier 1431. Interrogée presque chaque matin, Jeanne reprocha à la cour sa partialité. Elle esquiva les questions relatives à Charles VII et, surtout, à ses voix, qui continuaient de lui parler. Ayant précédemment cherché à s’échapper d’une autre prison en sautant d’une tour, on lui reprocha une tentative de suicide. Jeanne nia et fit valoir la seule nécessité d’échapper à l’ennemi. On lui demanda si elle était en état de grâce, donc pure de tout péché mortel.

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06Conclusion
Outre leur méfiance à l’égard de visions à tonalité politique, les juges de Jeanne furent déstabilisés par ses paradoxes. Pieuse et très attachée à sa virginité, celle-ci s’affranchissait pourtant de certaines règles sociales et religieuses garantes de la modestie attachée à son sexe. S’il est vrai qu’au XVe siècle, une femme pouvait contribuer à l’effort de guerre et être armée en certains cas, il n’était pas question pour elle de conduire une troupe, équipée comme un chevalier, une fonction que Jeanne ne revendiqua d’ailleurs jamais.
En outre, Jeanne d’Arc était encombrante : comment Charles VII d’une part, les Anglais et leurs alliés d’autre part, pouvaient-ils attribuer leur victoire ou leur défaite à une paysanne de dix-huit ans ?

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07Zone critique
La guerre de Cent Ans est une page complexe de l’histoire de France. Or la personnalité intrigante de Jeanne d’Arc échappe partiellement à l’investigation du chercheur. En proposant des cartes, des arbres généalogiques, un bref commentaire du traité de Jacques Gélu sur la Pucelle et un résumé du destin des principaux protagonistes de l’affaire, Olivier Hanne livre un matériau fort utile à la compréhension du sujet. Des études à profusion ayant déjà été consacrées à ce personnage, la bibliographie insérée en fin d’ouvrage ne pouvait être que sélective.

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08Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Jeanne d’Arc. Biographie historique, Paris, Éditions du Grenadier - Bernard Giovanangeli Éditeur, 2016.
Du même auteur – Charlemagne. L'empereur des temps hostiles, Paris, Bernard Giovanangeli Éditeur, 2006. – Mahomet, le lecteur divin, Paris, Belin, 2013. – Le génie historique du catholicisme, Paris, Éditions de l'Homme nouveau, 2016. – Les seuils du Moyen-Orient. Histoire des frontières et des territoires de l'Antiquité à nos jours, Monaco, Éditions du Rocher, 2017. – Tsahal au coeur d'Israël. Histoire et sociologie d'une cohésion entre armée et nation, avec la collaboration de Charlotte Desmarest et – – L'Alcoran, comment l'Europe a découvert le Coran, Paris, Belin, 2019.

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